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Bulletin Quotidien Europe N° 8429
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le prochain Sommet "défense" entre France, Allemagne et Belgique, ouvert aux autres pays de l'UE, mettra l'accent sur l'industrie de l'armement

Les anticipations sur une initiative rapide pour relancer l'Europe de la défense n'étaient pas des mirages. À la fin de la semaine dernière, le Premier ministre belge a annoncé pour la mi-avril une rencontre au Sommet entre son pays, la France et l'Allemagne, ouverte aux autres Etats membres. Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont immédiatement confirmé leur présence et le Luxembourg s'y est déjà associé. Les portes sont ouvertes à tous, car "il ne s'agit en aucune manière d'écarter qui que ce soit de l'Europe de la défense", a précisé le chancelier allemand. Mais, en même temps, des sources belges ont parlé de préparer un "noyau dur", ce qui indique clairement qu'ils ne s'attendent pas, pour le moment, à des participations nombreuses. Un ministre britannique a ironisé sur le fait que l'initiative vienne d'un pays qui a réduit presque à zéro ses dépenses militaires et ne dispose d'aucune force crédible, en affirmant qu'une Europe de la défense est impensable sans le Royaume-Uni et la France, seuls pays européens qui font des efforts dans ce domaine.

Je voudrais mettre à la disposition des lecteurs quelques données de fait ou considérations qui peuvent contribuer à éclaircir la signification de ce qui est en train d'arriver.

1. Le président de la Convention, Valéry Giscard d'Estaing, et le Commissaire européen et président du groupe "défense" de la Convention, Michel Barnier, avaient indiqué depuis quelques semaines que le projet d'Europe de la défense qui sera inséré dans le Traité constitutionnel ne s'adressera pas à tous les Etats membres actuels ou futurs, mais seulement à une partie. Il est question d'une "coopération renforcée" ou, selon VGE, d'une "formule plus imaginative". Le rapport Barnier parle d'un système analogue à celui qui a été utilisé pour donner naissance à la monnaie unique: un projet ouvert à ceux qui souhaitent y participer, avec des critères d'admission à satisfaire pour pouvoir entrer dans le club.

2. Les modalités de l'annonce du Sommet "défense" font comprendre que l'initiative ne vient pas de la Belgique seule, avec le ralliement ultérieur de la France et de l'Allemagne, mais qu'elle est née plutôt à Paris et à Berlin, et qu'il a été considéré opportun qu'un autre pays fasse les invitations. La Belgique n'a eu aucune hésitation, compte tenu de la position très claire en faveur des thèses franco-allemandes qu'elle avait prise dès le départ tant au sein de l'UE que de l'OTAN.

3. L'objectif de ce Sommet n'est pas de lancer un projet complet et structuré d'Europe de la défense (c'est la tâche de la Convention), mais de discuter de l'idée d'un "noyau dur" (même si la terminologie sera autre) et surtout de parler de "la façon d'organiser correctement l'industrie européenne de l'armement afin de la rendre concurrentielle" (indication du chancelier Schröder à la presse de son pays). Les pays organisateurs placent donc l'accent dès le départ sur l'aspect le plus sensible, le plus concret et le plus urgent, car les pressions des Etats-Unis sur les Etats membres (actuels et futurs) pour qu'ils "achètent américain" sont bien connues et ont déjà abouti à des résultats non négligeables. Tous les gouvernements disposent de la communication du 11 mars de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social et au Comité des régions ("Défense européenne - Questions liées à l'industrie et au marché"), qui décrit la situation et formule des "propositions d'action". Ainsi que l'indique le rapport déjà cité de Michel Barnier, "la crédibilité de la politique européenne de défense repose sur l'existence et le développement des capacités européennes et sur le renforcement de la base industrielle et technologique du secteur de la défense".

4. Les pays d'Europe centrale et orientale ne sont pas du tout mis en accusation pour les choix qu'ils ont fait en faveur d'armements américains. Il faut comprendre leur attitude. C'est le ministre belge Louis Michel qui a dit: "le problème est qu'ils n'ont pas confiance dans la capacité militaire européenne pour assurer leur sécurité et leur liberté". Et le ministre polonais des Affaires étrangères Vlodzimierz Cimoszewics a répondu à qui l'interrogeait sur l'attitude de son pays à l'égard d'une politique européenne de défense: "Nous y sommes favorables. Mais il faut être réaliste: l'OTAN est aujourd'hui la seule structure qui peut garantir la sécurité à chacun d'entre nous." Il revient à l'UE de se rendre crédible dans ce domaine.

5. Quant au Royaume-Uni, l'impression est que la France, l'Allemagne, la Belgique et les pays qui adhéreront à leur initiative sont prêts à s'en passer, du moins au départ. Michel Barnier avait écrit: "je crois profondément que nous n'aurons de politique étrangère européenne qu'une fois constituée une véritable capacité européenne de défense". Je pense qu'après les derniers événements, cette affirmation est valable aussi dans l'autre sens: une capacité de défense n'est utile que si elle est au service d'une politique étrangère européenne. A quoi bon la créer si c'est pour s'aligner a priori sur les choix politiques d'autrui? Les pays qui rejettent le principe d'une politique étrangère autonome sont inutiles à l'Europe de la défense. (F.R.)

 

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