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Bulletin Quotidien Europe N° 8681
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Rôle utile des Commissaires européens qui quittent leurs fonctions pour assumer des fonctions nationales de premier plan

Deux interprétations. Il existe au moins deux interprétations du départ anticipé d'un certain nombre de Commissaires européens. Quelques commentateurs comparent la Commission actuelle à un bateau à la dérive que les pilotes quittent dès que l'occasion se présente. Le président Romano Prodi a préféré en revanche mettre l'accent, devant le Parlement européen, sur la montée en puissance du prestige de la Commission: c'est dans ses rangs que les gouvernements viennent chercher des forces nouvelles ou récupérer des hommes politiques qui avaient déjà par le passé occupé des fonctions nationales et qui ont acquis à Bruxelles une autorité et une popularité supplémentaires, en leur confiant des responsabilités telles que le ministère des Affaires étrangères en France ou celui de l'Economie et des Finances en Espagne. Parallèlement, en vue du renouvellement de la Commission, on n'entend pour sa présidence que des noms de premier plan: un chancelier, des premiers ministres en exercice, des anciens premiers ministres…

Des témoins précieux … Plutôt que de rentrer dans cette discussion, je préfère souligner l'aspect qui est pour moi, et de loin, le plus important: l'utilité pour l'Europe des mouvements et des passages entre responsabilités européennes et nationales. Combien de fois n'ai-je exprimé la conviction que le principal ennemi interne de l'Union n'est pas représenté par ses adversaires mais par l'ignorance ou l'incompréhension de ses objectifs, de sa nature politique, de son fonctionnement, de son respect pour les identités nationales? Ce n'est pas par la propagande que l'on peut modifier la perception erronée de l'Europe unie, mais par l'expérience directe: plonger dans la réalité communautaire, contribuer à la façonner, participer à sa gestion, c'est ça qui change tout. Si on ne connaît l'Union européenne que de l'extérieur, en écoutant les forces politiques nationales qui lui attribuent leurs erreurs, en regardant distraitement quelques débats télévisés où les plus agités semblent toujours avoir raison, ou en lisant une certaine presse britannique, comment voulez-vous en avoir une idée correcte et raisonnablement objective? Combien de nouveaux Commissaires européens j'ai vu arriver à Bruxelles pleins de préjugés, et avoir besoin d'une année au moins pour comprendre que la vraie grande aventure d'aujourd'hui est la construction de l'unité de l'Europe! Et lorsque le virus est pris, c'est pour toujours; même les perplexes d'hier deviennent, lors du retour dans la politique nationale, des témoins précieux de la réalité communautaire.

… et informés. Et ils sont, surtout, des témoins informés. Pedro Solbes, en assumant la responsabilité de la politique économique de son pays d'origine, connaît parfaitement les engagements et les responsabilités espagnoles à l'égard de la stabilité de l'euro et en tiendra dûment compte (dans l'intérêt bien compris de l'Espagne elle-même). Le Pacte de stabilité, y compris ses lacunes et sa révision, fait partie des bagages qu'il emmène à Madrid. Analogue est le cas de Michel Barnier: avoir fait partie du Praesidium de la Convention, avoir eu la responsabilité directe des réformes institutionnelles de l'UE et de la création de son volet "Défense", quel bagage pour une participation efficace et "européenne" à la prochaine phase finale des négociations sur la Constitution, et pour contribuer à faire comprendre l'exigence d'aboutir avant les élections européennes! Et le fait d'avoir préparé, mois après mois à l'écoute des milieux intéressés, la nouvelle politique de cohésion de l'UE, et d'en avoir rédigé presque mot à mot le projet, lui permettra de défendre des compromis raisonnables pour cette politique qui est tellement nécessaire à une Europe solidaire et efficace.

C'est d'ailleurs une règle assez générale que les anciens Commissaires jouent, après leur retour dans les pays d'origine, un rôle utile. Il est vrai que l'apport de quelques-uns a été faiblard et décevant, mais à la réflexion je n'en connais qu'un seul qui a fait de son mieux pour nuire à l'Europe: Ralf Dahrendorf.

Un président à choisir avec soin. Il est évident que, si ceux qui quittent la Commission font en général oeuvre utile, encore plus importants seront ceux qui arrivent. La Commission qui entrera en fonction au début novembre sera en principe fragile, avec: une vingtaine de Commissaires nouveaux sur vingt-cinq, la présence des grands pays réduite de la moitié et celle des pays petits et moyens multipliée par deux, et des règles de fonctionnement à inventer ou à préciser. Le choix du président sera déterminant; il doit obligatoirement avoir une grande expérience des affaires communautaires, car il ne disposera pas d'une année pour faire son apprentissage. S'il est indécis et tatillon, en une année la Commission aura déjà sombré, en perdant autorité et prestige. (F.R.)

 

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