Bruxelles/Genève, 31/03/2003 (Agence Europe) - Le 31 mars, les 145 membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) n'étaient pas au rendez-vous qu'ils s'étaient fixé depuis Doha, pour trouver un accord sur les modalités - les objectifs chiffrés et les ambitions - de la réforme programmée du commerce agricole. Ce revers sérieux était déjà pressenti (voir EUROPE du 29 mars, p.13). Stuart Harbinson, qui pilote cette négociation, l'a solennellement confirmé en fin de journée, à l'issue d'une session formelle du comité agricole qui clôturait quatre jours d'intenses mais vaines consultations. Ce n'est que partie remise, à condition que le "dur travail" nécessaire soit consenti, non seulement à Genève mais aussi dans les capitales, dit-il en substance.
Mais ce qui inquiète, c'est que l'impasse devant laquelle cette négociation reste essentiellement paralysée est le reflet de dissensions fondamentales entre les divers camps en présence, et nombreux sont ceux qui mettent à l'index l'Union et sa désunion sur la réforme de la politique agricole. "Il semble que les choses ne peuvent évoluer tant que la réforme de la PAC n'est pas arrivée à terme ou que (les Européens) n'ont pas de mandat", avance un délégué d'une autre puissance agricole. Un diplomate d'un autre camp partage ce sentiment mais se refuse à parler d'attentisme généralisé. "Je ne pense pas qu'il soit correct de dire que la Communauté européenne, ou même le Japon, n'est pas prête à négocier", affirme de son côté Mary Minch, qui conduit l'équipe de négociateurs européens sur le dossier agricole.
Dans cette affaire, ce qui interpelle aussi les observateurs, c'est que ce nouveau ratage de calendrier est le quatrième rendez-vous manqué de l'OMC dans le processus de Doha, soit quatre sur quatre (avec l'accès aux médicaments, le traitement spécial et différencié à réserver aux pays en développement et la mise en oeuvre de leurs engagements issus du Cycle d'Uruguay) et même cinq sur cinq si l'on compte l'échéance convenue pour le dépôt des offres d'ouverture des marchés des services. Mais alors que des voix commencent à se faire entendre (officieusement) depuis quelques semaines pour prédire ou suggérer un report d'échéance le 1er janvier 2005, d'autres rappellent que les négociations commerciales multilatérales ont souvent joué les prolongations. Pour autant, souligne-t-on de source diplomatique à Bruxelles, admettre qu'il faudra sans doute en arriver là reviendrait à relâcher la pression, ce qui pourrait réellement mettre en péril le processus. Pour les Européens, il n'en est pas question. "Il n'y a absolument aucun désir ni indication de notre part signifiant que nous voudrions mettre un frein, pas du tout", assure Mme Minch.
Reste que l'agenda de Cancun s'annonce aussi dangereusement surchargé que celui de Seattle en 1999 ou celui de Bruxelles en 1990 (lors de l'Uruguay Round). A Genève, on ne renonce cependant pas à l'espoir de soulager la Conférence ministérielle de l'OMC de certaines questions particulièrement épineuses, comme celle de l'accès facilité des pays en développement aux médicaments essentiels (et la protection de la propriété intellectuelle). Mais sur l'agriculture, où ils sont aussi bien sur la défensive que dans l'offensive, les Européens insistent sur le concept de paquet, autrement dit, la quête d'un consensus et d'un équilibre sur l'ensemble des questions très nombreuses et délicates qui restent en suspens. EUROPE y reviendra.