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Bulletin Quotidien Europe N° 8325
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/conseil europeen

MM. Prodi, Verheugen et Haarder insistent afin que les décisions cruciales pour l'élargissement soient prises à Bruxelles

Strasbourg, 23/10/2002 (Agence Europe) - La Présidence danoise et la Commission européenne ont, lors du débat de mercredi matin au Parlement européen sur le Sommet des 24 et 25 octobre, appelé tous les Etats membres à faire preuve de volonté de compromis pour prendre à Bruxelles les décisions nécessaires pour que les négociations d'adhésion de dix nouveaux Etats membres soient achevées pour le Sommet de Copenhague.

Bertel Haarder: "il y a encore pas mal de noeuds gordiens à trancher"

Le Conseil européen "durera le temps qu'il faudra. Il faut arriver à une solution à Bruxelles", parce que, selon le calendrier de Séville, nous devons, dès le début de novembre, être en mesure de présenter aux candidats des positions communes de l'Union sur les points encore en suspens, a insisté le Président du Conseil Bertel Haarder, tout en reconnaissant qu'il y a "encore pas mal de noeuds gordiens à trancher".

Quant aux autres grands thèmes de ce sommet très ramassé(voir p.4) , le ministre danois aux Affaires européennes a évoqué Kaliningrad, en saluant les importants progrès réalisés mardi à Luxembourg (voir EUROPE d'hier,p.5). Nous avons négocié avec une particulière intensité avec la Lituanie, le pays candidat le plus concerné, a noté M.Haarder, qui a relevé, dans la position des Quinze, l'accent mis sur: le droit souverain de la Lituanie de contrôler ses frontières (et de refuser éventuellement le droit d'entrée), les garanties à son adhésion à l'espace Schengen, la possibilité de lui accorder des compensations pour les coûts supplémentaires qu'entraîneraient les problèmes de transit par Kaliningrad. L'UE "n'a pas exclu " d'envisager un système sans visas, avec des trains traversant la Lituanie, demandé par la Russie, même si ceci impliquerait beaucoup de problèmes "techniques, économiques, juridiques et politiques", a ajouté M.Haarder, qui a assuré que la présidence continuera à oeuvrer pour une solution "satisfaisante pour toutes les parties" et qui puisse être appuyée par le Conseil européen.

L'entretien avec Pat Cox, a indiqué M.Haarder, servira aussi à échanger des idées sur notre travail futur. L'ancien député européen a tenu aussi à souligner l'engagement du Parlement européen en faveur de l'élargissement et a remercié le Parlement de continuer à jouer ce "rôle moteur".

M.Haarder a enfin souligné l'importance de la Convention européenne. En notant "l'empreinte" imprimée à ses travaux par les conventionnels issus du Parlement européen, il a salué "l'authentique débat transfrontalier" qui s'est ainsi ouvert, et qui est "de bon augure pour nos aspirations communes" pour une Europe plus démocratique et proche des populations.

Romano Prodi: "nous ne pouvons pas offrir moins à nos nouveaux concitoyens"
(que les 25,5 milliards annuels prévus pour les fonds structurels)

Le Président de la Commission européenne Romano Prodi s'est attaché une fois de plus à souligner les avantages de l'élargissement plutôt que les problèmes qu'il pourra entraîner. L'élargissement "introduira la gouvernance et les normes européennes dans le continent tout entier" et "nous attendons des effets positifs dans beaucoup, beaucoup de secteurs", a-t-il dit noté, en citant notamment les systèmes administratifs et judiciaires, la protection des minorités, la prévention de la criminalité, le contrôle de l'immigration illégale, la qualité de l'environnement et la sécurité alimentaire. Sur la scène internationale, notre "capital politique' augmentera, l'Europe saura mieux défendre les droits de l'homme et oeuvrer pour réduire l'écart Nord-Sud, et, si elle sait parler d'une seule voix, elle pourra "faire la différence" sur des questions comme le changement climatique et la "gestion de l'impact de la globalisation". Surtout, une Europe avec 453 millions d'habitants (400 pour la zone nord-américaine de libre-échange, la NAFTA, qui couvre Etats-Unis, Canada et Mexique) apportera des "avantages économiques énormes", a répété M.Prodi, en soulignant le potentiel de croissance de futurs membres (en 2001, il avait été de 2,4% par rapport à 1,5% dans l'UE, en 2000, de 4,1% par rapport à 3,4%). Et, surtout, il a insisté sur les "ressources humaines hautement qualifiées" qu'apporteront ces pays, où "seront attribués chaque année 25% de tous les diplômes universitaires obtenus dans les Etats membres actuels". Ces pays "sont notre nouvelle frontière", s'est écrié M. Prodi.

Ne compromettons pas le succès de l'élargissement "en nous chamaillant sur les détails", a donc averti M.Prodi, qui a constaté qu'un accord unanime existe sur la nécessité que les futurs membres, au moment de l'adhésion, ne soient pas en situation de contributeurs nets, et que les limites budgétaires de l'Agenda de Berlin soient respectées. "En respectant ces deux principes, ce ne sera pas difficile de trouver à Copenhague un accord sur le montant précis", estime M.Prodi. Quant au fonds structurels, selon lui, "le consensus semble s'affirmer autour d'un montant annuel de 25,5 milliards par an pour 2004, 2005, 2006". Et il ajoute que

il ajoute que "franchement, nous ne pouvons pas offrir moins à nos futurs concitoyens", en faisant remarquer qu'en 2006 les pays actuels de la cohésion bénéficieraient d'interventions égales à "231 euros par tête, alors que les citoyens des nouveaux Etats membres auront droit à 137 euros par tête".

Enfin, M. Prodi a insisté une fois de plus sur l'importance de l'information sur l'élargissement. L'Eurobaromètre montre que la moitié des citoyens des Etats membres actuels sont favorables à l'élargissement et un tiers contraire, ce qui est "assez réconfortant". Mais, en même temps, 65% des personnes interrogées pensent que l'élargissement entraînera une augmentation du trafic de drogues, de la criminalité et du chômage, déplore M.Prodi. Selon lui, ces craintes sont le résultat de la désinformation: l'Eurobaromètre montre en effet que seulement 21% de la population se considère bien informée sur l'élargissement. (M. Prodi se référait à un Eurobaromètre précédent: voir la page suivante).

Günter Verheugen: pour conclure les derniers compromis avec les candidats,
on ne peut pas attendre Copenhague

C'est un Commissaire à l'élargissement visiblement encouragé par les résultats du Conseil de mardi qui a expliqué aux députés ses attentes du Conseil informel. "Le signal de Luxembourg était fort et positif", la Commission européenne a pu convaincre les gouvernements de la solidité de son analyse sur l'adhésion de dix nouveaux Etats membres, a dit M. Verheugen. Quant à la clause de suivi et de sauvegarde renforcée, il a répété qu'elle n'est pas inspirée par la méfiance, mais que l'UE a besoin d'un nouvel instrument du fait de la situation nouvelle (marché unique, union monétaire), et de la future adhésion d'un grand nombre de pays à la fois, d'autant qu'ils sont encore en phase de transformation. Selon lui, l'élan politique est maintenant "si fort qu'il nous emmènera jusqu'à Copenhague". Aucun Etat membre ne lie ses remarques sur les dossiers en suspens "à un veto", a-t-il assuré. Et il a martelé: selon la Commission, ce n'est pas possible de réaliser les derniers compromis avec les candidats seulement à Copenhague, car cette négociation n'est "pas un diktat". M.Verheugen, qui a insisté lui aussi sur la nécessité que les responsables politiques, économiques, culturels dialoguent davantage avec l'opinion sur l'élargissement, a remarqué que, dans la discussion actuelle sur le financement, il n'en va pas tellement de la situation des années 2004 à 2006, mais que "on se prépare déjà, en réalité, à la discussion sur les perspectives financières après 2006". En notant avec satisfaction que la France et l'Allemagne "s'efforcent de s'entendre" à ce sujet (une rencontre Chirac-Schröder est prévue jeudi après-midi à Bruxelles), il a espéré qu'elles y parviendront avant le sommet.

Les députés insistent aussi sur des décisions à Bruxelles

Hans-Gert Pöttering a ouvert le débat au nom du PPE-DE, en avertissant qu'il serait "irresponsable" que les chefs d'Etat et de gouvernement ne se mettent pas d'accord à Bruxelles sur le paquet financier de l'élargissement. L'absence de position commune des Quinze "retarderait l'élargissement", ce "serait rompre la confiance vis-à-vis des pays candidats", a-t-il ajouté. D'accord avec la Commission et le Conseil sur l'importance de l'information des citoyens sur l'élargissement, il a indiqué qu'il faudrait que le PE examine la manière dont la Commission a employé les crédits mis à sa disposition dans cet objectif. Pour les socialistes, Enrique Baron Crespo s'est demandé, si à propos de l'élargissement, l'UE était "capable de parler d'autre chose que d'argent", de s'intéresser "au projet politique". Les perspectives financières "ne doivent pas se transformer en corset" qui étouffe le projet politique, a-t-il ajouté. Pour les socialistes, il est essentiel que les pays candidats "ne soient pas des contributeurs nets". Sur l'agriculture, la Commission "a fait des propositions intéressantes qu'il faut étudier". Graham Watson, pour les libéraux, a lui aussi insisté sur le fait que les nouveaux pays membres ne soient pas contributeurs nets avant 2007. Il a critiqué le fait que le Président Chirac "attende que les Britanniques modifient leur position sur leur rabais budgétaire mais refuse lui-même de changer sa position sur la réforme de la PAC" (voir EUROPE d'hier, p.11). Jonas Sjöstedt, au nom de la GUE/NGL, a insisté sur le fait qu'il ne faut pas "mettre de nouveaux obstacles à l'élargissement maintenant", car il ne serait "pas acceptable que les nouveaux Etats membres soient moins bien traités". Le député suédois a remarqué en passant que la ratification du Traité de Nice n'était pas une condition « sine qua non » pour l'élargissement. Elisabeth Schroedter, du groupe Verts/ALE, a appelé les Quinze à faire preuve de "solidarité". Pour les verts, il serait "absurde de reporter les réformes, surtout sur l'agriculture". La parlementaire allemande a par ailleurs mis en question la ristourne britannique, en se demandant "s'il sera possible de maintenir cette situation". L'Irlandais Gerard Collins, pour l'UEN, a insisté sur l'importance d'informer les populations. Jens- Peter Bonde, au nom de l'EDD, a fustigé la "trahison des populations" qui est manifeste, selon lui, dans le fait d'avoir soumis une seconde fois aux Irlandais le Traité de Nice qu'ils avaient rejeté une première fois. Bruno Gollnisch, du parti d'extrême droite français Front National, a terminé le premier tour de parole en tant que non inscrit, en dénonçant ce qu'il estime être "un manque total de réflexion sur l'Europe".

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