Valence, 22/04/2002 (Agence Europe) - La Conférence ministérielle euroméditerranéenne a ouvert ses travaux le 22 avril en fin de journée à Valence, en l'absence de la Syrie et du Liban.
Peu avant le début de la session - la 5ème depuis le lancement du processus de Barcelone en novembre 1995, sans compter les rencontres informelles (comme celles à Bruxelles en novembre dernier) - a été signé à Valence l'accord d'association UE-Algérie. La signature d'un tel accord avec le Liban, initialement envisagée, a été reportée à la demande de ce pays, qui s'est abstenu de participer à la rencontre de Valence. Sa défection suit celle de la Syrie et souligne encore une fois l'influence pesante du conflit du Proche-Orient sur le processus de Barcelone et tempère par avance les résultats de cette réunion ministérielle. Le principal résultat pourrait être l'adoption d'un « Plan d'action » - sorte de guide pratique du processus de Barcelone - proposé par la Présidence espagnole et d'un programme de coopération en matière JAI (Justice et affaires intérieures, terme qui a rebuté nombre de pays partenaires), en fait intitulé « Programme régional de coopération en matière de justice, lutte contre la drogue, contre le crime organisé et contre le terrorisme, et de coopération en matière d'intégration sociale des migrants, de migrations et de circulation des personnes ». L'adoption de ces deux textes au niveau des hauts fonctionnaires chargés de préparer les textes butait jusqu'ici sur les problèmes posés par la Syrie et le Liban sur la définition du terrorisme, qu'ils entendent distinguer du « droit à la résistance », et leur absence ne devrait pas contribuer à faciliter le compromis requis. Le texte restera ouvert à ces deux pays qui pourront l'adopter plus tard, a estimé un diplomate de la présidence du Conseil, de l'UE. José Piqué, président du Conseil, avait pourtant espéré: « Le Plan est très ambitieux, car il recueille le dialogue politique, y compris les sujets relatifs à la sécurité, l'aspect économique, et le dialogue social et culturel entre les civilisations. C'est pour cette raison que nous allons essayer, pour la première fois, qu'il soit approuvé à la majorité par les 27 pays membres du Processus de Barcelone ».
L'influence du conflit du Proche-Orient
Le moment le plus attendu devait être, mardi matin, la rencontre de la Troïka de l'UE avec les pays arabes engagés dans le processus de Barcelone et Israël, séparément, rencontre centrée sur la recherche d'une sortie du conflit israélo-palestinien dont le durcissement a motivé l'attitude de la Syrie et du Liban.
La Syrie avait annoncé dès vendredi soir qu'elle ne pouvait pas, dans les circonstances actuelles dans la région, participer à une réunion à laquelle assiste Israël. Elle affirme aussi ne pas comprendre que l'UE ne réponde pas positivement à sa demande, présentée avec le Liban, de suspendre la coopération avec l'Etat hébreu, alors que, souligne-t-elle dans un communiqué, « l'ONU, toutes ses agences spécialisées et les organisations humanitaires internationales condamnent le génocide » à l'encontre des Palestiniens. C'est sans doute la première fois que Damas et Beyrouth boycottent de façon explicitement motivée une réunion du processus de Barcelone avec, en plus des reproches directs adressés à l'UE (à Marseille l'an dernier, comme récemment à Malaga, leur absence n'avait pas été accompagnée de commentaires).
De son côté, le Liban qui s'est résolu à différer la signature de son accord d'association, a réaffirmé son intérêt à en formaliser l'adoption dans les délais les plus rapprochés possibles. Le Premier ministre Rafiq Hariri a déclaré aux journalistes, à l'issue d'un entretien avec le représentant de l'Union européenne au Liban, que « ce report n'affecte en aucun cas nos relations avec l'Europe ou l'accord lui-même". "Nous signerons l'accord aussi rapidement que possible", a-t-il ajouté.
Relance ordonnée du processus et révision des méthodes de gestion et de travail
- "Coopérations renforcées" à 27 ?
L'intention de la Présidence espagnole est d'opérer, avec ce "Plan d'action", une remise à plat de tous les thèmes abordés dans le dialogue politique, qui a été mis en question par la difficulté d'avancer dans l'élaboration d'une Charte commune sur la politique et la sécurité (le projet est actuellement gelé). Le but est aussi de rehausser deux thèmes faiblement traités jusqu'ici et qui relèvent du volet social, culturel et « matières humaines »: les questions migratoires, la liberté de circulation et, depuis la suspension des discussions sur la Charte, les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme pour lesquels un programme régional est conçu et inséré dans le « Plan d'action » global.
Un chapitre du Plan est censé régler les différends, nés depuis le départ, sur le mode de gestion des travaux et des réunions (la parité des décisions est défaillante, selon les pays partenaires) et devrait permettre d'envisager une alternance des réunions qui, sauf celle de Malte, ont toutes eu lieu jusqu'ici dans des pays de l'UE, laquelle en assure - seule jusqu'à présent - les présidences. Le Maroc, qui réaffirme son plein engagement dans le processus de Barcelone, a déposé un mémorandum qui traite de tous les aspects et en particulier de ce manquement à l'esprit de partenariat: « l'un des problèmes importants dont souffre le partenariat est le manque de structures véritablement paritaires qui pourraient permettre une plus grande implication des pays sud-méditerranéens dans la gestion du processus », affirme ce texte. Le Maroc y fait des propositions sur la structure administrative (notamment, proposition de créer une structure permanente d'échange d'informations voulues plus « fluides », et aussi de « clarifier le statut des procès-verbaux » régulièrement contestés). L'élément le plus saillant de ce document est la proposition d'instaurer, sur le modèle des « coopérations renforcées » européennes, la possibilité de voir un dossier évoluer selon un « rythme différencié », c'est-à-dire impliquant les seuls pays interessés ou qui sont prêts à y adhérer. L'idée serait également de créer un groupe de travail UE-pays méditerranéens-pays candidats et de donner un contenu à la coopération parlementaire. Les Marocains insistent fortement, par ailleurs, sur le besoin d'encourager la coopération inter-maghrébine (accord d'Agadir).
Dans son préambule, le Plan réaffirme « l'importance stratégique » de la Méditerranée pour l'UE: « six ans après son lancement, le processus devrait permettre d'atteindre de plus hauts niveaux d'intégration euroméditerranéenne et générer un nouveau rythme et une approche plus équilibrée vers les objectifs communs ». En ce qui concerne le volet politique et de sécurité, la recommandation est: renforcer le partenariat dans les domaines relevant de la PESD, promouvoir la démocratie, établir des bases communes pour la prévention des conflits et la gestion des crises. En général, l'UE s'engagerait à tenir compte des intérêts de ses partenaires dans tous les domaines de nature politique, y compris l'élargissement à l'Est de l'Europe. Le thème sensible de la lutte contre le terrorisme occupe une place particulière, mais les discussions entre hauts fonctionnaires ont peu avancé. Ils ont laissé le texte ouvert aux échanges de vues entre les ministres, qui seront hypothéqués par l'absence du ministre syrien, principal contradicteur de l'UE sur sa conception en ce domaine (l'Algérie, qui a été dès le départ le promoteur d'une coopération active en ce domaine, se satisferait de la rédaction européenne). Reprenant les thèmes du projet de Charte politique (mécanismes de prévention, de mesures de confiance) et aussi la question des migrations, le texte fait simplement le point et recommande aux hauts fonctionnaires de poursuivre leurs travaux.