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Bulletin Quotidien Europe N° 8123
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/italie

Après le départ de Ruggiero, la Commission dit n'avoir "aucune raison de croire que l'engagement européen de l'Italie ne reste pas entier"

Bruxelles/Rome, 07/01/2002 (Agence Europe) - La démission, samedi, du ministre italien des Affaires étrangères Renato Ruggiero suite à l'expression de son inquiétude pour les positions de certains de ses collègues en matière européenne (voir EUROPE du 5 janvier, p.4) a suscité un vif regret dans plusieurs capitales européennes. Ainsi, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a dit dans un communiqué qu'il regrettait "beaucoup" le départ de son collègue, avec lequel il avait établi une relation de très grande confiance et qui jouissait "d'une estime considérable en Europe", et son homologue allemand Joschka Fischer s'est exprimé dans le même sens (quant au ministre allemand de l'Intérieur, Otto Schily, il a remarqué dans une interview publiée lundi par la Repubblica que Renato Ruggiero "fait partie du groupe restreint des personnalités les plus respectées au niveau international" , tout en espérant que "l'orientation pro-européenne de l'Italie ne sera pas abandonnée"). Plus explicites, les ministres belges des Affaires étrangères Louis Michel et des Finances Didier Reynders ont déclaré respectivement que le départ de Ruggiero est "une victoire de la tendance antieuropéenne" en Italie et que "ceux qui veulent se replier sur eux-mêmes craignent que l'euro n'ouvre trop grand la porte de l'intégration européenne" (allusion aux commentaires sceptiques de plusieurs ministres italiens sur l'arrivée de l'euro).

A Bruxelles, le Président de la Commission européenne Romano Prodi s'est limité à dire qu'il a toujours apprécié les capacités, l'intelligence et l'esprit européen de Renato Ruggiero, et qu'il compte sur la continuité de la politique européenne de l'Italie. Et le porte-parole de la Commission Jonathan Faull, interrogé lundi par la presse, a répété: "La Commission ne souhaite pas s'immiscer dans les affaires intérieures d'un Etat membre (...). Les succès de l'Italie moderne sont intimement liés aux succès de l'Union européenne. L'Italie est un grand pays fondateur et un pays important. L'engagement européen du peuple italien ne fait aucun doute. L'Europe a besoin de l'Italie comme l'Italie a besoin de l'Europe". "Nous apprécions l'engagement européen d'un Etat membre par les actes, par l'action de son gouvernement. Nous n'avons aucune raison de croire que l'engagement européen de l'Italie ne reste pas entier", a ajouté le porte-parole, qui, interrogé sur la décision de Silvio Berlusconi d'assumer lui-même l'intérim des Affaires étrangères, a répondu: "La composition d'un gouvernement relève du gouvernement concerné (...). Il arrive parfois qu'intérim soit assuré par le Premier ministre ou un autre ministre (...). L'Italie sera représentée normalement dans les instances communautaires. Nous n'avons aucune raison de ne pas le croire". Par ailleurs, le porte-parole du Commissaire Solbes, Gerassimos Thomas, a indiqué que les événements en Italie n'ont eu aucun impact sur le cours de l'euro (voir plus loin le bilan de la Commission après une semaine d'existence de la monnaie unique).

Quant à la Présidente du Parlement européen Nicole Fontaine, elle s'est bornée, en répondant à la radio France Inter, à souligner qu'elle appréciait "vraiment infiniment les positions et les convictions " de Renato Ruggiero, qui "représentait au sein du gouvernement de M. Berlusconi un équilibre tout à fait important". "J'espère vivement qu'il sera remplacé par une personnalité aussi européenne que lui", a ajouté Nicole Fontaine.

A Rome, Silvio Berlusconi a annoncé qu'il allait exercer l'intérim des Affaires étrangères "aussi longtemps qu'il le faudra". Et, devant la presse, il a affirmé que "notre politique étrangère est et continuera d'être, avec conviction et intrinsèquement, pro-européenne (...). L'Europe, c'est un idéal, une nécessité, une volonté (...), nous avons toujours été et nous serons toujours pro-européens, nous nous battrons toujours pour une plus grande cohésion et unité de notre continent, nous nous battrons pour créer une armée unique, nous nous battrons pour l'ouverture à l'Est". Le Président italien de la République Carlo Azeglio Ciampi, en recevant longuement Silvio Berlusconi, avait demandé au Premier ministre de proclamer clairement la ligne pro-européenne du gouvernement, alors que l'opposition a réclamé un débat au Parlement sur cette politique. Quant à la durée de l'intérim, Silvio Berlusconi a dit au Corriere della Sera: "J'ai l'intention de garder l'intérim au moins pendant six mois, peut-être plus". Et il est revenu sur sa polémique avec Renato Ruggiero, qu'il avait cantonné dans un rôle de "technicien", en affirmant: "Ce sont déjà les "Premiers" qui font la politique étrangère (...). Ce sont les chefs de gouvernement qui sont aux réunions du Conseil européen, pas les ministres. Toutes les décisions, ce sont nous, les Premiers, qui les prenons". La presse indique aussi que, pendant cet intérim, M. Berlusconi sera étroitement secondé par le Représentant permanent auprès de l'UE Umberto Vattani, dont le nom, au moment de la formation du nouveau gouvernement Berlusconi, avait été cité parmi les candidats au poste de ministre des Affaires étrangères, et qui est de nouveau cité maintenant, ainsi que, en particulier, ceux des ministres de la Défense Antonio Martino et des Affaires européennes Rocco Buttiglione, et du vice-premier ministre Gianfranco Fini, président d'Alleanza nazionale, alors que le Président de la Chambre Pier-Ferdinando Casini n'aurait pas l'intention de quitter son poste.

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