Bruxelles, 24/04/2002 (Agence Europe) - « Nous devons analyser les rapports (sur les destructions du camp de réfugiés de Jénine par l'armée israélienne) qui ont montré parfois des négligences totales à l'égard de la vie humaine (…) Israël n'a aucun intérêt à laisser sans réponse les questions posées à propos de Jénine. Elle doit coopérer activement à la mission de l'ONU », a plaidé le Commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, lors du débat sur la situation au Proche-Orient, mercredi, au PE. « Israël est une société démocratique qui doit assurer un comportement digne de son niveau international, sans conditions. C'est ce que l'on entend par l'Etat de droit », a-t-il lancé. Il a rappelé l'intégrité reconnue des membres de la mission « d'examen des faits » proposée par l'ONU, dont Israël a contesté mardi la composition.
Le Commissaire a contesté implicitement l'argument sécuritaire invoqué par Israël en s'interrogeant sur l'utilité de détruire les ministères palestiniens de l'éducation, de l'agriculture, du cadastre ou des statistiques. Il s'est dit « très préoccupé » par le vide de sécurité dans les villes palestiniennes après le retrait israélien, où des scènes de lynchage ont eu lieu, et l'affaiblissement du pouvoir de l'Autorité palestinienne et de ses capacités à contrôler les terroristes. Le Commissaire a réclamé en outre un « accès total et sans obstacles pour l'aide humanitaire d'urgence dans les camps de réfugiés et l'évaluation des dégâts ». S'exprimant au nom du Conseil, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Piqué, a jugé « regrettable que les autorités israéliennes ont empêché les représentations des Etats membres d'aller sur place pour constater ce qui se passe du point de vue humanitaire ».
L'engagement de l'Union européenne pour reconstruire les infrastructures, consolider l'Autorité palestinienne et renforcer la base économique ne peut toutefois s'inscrire « dans un vide politique », a insisté le Commissaire Patten. Il a rappelé « à ceux qui parlent de plan Marshall pour le Proche-Orient, que ce plan avait commencé quand les bombardements s'étaient arrêtés ». L'UE ne peut investir dans la reconstruction sans avoir l'assurance des deux parties que « ses efforts ne seront pas anéantis ». La réunion des donateurs, qui se tient cette semaine à Oslo, devrait identifier les besoins les plus urgents. « Il est encore trop tôt pour évaluer la portée totale des dégâts, mais il est clair que même pour couvrir les besoins à brève échéance, plusieurs millions de dollars seront nécessaires », a-t-il remarqué. Il a indiqué que la Commission « dont les ressources sont toutefois limitées » se présentera devant le Parlement lorsque les besoins seront évalués, « mais nous devrons examiner dans quel contexte politique nous voulons reconstruire », a-t-il répété. « Il n'y a pas de solution militaire » à la situation et « nous devons absolument trouver une solution politique », a plaidé Josep Piqué en soulignant qu'une « conférence de paix » ne devra pas « rouvrir ce qui a déjà été obtenu ces dernières années à Madrid et Oslo".
Au cours du débat, le co-président du groupe des Verts Daniel Cohn-Bendit s'est exclamé: que l'ONU déclare solennellement l'Etat palestinien, comme elle avait déclaré l'Etat israélien, « on peut le faire tout de suite », et que l'OTAN « garantisse l'intégrité » de cet Etat. Comment rassurer la société israélienne afin qu'elle « se libère du gouvernement Sharon », qui ne veut pas la paix ?, s'est-il demandé par ailleurs. Et il a lancé: nous avons à La Haye un Tribunal international, si Sharon a commis des crimes, des massacres, il doit être traduit devant ce Tribunal, mais il faut traduire aussi les Palestiniens qui envoient des jeunes au massacre.
Dans une très brève intervention, Jean-Marie Le Pen (Front national) a dit qu'aucun « homme de coeur » ne saurait ne pas être « peiné » par ce qui se passe, par « l'irruption de la violence au berceau de Jésus », dans les lieux saints qui ont été protégés par la France « pendant des siècles ». « La France et l'Europe sont absentes depuis qu'elles se sont mises aux ordres des Etats-Unis en la personne de Javier Solana, ancien Secrétaire général de l'OTAN », a-t-il ajouté.
Après les huées qui ont accueilli M. Le Pen lorsqu'il a pris la parole en plénière, le président du Parlement, Pat Cox, a appelé ses collègues à se taire, en les invitant à « protester en silence s'ils souhaitent le faire ». Le souverainiste français, Paul Coûteaux, a désapprouvé au cours du débat les propos de Pat Cox - qui avait critiqué hier les résultats des élections en France, estimant qu'il s'agit d'un « manquement grave à l'impartialité attendue du président d'une institution supranationale ».
Au cours du débat, de nombreux députés sont intervenus pour souligner que la montée de l'antisémitisme en Europe ne doit pas être invoquée par Israël pour justifier sa politique et son rejet des positions européennes. Le socialiste espagnol Enrique Barón Crespo, les Danoises Karin Rijs-Jorgensen (ELDR) ou Ulla Sandbaek (EDD), les Néerlandais Baastian Belder (EDD) et Lousewies van der Laan (ELDR) ont ainsi souligné que l'Europe doit faire quelque chose pour lutter contre l'antisémitisme, mais que l'argument ne peut être utilisé pour qualifier l'UE d'ennemie d'Israël. Le Vert suédois Per Gahrton a relevé pour sa part les actes de racisme et de ségrégation constatés lors de la visite de la délégation du PE en Cisjordanie lundi et mardi. Ces actes justifieraient une action comparable au boycott contre l'Afrique du sud ou l'intervention au Kosovo, a-t-il estimé.
Plusieurs parlementaires qui participaient à cette visite ont relevé les actes de destruction systématique de l'armée israélienne au camp de réfugiés à Jénine et dans d'autres villes de Cisjordanie. Ces actes « n'ont rien a voir avec la sécurité d'Israël », ont-il lancé. EUROPE reviendra sur cette visite.