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Bulletin Quotidien Europe N° 8399
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/sommet de printemps

M. Giannitsis insiste sur la compétitivité, la cohésion sociale et la dimension environnementale (lutte contre la pollution des mers)- M. Prodi met en garde sur les conséquences imprévisibles d'une guerre en Irak

Bruxelles, 12/02/2003 (Agence Europe) - Le Parlement européen a eu mercredi un deuxième débat en plénière sur la préparation du Sommet de printemps qui se tiendra le 21 mars à Bruxelles, en présence de la Présidence grecque et du Président de la Commission européenne (voir EUROPE du 15 janvier, pages 10 et 14, et du 16 janvier, pages 10 et 11, au sujet des communications de la Commission en vue du sommet, et du 7 février, p.9, à propos de la lettre commune écrite au Président du Conseil européen Costas Simitis par Jacques Chirac, Gerhard Schröder et Tony Blair).

Compétitivité, cohésion sociale, développement durable: voici autant d'objectifs sur lesquels, malgré une situation économique et politique difficile, le Sommet de printemps devrait, selon le président du Conseil Tasso Giannitsis, donner des signes visibles de progrès. En effet, il reste encore beaucoup à faire pour la compétitivité européenne, et M. Giannitsis cite: l'investissement dans la connaissance, qui doit être ouverte à tous, l'unification complète des marchés financiers, l'encouragement à l'esprit d'entreprise et la réforme du droit des sociétés, les OPA, le régime des retraites, les services d'intérêt général, la libéralisation du marché de l'énergie. Quant à la cohésion sociale et l'emploi, il faudra mettre au point une stratégie simplifiée et plus efficace à présenter au Conseil européen de Thessalonique en juin. Les mots clés sont: renforcement de la création d'emplois, participation à égalité des femmes au monde du travail, équilibre entre la flexibilité et la sécurité, intégration des immigrés, réduction des disparités régionales. Faut-il plus de coordination entre la politique économique et la politique de l'emploi ? Pour M. Giannitsis, la réponse est: autonomie, mais complémentarité. Enfin, la stratégie de développement durable doit être revue sur la base des résultats de la conférence de Johannesburg, et il faut intégrer la dimension "environnement" dans toutes les politiques communautaires, et promouvoir l'utilisation raisonnable des ressources naturelles, les énergies renouvelables, la prévention de la pollution des mers (prioritaire pour la Présidence grecque).

Le potentiel de croissance et d'innovation de l'Union n'est pas exploité à fond, a déclaré d'emblée le Président de la Commission européenne Romano Prodi, en allant tout de suite au coeur du problème: les incertitudes et les craintes liées au risque d'un conflit en Irak et à la difficulté d'en évaluer les délais et les conséquences, qui ont une influence sur les stratégies générales et sur les décisions spécifiques des investisseurs. « Je suis encore convaincu que la guerre n'est pas inévitable et je continue d'espérer qu'elle sera évitée, en imposant en même temps des contrôles stricts et sévères sur la dictature irakienne et en renforçant l'alliance internationale contre le terrorisme », a affirmé M. Prodi, en constatant que les conséquences d'un conflit sont imprévisibles, et que « arriver à la guerre, cela signifie avoir épuisé tous les instruments de la politique » . Ce qui compte maintenant, c'est la recherche d'un « fil commun » pour l'action des diplomaties européennes: or, M. Prodi doit reconnaître la contradiction entre "la nécessité d'une action européenne commune et l'absence absolue d'une politique européenne commune". Sans cette politique commune, une collaboration "forte, permanente et digne" avec les Etats-Unis ne sera pas possible, et sans cette collaboration avec les Etats-Unis, il sera impossible de garantir la paix et la stabilité mondiale, a-t-il averti. Et il a noté: ce sont justement les comportements dans les moments de crise qui demeurent dans l'esprit des gens, et c'est dans ces moments-là que la confiance se gagne et se perd. Car l'enjeu est grand: il s'agit de la volonté de l'Europe d'agir en tant que protagoniste sur la scène mondiale.

Dans ce contexte , il importe aussi de renforcer la volonté politique et la cohérence qui permettront de réaliser concrètement les objectifs de Lisbonne, a souligné M. Prodi. Selon lui, des progrès s'imposent notamment pour le brevet communautaire (symbole de la capacité ou de l'incapacité de l'Union de respecter ses engagements: voir EUROPE du 11 février, p.13, au sujet de la proposition de compromis de la Présidence grecque), les directives « OPA», « Prospectus » et les fonds de retraite. De même pour la stratégie pour l'emploi, qui pourrait grandement bénéficier de la proposition de certains Etats de mettre sur pied une Task Force d'Experts à haut niveau. A l'initiative de la Commissaire Diamantopoulou, cette Task Force sera rapidement constituée. Mais le problème numéro un est, selon M. Prodi, celui de la mauvaise transposition de la législation communautaire au niveau national. Romano Prodi se veut tout de même optimiste: l'Europe peut gagner, affirme-t-il, si elle peut relever le défi de la modernisation, si elle sait expliquer aux citoyens ce qu'elle veut et comment fonctionnent les instruments dont elle dispose, notamment les orientations de politique économique, la stratégie pour l'emploi et la stratégie pour le marché intérieur, qui forment un ensemble cohérent et efficace, avec le Pacte de stabilité. M. Prodi conclut en plaidant encore une fois pour une véritable culture européenne de la recherche, dont la réalisation doit nécessairement passer par la création d'un certain nombre de centres scientifiques d'excellence. Si nous voulons être les premiers, nous devons avoir les meilleurs cerveaux, affirme le président de la Commission, en invitant enfin les Etats membres à prendre à la lettre l'engagement à consacrer 3% du budget à la recherche (Voir EUROPE du 15 janvier, p.5, sur son plaidoyer devant la plénière de janvier).

Session plénière du Parlement européen (suite)

Le débat: une certaine déception sur la concrétisation de Lisbonne

Moins de belles paroles, plus de décisions concrètes: c'est le leitmotiv des propos des députés, à commencer par W.G. van Velzen, qui, en parlant au nom du groupe PPE/DE, a dénoncé l'image « dévastatrice » que présente l'analyse de la transposition des objectifs de Lisbonne dans les pays de l'Union. Si on veut arrêter la fuite des cerveaux, certains pays devraient cesser de s'opposer aux décisions susceptibles d'empêcher cette fuite, a estimé par ailleurs le démocrate-chrétien luxembourgeois. Certains prétendent que les problèmes structurels de l'Europe viennent d'une protection sociale excessive, a protesté Robert Goebbels, pour le groupe socialiste: on cite les Etats-Unis comme un exemple à suivre, mais le chômage y reste élevé (et on ne tient pas compte des deux millions d'Américains qui sont en prison…) et le déficit du budget fédéral ne permettrait pas aux Etats-Unis de respecter les critères du Pacte de stabilité. Quant à l'Europe, si elle a des ambitions mobilisatrices, elle devra investir et créer des emplois . Et s'il y a la guerre ? Tout changerait, et le Pacte de stabilité en serait la première victime, a dit l'ancien ministre luxembourgeois des Finances. Le président du groupe libéral, Graham Watson, s'est dit « déprimé » par la « litanie d'échecs » sur certains aspects essentiels de la réforme économique qui devait être mise en route par la Stratégie de Lisbonne, et a fustigé trois leaders européens (Blair, Chirac et Schröder), qui « font la morale » aux autres précisément dans des domaines où ils sont eux-mêmes défaillants. M.Watson invite les participants au Sommet de mars à pousser l'intégration des marchés financiers à accroître la flexibilité sur le marché du travail et à encourager l'esprit d'entreprise, notamment par des incitants fiscaux. C'est la politique néo-libérale qui doit être réformée, affirme au contraire Ilda Figueiredo, pour la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, en constatant qu'un nombre croissant de secteurs économiques sont en difficulté et que la richesse n'est pas repartie équitablement. Quid de l'environnement ? demande à son tour, pour les Verts/ALE, Theodoros Bouwman, en polémiquant avec ceux qui sont trop fixés sur la société de la connaissance. Il nous faut des cerveaux, mais aussi des travailleurs moins qualifiés pour exécuter leurs brillantes idées, prévient-il. Pour le groupe Union pour une Europe des nations, Gerard Collins rend hommage à la volonté manifestée par la Présidence grecque d'impliquer les partenaires sociaux dans les décisions concernant la stratégie de l'emploi, et plaide pour une réduction de la bureaucratie et l'accès de tous aux nouvelles technologies. Pour Jens-Peter Bonde, président du groupe Europe des démocraties et des différences, ce débat a été l'occasion de dénoncer encore une fois le comportement du présidium de la Convention et surtout de son président, Valéry Giscard d'Estaing, qui, à son avis, ne respecte pas les règles de la transparence. Sur le fond, M. Bonde constate que les textes qui sont en train d'être élaborés ne parlent plus d'un « innocent traité constituant », mais bel et bien de « Constitution ». Si on veut vraiment réformer et relancer l'économie, il faut faire tout de suite, sans se perdre dans des bavardages, un certain nombre de choses « bonnes et justes », estime le radical Gianfranco Dell'Alba: réforme des systèmes de sécurité sociale (véritable « bombe à retardement »), libéralisation du marché dans les secteurs clés, création d'un véritable marché financier européen, réduction des charges qui pèsent sur les PME.

Les députés déçus ou critiques ont donné le ton au débat: à Lisbonne, on était déjà parti d'un scénario trop optimiste, soutient Bartho Pronk (PPE, néerlandais); le marché intérieur est loin d'être vraiment réalisé, regrette Othmar Karas (PPE, autrichien); on ne nous propose pas une véritable « voie européenne », constate Giorgios Katiforis (PSE, grec). La recherche européenne n'existe pas, remarque Nelly Maes (Verts/ALE, belge), car les chercheurs européens viennent chercher leur "doctor honoris causae", puis répartent pour les Etats-Unis ou le Japon. C'est le chômage qui préoccupe le social-démocrate allemand Hans Bullmann: 20% des jeunes n'ont pas une formation suffisante, et le travail à temps partiel n'offre pas une sécurité suffisante. Lisbonne n'est pas un échec, estime Mihail Papayannakis (GUE), c'est le rythme qui n'est pas le bon. Le rôle crucial des services d'intérêt public est défendu par le travailliste irlandais Proinsias De Rossa et par Hélène Flautre, Verte française. Pour cette dernière, ce qui compte, ce ne sont pas seulement les « cerveaux », mais "l'intelligence collective" des citoyens. Comme toujours, Carlo Fatuzzo (PPE, élu italien des Pensionati) a plaidé la cause des retraités, qui, comme lui, ne « dorment pas la nuit » en songeant à l'avenir qui les attend. Georges Berthu (Mouvement pour la France) espère quant à lui que des règles européennes uniformes ne viendront pas ajouter des rigidités et des coûts qui pourraient ralentir la reprise, et le souverainiste William Abitbol (EDD, français) estime que la politique de la Banque centrale européenne est la principale cause de stagnation: les pays qui se portent mieux, affirme-t-il, sont ceux qui n'ont pas adopté l'euro.

Les citoyens, a conclu le président du Conseil M. Giannitsis, veulent de nous un message de confiance que nous essaierons de leur transmettre entre autres par le Sommet spécial convoqué lundi prochain sur l'Irak (nous voulons prouver que l'Europe peut avancer et décider de façon concertée, a-t-il dit). M.Giannitsis a défendu la méthode ouverte de coordination, qui permet une plus grande souplesse et, donc, des progrès. Les citoyens veulent de l'action, notamment sur le front de l'emploi, et le respect de l'équilibre entre les différentes politiques de l'Union, a-t-il estimé. Ceci est, pour lui, la clé de la réussite: aucun critère (compétitivité, protection sociale, développement durable) n'a la primauté sur les autres - tout se tient. Et il invite à ne pas oublier une tâche cruciale: la réussite de l'intégration des nouveaux membres.

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