Bruxelles, 05/04/2004 (Agence Europe) - Dans une réflexion sur la succession de Romano Prodi, Peter Ludlow, de Eurocomment, estime que "c'est une dangereuse bêtise" que d'exiger que le nouveau Président de la Commission soit ou ait été un chef d'Etat ou de gouvernement (pour plus de détails, voir http://www.eurocomment.be ou info@eurocomment.be). Ce n'est pas une coïncidence qu'aucun des trois meilleurs présidents de la Commission n'ait pas été un ancien chef d'Etat ou de gouvernement, dit-il (en faisant référence à Hallstein, Jenkins et Delors). Selon lui, le nouveau président de la Commission devrait évidemment avoir "un calibre de Premier ministre", mais a priori l'"école idéale" pour les Présidents serait la Commission européenne elle-même. En estimant que des Premiers ministres actuels et anciens - comme Juncker, Verhofstadt, Lipponen ou Simitis - devraient être plutôt "gardés en réserve comme potentiels Présidents du Conseil européen", Peter Ludlow avoue que, selon lui, deux membres de la Commission Prodi auraient les atouts nécessaires pour diriger l'Exécutif européen. Il s'agit de Günter Verheugen qui, comme Commissaire à l'élargissement, a conduit des négociations couvrant chaque aspect de la politique européenne, et qui a participé activement à plusieurs Conseils européens (en outre, M.Ludlow rappelle que les Allemands n'ont pas été bien représentés à la Commission depuis le départ de Hallstein en 1967, alors qu'avec Verheugen, ils ont enfin "un poids lourd", et que ce serait une bonne chose d'avoir un Président allemand au moment où "la politique européenne du gouvernement allemand (...) est une cause légitime de préoccupation"). Il s'agit aussi d'Antonio Vitorino, qui a joué un rôle important à la Convention européenne, a très bien géré ses dossiers Justice/Affaires intérieures et a un "esprit aigu impressionnant".
Quant aux "sept vertus" que devrait posséder un Président de la Commission, M.Ludlow énumère la "distinction intellectuelle"¸la "compétence technique" (il doit pouvoir "distinguer l'arbre de la forêt, mais il doit aussi connaître les arbres". Exemple: on disait de Delors qu'il était "son propre meilleur fonctionnaire A5", mais cela ne l'a pas empêché d'être aussi "un visionnaire"), la capacité de gérer "une équipe multipartite et multiculturelle", être disposé à "déléguer les responsabilités administratives", avoir un profond sentiment de la "culture unique de la Commission", être"capable de communiquer", avoir de "l'autorité personnelle au sein du Conseil européen" (ce qui était le cas de Jacques Delors, alors que "la plus grande faiblesse" de Romano Prodi a "sans doute été son incapacité de profiter des avantages que lui donne l'appartenance au Conseil européen").
En examinant l'expérience du passé, M.Ludlow souligne l'importance de la relation entre le Président et sa Commission, et, à propos du renforcement formel du rôle du Président à l'égard des Commissaires sous la Commission Prodi, il commente: "lorsqu'il s'agit de leadership, cependant, les qualités personnelles comptent plus qu'un article dans le traité ou des changements dans l'organigramme. Hallstein et Delors ont dominé leurs Commission respectives, parce qu'ils étaient ce qu'ils étaient. Dans les dernières années de la Commission Jenkins, le Président avait établi un groupe qu'il a décrit dans son journal comme les quatre cavaliers (...), c'était en quelque sorte déjà une manière d'admettre qu'il n'était plus aussi dominant (...) qu'il l'avait été dans les deux premières" années de son mandat (les "quatre" étaient Jenkins lui-même, son prédécesseur à la tête de la Commission, le Français François-Xavier Ortoli, le Belge Etienne Davignon et le Finlandais Finn-Olav Gundelach).