Bruxelles, 15/01/2003 (Agence Europe) - A l'issue de leur dîner du 14 janvier à l'Elysée, Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont annoncé qu'ils allaient présenter à leurs homologues de l'UE et à Valéry Giscard d'Estaing une proposition commune sur la présidence du Conseil européen et de la Commission. Chacun a fait "un pas vers l'autre", a dit le Président Chirac à la presse, en précisant: "La France a accepté que le président de la Commission soit élu par le Parlement européen, et l'Allemagne a accepté que le Conseil européen soit présidé par un président élu par le Conseil à la majorité qualifiée" (avec un mandat de cinq ans ou de deux ans et demi, renouvelable une seule fois, donc pour une durée de cinq ans maximum). Quant au Chancelier Schröder, il a ajouté que, selon la proposition franco-allemande, la politique étrangère de l'UE serait conduite par"un responsable rattaché au Conseil mais qui bénéficierait d'une fonction particulière lui donnant une présence à la Commission européenne". Ce compromis montre que le moteur franco-allemand "fonctionne bien", a commenté le Président Chirac.
Ni le président français ni le chancelier allemand n'ont précisé si le futur Président du Conseil européen sera un ex-chef d'Etat ou de gouvernement ou un chef d'Etat ou de gouvernement en fonction. Selon les premières réactions recueillies dans les milieux communautaires, c'est là un élément essentiel pour juger la proposition: en effet, s'il s'agit de la première hypothèse, à savoir d'un président "plein temps", il a un risque évident de concurrence directe entre ce président du Conseil européen et celui de la Commission.
Les premières réactions des députés européens ont été très négatives. On aurait ainsi "un sommet à deux têtes se faisant concurrence entre elles", et un glissement de l'équilibre institutionnel en faveur des gouvernements, craint le président du groupe PPE-DE Hans-Gert Pöttering, pour qui la Convention devra juger ces suggestions à l'aune du critère essentiel du maintien de la méthode communautaire. Et un autre élu de la CDU, Elmar Brok, a reproché au chancelier Schröder d'avoir "cédé aux propositions françaises classiques", et s'est exclamé: "Ce serait la création d'une sorte de Cinquième République en Europe (...). Ce serait le début de la fin de l'Europe communautaire. La Commission européenne serait réduite au rôle de dompteur du marché intérieur (...). Les chefs d'Etat et de gouvernement continueraient à s'occuper de la grande politique entre eux, avec un président et un ministre des Affaires étrangères". Aucun organe parlementaire ne pourrait contrôler un tel président du Conseil, déplore-t-il. Du côté des libéraux, le président du groupe Graham Watson s'est demandé si le Président du Conseil européen serait un chef de gouvernement ancien ou en fonction, et comment on éviterait les conflits entre "deux puissants présidents et avec un possible Secrétaire européen aux Affaires étrangères". Un autre libéral démocrate britannique, Andrew Duff, a qualifié ces propositions de "troc, plutôt que véritable compromis. Aucun des deux ne pouvait approuver les propositions de l'autre; ils ont donc accepté les deux. Le résultat est malheureux, même potentiellement désastreux. La création de deux présidents exécutifs pour l'Union est une garantie de conflit interne et de cacophonie externe".