login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8123
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Enseignements de la Présidence belge - L'apprentissage progressif de Guy Verhofstadt, deux évolutions spectaculaires de Louis Michel

L'avantage d'être un petit pays. Le bilan de la Présidence belge du Conseil a été amplement présenté au Parlement européen et à l'opinion publique par les autorités compétentes, et il n'y a pas lieu de revenir sur les détails, d'autant plus que les présidences en elles-mêmes n'ont pas tous les mérites des résultats positifs ni toute la responsabilité des échecs. Je préfère formuler quelques remarques éparses en commençant par une constatation banale: la Présidence belge a confirmé qu'il n'existe aucun rapport entre la taille du pays qui préside et les résultats obtenus. Un petit pays peut apporter beaucoup aux succès et au fonctionnement de l'Union, s'il est animé d'un véritable "esprit communautaire" et d'une ferme volonté politique de progrès. Pendant le semestre écoulé, plusieurs éléments ont contribué au résultat globalement positif:

- la possibilité pour le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, ainsi que pour plusieurs ministres sectoriels, de consacrer à l'Europe beaucoup de temps et d'énergie, par rapport à leurs collègues des grands pays. Entre les visites dans les Etats membres et les missions dans les pays tiers, Guy Verhofstadt et Louis Michel étaient presque toujours en voyage au nom de l'Europe, permettant à l'UE d'être présente partout où il fallait. Et M. Verhofstadt a pu consacrer beaucoup de son temps à la préparation de la déclaration de Laeken, après en avoir d'abord consacré tout autant à l'étude des dossiers européens. La construction de l'Europe unie n'avait pas figuré auparavant parmi ses passions politiques, si bien qu'il donnait par moment l'impression que sa culture européenne manquait de bases solides et était trop influencée par la presse britannique eurosceptique, la crise de la Commission Santer et la légende d'une bureaucratie européenne incapable ou malhonnête;

- le poids relativement moindre des intérêts nationaux impliqués dans les dossiers européens (question de dimensions), ce qui facilite aux petits pays le rôle de médiateur et la recherche de compromis;

- l'effet positif de l'approfondissement progressif de la connaissance des dossiers européens, qui a permis non seulement d'améliorer la gestion de ces dossiers, mais aussi dans certains cas de faire évoluer les positions nationales. Des exemples de revirements? En voici deux, spectaculaires à souhait.

La conversion de Louis Michel à propos de la Commission européenne. Vers la fin de son mandat présidentiel européen, le ministre belge des Affaires étrangères a déclaré (interview à la "Libre Belgique" du 10 décembre dernier): "On ne peut pas envisager, après l'élargissement, une méga-Commission. Il est difficile de faire fonctionner au quotidien un collège aussi nombreux de décideurs. Et le fait qu'un ressortissant de chaque Etat membre soit dans la Commission constitue une contradiction: la Commission n'est pas le reflet des gouvernements, et laisser croire qu'un Commissaire est à la fois le représentant de son pays et quelqu'un qui transcende ça, c'est un malentendu."

Pourtant, dans la négociation de Nice, la Belgique n'avait-elle pas épousé, avec les autres petites pays, la thèse de la Commission extra-large? Voici la réponse de Louis Michel: " Tout le monde peut se tromper (…). Je croyais sincèrement que c'était une garantie dont les Etats avaient besoin." Sous-entendu: je ne le crois plus.

Sur ce point, Louis Michel est donc devenu plus sage et plus "communautaire" que la Commission elle-même, qui n'avait pas choisi entre la formule "un pays, un Commissaire" et le plafonnement du nombre des Commissaires (la majorité en son sein était pour la première formule).

Il est évident que, pour Louis Michel, la solution confuse, dilatoire et terriblement compliquée inscrite dans le Traité de Nice n'a rien de définitif, et que la Convention pourra rouvrir le débat. Ce qui signifie que la Convention ne sera pas contrainte dans les limites étroites du mandat de Laeken. Il l'a d'ailleurs dit explicitement. Le journaliste lui avait demandé: "La Convention pourra-t-elle discuter de ce qu'elle veut, ou sera-t-elle liée par la déclaration de Laeken?" Voici sa réponse: "On ne peut imaginer une attitude coercitive de l'extérieur sur la Convention. Elle restera maîtresse de son débat, elle aura sa propre dynamique."

Vers la fin de la rotation semestrielle? Le deuxième exemple de "réflexion évolutive" de Louis Michel pendant sa présidence du Conseil, concerne la rotation semestrielle de cette présidence. Dans une autre interview ("Le Soir" du 14 décembre), il a déclaré: "Il faut poser la question de savoir si une présidence tournante de six mois ne présente pas plus d'inconvénients que d'avantages pour la cohérence européenne (…). Si Javier Solana était à la tête du Conseil Affaires étrangères, par exemple, il serait le visage de la politique internationale de l'Europe". Jusqu'à présent, que je sache, seul Jacques Delors avait critiqué si ouvertement la rotation semestrielle, en la qualifiant d'"irréaliste et stupide" (voir cette rubrique du 14 novembre dernier).

Ces dernières considérations nous ont reconduits à la Convention, la grande affaire européenne de l'année qui commence, qui mérite en tant que telle une analyse supplémentaire. A demain. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE