Bruxelles, 14/05/2003 (Agence Europe) - Les réactions européennes à la décision américaine de contester à Genève l'embargo sur les OGM n'ont pas tardé. La démarche américaine est «légalement incertaine, économiquement infondée et politiquement malavisée », regrette ainsi la Commission européenne. Le processus visant à adapter la réglementation européenne aux développements scientifiques et internationaux - nécessaire également pour restaurer la confiance des consommateurs - est sur le point d'être finalisé, rappelle le Commissaire David Byrne, tandis que Pascal Lamy, responsable des affaires commerciales, se demande ce qui «motive réellement les Etats-Unis » à prendre pour cible un « soi-disant moratoire ». « Le fait est que l'UE a autorisé des variétés génétiquement modifiées (GM) par le passé et est en train de traiter les demandes » d'autorisation de mise sur le marché, dans le cadre d'un « système réglementaire conforme aux règles de l'OMC», c'est-à-dire « clair, transparent et non discriminatoire ». « Il n'y a dès lors aucune question que l'OMC doive examiner », estime-t-il. Margot Wallstrom, Commissaire à l'environnement, appelle les parties au débat « déjà difficile » en Europe à ne « pas dévier ou se laisser distraire de la poursuite de la politique qui est la bonne pour l'Union».
Au Parlement, les Verts/ALE dénoncent « l'assaut mené par les Américains contre la législation de l'UE » et son «approche préventive de la production et de la vente des semences et aliments GM ». Ils déclenchent ainsi la « mère de toutes les guerres commerciales - susceptible de provoquer l'effondrement de l'institution multilatérale » mais, quelle qu'en soit l'issue, ce différend « ne rendra pas les OGM plus populaires en Europe » et « pourrait démontrer que quelque chose dans les OGM aussi bien qu'à l'OMC ne tourne pas rond », estiment Mmes Lucas, Breyer et Evans.
"Les Amis de la Terre" accusent les Américains - qui ont su s'allier l'Argentine et le Canada « producteurs de large envergure », ainsi que l'Egypte «dans l'espoir d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis plus tard cette année » - de vouloir « bloquer les décisions d'autres pays destinées à protéger leur environnement, leur santé publique et leur normes sociales ». «L'heure de vérité a peut-être sonné pour le futur des aliments GM en Europe et l'avenir des relations commerciales transatlantiques » car sous la pression « puissamment exercée par des firmes biotechnologiques telles que Monsanto et les grands exploitants agricoles de l'Association nationale des cultivateurs de maïs (NCGA) », l'administration américaine est «déterminée à user des procédures secrètes, biaisées et non démocratiques de l'OMC pour détruire au bulldozer les tentatives d'autres pays de fixer des normes environnnementales, sociales et sanitaires minimales », estime l'ONG. Europabio, le représentant de l'industrie des biotechnologies, dit quant à lui « comprendre la frustration des partenaires commerciaux de l'UE, alors que certains des Quinze cherchent encore des justifications pour ne pas permettre l'importation des produits sûrs de la biogénétique».