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Bulletin Quotidien Europe N° 8050
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/pe/developpement

Les ONG invitent l'Union européenne à développer une véritable politique de prévention des conflits en Afrique

Bruxelles, 18/09/2001 (Agence Europe) - «Vers une politique européenne cohérente pour la prévention des conflits en Afrique: les défis de la Présidence belge » est le thème d'une conférence que la commission du développement et de la coopération au développement du Parlement (président: Joachim Miranda, GUE/NGL) a accueilli lundi à Bruxelles. Organisée par un groupe d'ONG membres du réseau Eplo (European Peacebuilding Liaison Office), en coopération avec le Parlement et la Fondation Heinrich Böll, cette conférence a également bénéficié du soutien de la direction générale de la Coopération internationale belge et du ministère des Affaires érangères de la Suède pour faire progresser la réflexion sur la cohérence entre les politiques de l'Union dans le continent africain et utiliser l'Accord de Cotonou comme un instrument de prévention des conflits en Afrique.

Sandra Melone, directeur exécutif de l'ONG European Center for Common Ground (ECCG), a planté le décor de cette conférence en déclarant, à l'ouverture: « Nous essayons de combler les carences de la politique internationale en Afrique, toujours en proie à des conflits violents. L'Union européenne peut nous aider à prévenir ces conflits grâce à la PESC (Politique étrangère et de sécurité commune). En dépit des mécanismes de prévention actuels, les conflits continuent de dévaster l'Afrique ». L'intention de la Présidence belge de se concentrer sur la prévention des conflits en renforçant les mécanismes existants et en envisageant d'en créer d'autres est pour elle de bon augure. Mais, a-t-elle fait observer, les objectifs ambitieux de la PESC sont sujets au scepticisme. « Les uns estiment qu'il conviendrait d'approfondir la recherche sur l'origine des conflits, d'autres dénoncent l'absence de volonté politique d'agir». Et de citer à cet égard plusieurs exemples qui semblent alimenter cette critique telles que la fermeture probable, l'an prochain, de l'unité « Prévention des conflits » à la Commission européenne, le moindre prestige dont jouit la commission « Développement » du Parlement comparé à celui de la commission Affaires étrangères ou encore le fait que l'Accord de Cotonou ne soit pas cité dans les conclusions de la commission Affaires étrangères comme un instrument de prévention des conflits. « Notre objectif est de voir comment l'Union peut garantir un véritable travail en Afrique avec la société civile, comment aider à rendre les programmes plus accessibles aux populations civiles, comment mettre en place des actions communes au titre de la PESC. Et d'ajouter: « Nous sommes loin d'une politique cohérente de l'Union. Jusqu'à présent ont prévalu des politiques nationales qui ont consisté à réagir, plutôt qu'à prévenir.

Pa'o H. Luteru, sous- secrétaire général du groupe ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique), chargé de la politique et du développement humain, a insisté sur le rôle que peut jouer l'aide au développement dans la prévention des conflits . « Nous, pays ACP, constatons que pour réussir à éradiquer la pauvreté, la paix et la sécurité politique doivent régner dans nos pays. Investir dans la prévention des conflits, c'est investir dans le développement durable », a-t-il déclaré. Les systèmes d'alerte précoce ont à cet égard un rôle crucial à jouer, a-t-il estimé, en soulignant que cette question fait l'objet d'un examen au sein de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE dont les membres constituent «un premier niveau d'avertissement de toute situation susceptible de se dégrader ». Selon lui, la question essentielle à se poser est: « Quand cesserons-nous de parler pour agir ? » Rappelant que dans l'Accord de Cotonou, l'aspect prévention des conflits joue un rôle prépondérant et prévoit un échange précoce entre pays en conflit ou risquant de l'être, M. Luteru a regretté que l'article 8 (dialogue politique global entre les parties à l'accord) ne soit pas davantage utilisé avant que recours ne soit fait à l'article 96 (clause de suspension avec consultations préalables). « Le dialogue est indispensable pour que la rhétorique devienne réalité dans la résolution des conflits. 17 pays ACP subissent des sanctions ou sont dans une phase de consultations, nous aimerions que ce nombre diminue le plus rapidement possible », a-t-il déclaré en soulignant toutefois que «la responsabilité première incombe au pays où le conflit a lieu » et que les ONG ont pour rôle d'en faciliter la résolution. M. Luteru a aussi souligné l'utilité de faire davantage le lien entre prévention des conflits et aide humanitaire, ce qui nécessitera, selon lui, une nouvelle analyse des motivations des pays fournisseurs d'aide.

Bethuel Kiplagat (Kenya), membre de Africa Peace forum, qui a participé aux négociations de paix pour le Mozambique, a salué l'engagement formel de traiter les conflits en Afrique que constitue l'Accord de Cotonou. « Pour déceler les causes réelles des conflits, il faut s'intéresser à leur étendue et à leur nature », a-t-il souligné en rappelant que les 7 pays de la Corne de l'Afrique n'ont pas connu un seul jour de paix au cours des 50 dernières années, et que la majorité des conflits qui perdurent sur le continent (17 actuellement) sont liés à la nature même de l'Etat concerné. D'où la nécessité, selon lui, d'étudier la structure des gouvernements en Afrique. Saluant le tournant qui a permis à l'OUA d'instaurer le principe d'ingérence (déclaration du Caire, 1984), il a regretté l'absence de mécanisme international permettant d'aller au-delà des interventions au coup par coup, comme c'est le cas aujourd'hui. D'où la nécessité de « prendre très au sérieux l'instrument de Cotonou » et de se concentrer sur des instruments juridiques permettant d'exécuter l'accord dans le cadre de la prévention des conflits.

« La frontière entre la prévention et la résolution des conflits est ténue », a souligné Andreas Strub, conseiller diplomatique pour l'Afrique auprès du Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana (Unité politique du Conseil de l'Union). Jugeant important qu'un maximum de personnes examinent le fonctionnement des conflits, il a rappelé que « l'Union européenne, en tant que telle, est un mécanisme de prévention des conflits, une organisation régionale bien placée pour comprendre les problèmes liés à des déséquilibres économiques ou des dificultés ethniques ». Affiner les initiatives diplomatiques pour mettre en place un dialogue (comme ce fut le cas entre la minorité albanaise et le gouvernement macédonien), veiller à la cohérence de toutes les interventions extérieures de l'Union (aide au développement, aide humanitaire, politique commerciale, PESC) grâce à une connaissance réelle des problèmes sur le terrain et améliorer la compréhension de certains concepts (tels que la propriété en Afrique ou la responsabilité dans l'aide au développement) sont, selon lui, autant de défis à relever pour s'orienter vers une politique efficace de prévention des conflits.

Ces pistes de réflexion, lancées par les orateurs, ont été approfondies dans des ateliers consacrés respectivement à la Corne de l'Afrique, aux Grands Lacs et à l'Afrique de l'Ouest. Les conclusions feront l'objet d'un rapport qui sera remis aux institutions européennes en octobre.

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