Bruxelles, 24/04/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne a dévoilé, mercredi, ses prévisions économiques pour la période 2001-2003, qui témoignent du retour de la confiance et de la reprise du commerce international, malgré les risques de détérioration des finances publiques dans certains Etats membres (Allemagne et Portugal surtout). La Commission étaye ses prévisions par des remarques plus politiques: il est ainsi demandé aux pays de promouvoir la création d'emplois et d'accroître le potentiel de croissance de l'Europe, un potentiel qu'elle juge encore trop modéré, et il est vivement conseillé à quatre pays (Allemagne, Portugal, France et Italie) de respecter les engagements pris dans le cadre de leurs programmes de stabilité (parvenir à l'équilibre budgétaire au minimum en 2004).
Les services du Commissaire Pedro Solbes tablent sur une croissance de 1,4% en 2002 et 2,9% en 2003 pour les pays de la zone euro, et de 1,5% en 2002 et 2,9% en 2003 pour l'ensemble des pays de l'UE. L'Allemagne devrait enregistrer cette année la croissance la plus faible avec 0,8% en 2002 (puis 2,7% en 2003). La Commission prévoit un déficit public au sein de la zone euro de 1,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2002 et de 1,2% en 2003, dont 2,8% puis 2,1% en Allemagne, 1,9% puis 1,8% en France, 1,3% en 2002 et 2003 pour l'Italie et 2,5% en 2002 pour le Portugal. La Commission prévoit aussi une baisse de l'inflation au cours du deuxième trimestre 2002, laquelle devrait atteindre 2,2% sur l'ensemble de l'année, et 2% sur 2003, des chiffres moins optimistes qu'auparavant (2% voire moins avant la fin de l'année), notamment en raison de la hausse des prix du pétrole. Il ressort aussi de ces estimations que l'économie de la zone euro créera certes des emplois, mais de manière très limitée (+0,3%), ce qui devrait provoquer une légère augmentation du taux de chômage (8,5% en 2002, contre 8,3% en 2001). La Commission estime que le rebond de la création d'emploi sera plus importante en 2003 (+1,1%), ce qui pourrait contribuer à faire baisser le taux de chômage en dessous du niveau enregistré 2001 (8,1%). Dans l'ensemble de la zone euro, l'emploi augmentera de 1,8 millions d'unités en deux ans (2002 et 2003).
Voici un résumé des constatations faites par la Commission sur l'économie européenne:
Reprise « timide » dans la zone euro: la Commission rappelle qu'en 2000 et 2001, le taux de croissance moyen de la zone euro a été divisé par deux, pour tomber à 1,6 % et que la croissance a été particulièrement faible en Allemagne et en Finlande ; en Grèce, la forte demande intérieure a compensé les effets du ralentissement mondial et au Royaume-Uni, la robustesse de la consommation privée a nettement atténué les conséquences du fléchissement de la croissance. Les petites économies ouvertes, en revanche, « ont toutes accusé une sérieuse baisse de régime ». Globalement, la reprise sera modérée au premier semestre 2002, car les facteurs qui l'entravent ne cesseront pas d'agir immédiatement. Les exportations souffrent du niveau encore faible de la demande extérieure, l'investissement est freiné par l'incertitude ambiante et les ménages hésitent à dépenser par crainte des conséquences du chômage et de la hausse des prix sur leur revenu réel.
Les conditions sont réunies pour un redressement durable: l'activité économique de la zone euro devrait s'intensifier au second semestre de cette année pour permettre à la croissance de poursuivre sur cette lancée en 2003. L'inflation aura tendance à se ralentir et les perspectives d'emploi s'amélioreront à partir, respectivement, du milieu et de la fin de l'année, ce qui devrait inciter les ménages à augmenter leurs dépenses. La consommation privée devrait s'accélérer et contribuer davantage à la croissance. Le taux moyen de progression de la consommation privée devrait atteindre 2,5 % en 2003 dans la zone euro, contre 1,2 % cette année. L'activité d'investissement s'est ralentie en 2001 et les perspectives ont été fortement révisées à la baisse, suite à la détérioration des perspectives de bénéfices. Cette année, l'investissement en biens d'équipement reculera de nouveau en moyenne, « mais l'on s'attend à un retournement de tendance, lié à l'épuisement des capacités disponibles et à l'embellie des perspectives de demande », écrit la Commission. En 2003, l'investissement pourrait croître de 5,9 % en moyenne au niveau de la zone euro. L'activité de construction en Allemagne continue d'affecter la moyenne de la zone, mais la situation devrait s'améliorer l'année prochaine, prévoit la Commission.
Une poussée « temporaire et limitée » du chômage: « le ralentissement n'a pas épargné le marché du travail, malgré les réformes structurelles passées ». La Commission, qui s'attend à un faible taux de création d'emplois cette année (0,3 %), précise que, dans quatre pays (Allemagne, Autriche, Finlande et Suède), « les pertes d'emplois seront plus nombreuses que les embauches en 2002, entraînant un recul de l'emploi total ».
La modération salariale devrait se poursuivre: selon la Commission, la productivité du travail n'a que très faiblement progressé (0,3 %) l'an dernier dans la zone euro et les salaires devraient progresser d'environ 3 % par an en 2002 et 2003, c'est-à-dire un peu plus vite que les deux années précédentes. Dans ce contexte, les coûts unitaires de main-d'œuvre ont enregistré une forte hausse en 2001, qui devrait cependant se ralentir. Toutefois, en Irlande, aux Pays-Bas et au Portugal, pays à faible taux de chômage, ces coûts ont tendance à augmenter et à créer des tensions inflationnistes. De même, en Grèce, en Espagne et en Finlande, où le taux de chômage reste relativement élevé, la hausse des coûts unitaires de main-d'œuvre pourrait se répercuter sur l'inflation et ralentir la baisse du chômage.
Interruption dans la baisse de l'inflation: la baisse de l'inflation, amorcée en juin 2001 s'est interrompue au début de 2002 en raison des modifications apportées à la fiscalité indirecte par plusieurs Etats membres et de la forte hausse des prix de l'alimentation. De plus, l'introduction des pièces et des billets en euros pourrait avoir contribué à l'augmentation de l'inflation à hauteur de 0,16%, rappelle la Commission, qui s'inquiète par ailleurs de la hausse des prix du pétrole.
Des finances publiques sensibles à la conjoncture: dans certains Etats membres (Danemark, Espagne, Italie, Autriche et Suède), le solde budgétaire des administrations publiques s'est amélioré; la Belgique n'a enregistré qu'une légère détérioration. Dans ces pays, l'impact du ralentissement économique sur les finances publiques a en effet été amorti par un « resserrement » de la politique budgétaire. La Grèce a aussi enregistré une réduction de son déficit public, grâce à une croissance « vigoureuse ». En Allemagne et au Portugal, le déficit des administrations publiques a commencé à se rapprocher de la valeur de référence de 3 % du PIB, « le jeu des stabilisateurs automatiques et les baisses d'impôts n'ayant pas été compensés ». En 2002, les déficits publics allemands et portugais resteront proches du plafond de 3 %. Contrairement à 2001, les finances publiques de la Belgique, de l'Autriche et du Royaume-Uni seront déficitaires cette année. La Belgique et l'Autriche devraient redresser la barre en 2003, tandis que les Pays-Bas devraient, cette année-là, rejoindre le groupe des pays présentant un déficit. Selon les projections budgétaires pour 2003, l'Allemagne, la France, l'Italie et le Portugal « doivent intensifier les efforts s'ils veulent tenir leur engagement de parvenir à des finances publiques proches de l'équilibre ou excédentaires d'ici 2004 au plus tard ». L'excédent confortable de l'Irlande aura disparu entre 2000 et 2003.
« Nous avons un bon potentiel de croissance, même s'il reste relativement bas. Nous devons essayer de renforcer la croissance de la productivité, en créant notamment un climat favorable aux investissements et à l'innovation », a estimé M. Solbes, lors d'une conférence de presse, qui a estimé que la performance des investissements est un des facteurs clés de la productivité. En effet, les investissements, qui pour la première fois en 20 ans n'ont pas progressé en 2001, semblent reprendre et devraient croître d'environ 7 % en 2003.