Bruxelles, 07/01/2003 (Agence Europe) - Les querelles au sein de l'Agence spatiale européenne (ESA) pour la direction de Galileo ont finalement repris le dessus à la fin de l'année dernière, alors que l'on avait pensé mi-décembre que ce projet européen de navigation et positionnement par satellite pourrait enfin redémarrer. Les pays qui se disputaient la direction de la partie du projet gérée par l'ESA étaient arrivés à un accord de principe: l'Allemagne, l'Italie, la France et le Royaume-Uni devraient chacun financer 17,5% des 550 millions que l'ESA doit consacrer à ce projet (EUROPE du 19 décembre, p.9). La direction du projet et le retour sur investissement devaient donc être partagés. Mais l'accord politique n'a pas été confirmé, et a au contraire été rejeté par deux pays. L'Allemagne, qui est le principal protagoniste du blocage, avec l'Italie, a mis son veto. L'Espagne aussi, qui n'a pas accepté de voir réduire sa part, explique-t-on à l'ESA. Les services de l'Agence spatiale sont en train de travailler pour "organiser une réunion spécifique, qui pourrait se tenir dans les jours qui viennent", indique son porte-parole. La prochaine réunion "ordinaire" du Conseil de l'ESA n'est prévue que pour le mois de mars.
Le directeur de l'Agence, Antonio Rodotà, a fustigé dans un communiqué ce "coup dur pour l'Europe". "L'industrie spatiale européenne dans son ensemble va sérieusement souffrir de cette rupture des négociations", a-t-il déclaré. Déjà en retard, le projet Galileo, mené conjointement par la Commission et l'ESA sera à nouveau retardé. "Bien qu'étant pleinement conscients de l'importance économique, industrielle et stratégique de la navigation par satellite, nos Etats membres ont échoué à arriver à un accord, retardant ainsi le lancement de la phase de développement et de validation", a ajouté M. Rodotà.
La Communauté européenne et l'ESA doivent apporter chacune un financement de 550 millions d'euros à la phase de développement du projet européen de navigation et positionnement par satellite. Après de longs mois de dissensions, le Conseil des ministres des Transports de l'UE était arrivé en mars 2002 à un accord, confirmé ensuite fin mai, sur la poursuite du projet et le déblocage de l'enveloppe communautaire. Mais les difficultés persistant entre les mêmes pays au sein de l'ESA, l'entreprise commune créée pour gérer cette nouvelle phase du projet n'avait donc pas pu commencer son travail ni conclure des contrats avec le secteur privé, pas plus qu'elle n'avait pu lancer les appels d'offres prévus. Après la première phase de définition (1999-2000), la phase de développement et de validation devait s'étaler sur cinq ans (2001-2005), afin que les satellites puissent être déployés à partir de 2006 et que ce système concurrent du GPS soit opérationnel en 2008. La Commission a prévu d'organiser le 18 mars prochain une "Journée Galileo pour l'industrie" afin d'informer les industriels des développements du projet.
Du côté de la Commission, on "déplore les querelles de boutiquiers centrées sur le retour industriel", tout en assurant que le projet Galileo "reste sous contrôle" et ne devrait pas souffrir de retard supplémentaire. Malgré l'absence d'un accord signé entre la Commission et l'ESA sur le fonctionnement de l'entreprise commune, a priori nécessaire au lancement de cette entreprise, la Commission a déjà réuni une première fois son conseil de surveillance à la fin de l'année dernière. On espère, de source de la Commission, que ce conseil pourra être réuni à nouveau fin janvier ou début février, cette fois-ci pour nommer son directeur et donc commencer à faire fonctionner l'entreprise. Dans ce cas-là, l'entreprise commune pourrait lancer les appels d'offres pour la définition des services et le choix du futur concessionnaire. De même source, on assure que ce scénario optimiste est possible, en espérant, d'une part, que l'ESA enverra tout de même un représentant à ce conseil, et en soulignant, d'autre part, que les décisions au conseil de surveillance étant prises à la majorité qualifiée, l'Allemagne et l'Italie ne pourront pas bloquer la nomination du directeur. La Commission avait pris la précaution, à la fin de l'année dernière, d'engager les 240 millions d'euros prévus à l'origine pour le projet Galileo en 2001 et 2002, et qui pourraient donc être dépensés, si l'entreprise commune commence son travail. Les statuts de l'entreprise commune ont été publiés au Journal officiel L138 du 28 mai 2002.