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Bulletin Quotidien Europe N° 8479
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Le Royaume-Uni n'est pas prêt pour adopter l'euro

Bruxelles, 10/06/2003 (Agence Europe) - Le ministre britannique des Finances, Gordon Brown, a confirmé lundi que le Royaume-Uni n'était pas encore prêt pour adopter la monnaie unique, mais il a ouvert la porte à l'organisation d'un référendum sur cette question (sans donner d'indication de date) et a tendu la main aux partisans de l'euro en annonçant des réformes structurelles pour adapter l'économie britannique à celles de la zone euro dans un délai relativement court.

Dans un discours très attendu à la Chambre des Communes, M. Brown a estimé que l'économie britannique n'était pas suffisamment en phase avec celles des Etats membres de la zone euro pour vivre « confortablement » avec l'euro. « Il reste des différences structurelles qui présentent un risque pour la stabilité », a indiqué M. Brown. Un seul des cinq critères qu'il avait fixés a été clairement rempli: celui sur la compétitivité des services financiers. Deux autres critères n'ont pas du tout été remplis: ceux sur la convergence des cycles économiques et sur la flexibilité de l'économie britannique par rapport à celles de la zone euro. Quant aux critères sur l'investissement britannique et étranger au Royaume-Uni sur la croissance, la stabilité et l'emploi, selon M. Brown, tout dépend « du succès de la convergence durable et de la flexibilité ». Le ministre a souligné les importants avantages que présenterait l'euro pour le Royaume-Uni, notamment une augmentation des échanges commerciaux avec la zone euro pouvant atteindre 50% sur 30 ans, ce qui pourrait faire croître le PIB de 5 à 9% pendant cette période.

M. Brown a annoncé un programme de réformes qui devrait permettre de faire des progrès significatifs au cours de l'année prochaine: - à l'automne, plusieurs mesures seront proposées pour réformer le marché immobilier britannique (les emprunts immobiliers, qui sont généralement à taux variables et à court terme, deviendraient ainsi à long terme et à taux fixe, comme dans l'UE) ; - Londres adoptera l'indicateur harmonisé européen des prix à la consommation pour mesurer la hausse des prix, s'alignant ainsi sur la Banque centrale européenne (BCE) ; - le Trésor modifiera son objectif d'inflation (actuellement à 2,5%) pour le rapprocher de l'objectif de 2% fixé par la BCE.

En outre, M. Brown a annoncé la publication cet automne d'un projet de loi sur un référendum. Le gouvernement réexaminera la situation économique au printemps 2004 et décidera alors de la nécessité de procéder à une nouvelle évaluation des cinq critères à remplir pour l'organisation d'un éventuel référendum, a ajouté le ministre des Finances.

La Commission salue la poursuite du débat sur les mérites de l'appartenance à l'euro

Dans un communiqué, la Commission européenne se félicite du débat interne en cours au Royaume-Uni sur l'appartenance à l'euro et indique qu'elle le suivra « de près ». Comme il s'agit d'un débat national, la Commission se refuse à tout commentaire sur les résultats de l'évaluation britannique. « Le rapport sur les cinq tests économiques (…) prouve que les mérites de l'intégration (à la zone euro) continuent de figurer au calendrier du Royaume-Uni sur la politique économique et européenne », se contente de déclarer la Commission. Elle ne fait aucune remarque sur le référendum ou le calendrier et rappelle qu'en vertu du traité actuel, le Royaume-Uni n'a pas l'obligation de rejoindre la zone euro (du fait de l' « opt ou » obtenu sur l'UEM).

Le président en exercice de l'Eurogroupe et du Conseil Ecofin, le ministre grec des Finances, Nikos Christodoulakis, a estimé lundi (quelque heures avant l'annonce du gouvernement britannique) que la zone euro et le Royaume-Uni bénéficieraient de l'entrée de ce dernier dans la zone euro. Selon lui, l'Eurogroupe est convaincu que le gouvernement britannique « fera de son mieux pour rejoindre (la zone euro) dès que les conditions économiques le permettront ». Le ministère allemand des Finances, tout en espérant que le Royaume-Uni adoptera un jour la monnaie unique, affirme: « nous comprenons tout à fait la décision britannique de ne pas convoquer de référendum pour le moment ».

Réactions de députés européens britanniques

Pour le libéral démocrate britannique Andrew Duff, la décision sur l'euro a pour effet d'isoler encore un peu plus le Royaume-Uni du reste de l'UE. Il a estimé qu'il ne restait que quelques jours à Tony Blair pour soumettre une contribution positive à la Convention sur l'avenir de l'Europe. Jusqu'ici, « la performance du Royaume-Uni à la Convention a été lamentable », déclare M. Duff, qui critique notamment l'intention de Londres de créer un « super-président » du Conseil européen et son « hostilité politique » à l'insertion de la Charte des droits fondamentaux de l'UE dans la Constitution européenne. Un autre libéral démocrate Nicholas Clegg, estime que MM. Blair et Brown ont largement sous-estimé les conséquences négatives de leur décision sur l'économie britannique et sur l'influence du pays en Europe. Selon le président du groupe libéral, Graham Watson, le gouvernement britannique doit avoir le courage d'organiser en 2004 un référendum. M. Watson lance: ce n'est pas l'économie britannique qui n'est pas suffisamment flexible pour adopter l'euro, c'est plutôt le Chancelier de l'Echiquier qui ne l'est pas.

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