Strasbourg, 03/09/2002 (Agence Europe) - A l'ouverture de la session plénière, lundi à Strasbourg, le président Pat Cox a souligné la gravité des inondations qui ont frappé l'Europe centrale au cours des dernières semaines et fait plus de 100 morts. Il a invité le Parlement européen à respecter une minute de silence. Le Parlement a ensuite respecté une minute de silence en mémoire de deux attentats terroristes perpétrés cet été en Espagne et en Irlande du Nord.
Malgré une demande du groupe des Verts/ALE tendant à inscrire sur le calendrier des travaux un débat sur la Cour pénale internationale, le Parlement n'a pas modifié son ordre du jour. La demande, présentée par le vert allemand élu en France Daniel Cohn-Bendit, visait à discuter dès cette session des pressions exercées par les Etats-Unis pour obtenir des accords bilatéraux protégeant leurs ressortissants contre d'éventuelles poursuites devant la Cour pénale internationale. Le Parlement aurait ainsi montré son refus de toute forme d'immunité avant de tenir un second débat, suivi du vote d'une résolution, lors de la deuxième session de septembre, a expliqué le co-président du groupe des Verts, en estimant que cette procédure est nécessaire pour exercer une plus forte pression sur les gouvernements des Etats membres qui seraient tentés de s'éloigner de la position commune par laquelle ils ont apporté leur soutien à la création de la Cour. Le président allemand du groupe PPE/DE, Hans-Gert Pöttering (CDU), s'est dit d'accord sur le fond mais il a estimé qu'un débat lors de la seconde session de septembre serait suffisant, d'autant plus qu'il interviendra avant la réunion (le 30 septembre) du Conseil pendant laquelle une position commune devrait être adoptée sur cette question. Sur une proposition du président espagnol du groupe socialiste, Enrique Baron, le président Cox a annoncé que la commission des affaires étrangères sera saisie dans la perspective du débat en plénière.
Conformément au nouveau règlement, le président Cox a ensuite donné la parole pendant trente minutes à différents députés qui souhaitaient intervenir sur des questions importantes à leurs yeux. Le président français du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, a déploré que durant le week-end, 11 Palestiniens, dont 4 enfants ont été tués par l'armée israélienne au cours de tentatives d'assassinats ciblés, ce qui porte à 30 civils palestiniens le nombre de personnes abattues durant le mois d'août. Il a rappelé qu'en juillet, un raid sur Gaza avait déjà fait 16 autres victimes dont 9 enfants. "La presse israélienne elle-même dénonce l'irresponsabilité de ces crimes", a dit M. Wurtz avant d'appeler, au nom de son groupe, le Conseil, la Commission et le Parlement "à se positionner de manière très claire par rapport à cette nouvelle dérive du gouvernement Sharon qui attise la haine et la vengeance alors qu'on a un besoin vital de désescalade, de dialogue et de paix". Revenant sur le dossier de la Cour pénale internationale, le social-démocrate allemand Jo Leinen a demandé au président Cox d'écrire au président du parlement roumain pour lui expliquer la position du PE et de l'UE. M. Cox a accepté cette demande. A l'instar du travailliste irlandais Proinsias De Rossa, plusieurs députés irlandais se sont insurgés contre les risques liés à l'éventuelle immersion en mer d'Irlande de déchets nucléaires. Le communiste grec Konstantinos Alyssandrakis (KKE) a demandé une intervention en vue d'obtenir la libération des deux journalistes chypriotes turcs qui ont été condamnés à des peines de prison par le régime en place dans la partie nord de Chypre. L'élu de la Lista Bonino Marco Cappato a une nouvelle fois attaqué les autorités vietnamiennes en évoquant "la guerre menée contre les citoyens et les moines bouddhistes". La verte irlandaise Nuala Ahern a déploré la condamnation de la Nigériane Amina Lawal.
L'élu du parti basque Batasuna, Koldo Gorostiaga a regretté que le Parlement ait souvent évoqué les violences politiques au Pays Basque mais n'ait jamais mis la question basque à son ordre du jour. "Cette assemblée ne doit pas ignorer les leçons apprises en Irlande du Nord", a-t-il lancé en estimant qu'il faut trouver une méthode pour traiter le mal à la racine. L'élu du Partido Popular, Gerardo Galeote, et la socialiste espagnole Rosa Diez ont évoqué les liens entre l'organisation terroriste ETA et le parti Batasuna et ils ont reproché à M. Gorostiaga d'avoir utilisé de l'argent venant du PE pour financer l'ETA. Mme Diez a jugé répugnant de justifier le meurtre d'un retraité et d'une petite fille (elle évoquait le dernier attentat de l'ETA). Et elle a souhaité que l'impunité de personnes telles que M. Gorostiaga prenne fin partout en Europe. "Mme Diez semble me menacer", a constaté M. Gorostiaga en revenant sur les 200 000 euros "apparemment destinés à l'ETA", et il a affirmé: "Il y a dans cette maison des responsables qui savent parfaitement où se trouve cet argent et d'où il provient". "Elle ment, avec haine en plus", a-t-il ajouté avant que le président Cox donne à nouveau la parole à Mme Diez qui a déclaré: "En Euskadi et en Espagne, les gens comme moi circulent avec une escorte (…). Ils sont assassinés par des gens qui manifestent avec le député Gorostiaga (…). Nous demandons la même liberté et la même sécurité que celles dont bénéficie M. Gorostiaga (…). Il est insupportable qu'il se serve de cette Assemblée (…). Lui et ses complices savent de quoi
je parle". M. Galeote a renchéri, en apportant son soutien à Mme Diez: "Lorsque Batasuna menace, c'est l'ETA qui tue".