Strasbourg, 06/09/2001 (Agence Europe) - Le débat de mercredi au Parlement européen sur les leçons à tirer du Sommet du G8 à Gênes en juillet a été marqué par d'assez nets clivages entre droite et gauche.
Tout en confirmant que la responsabilité du maintien de l'ordre public reste la compétence exclusive de chaque Etat membre, la présidente du Conseil, Mme Neyts, a souligné qu'une coopération dans ce domaine est possible, sur la base des instruments juridiques existants. Sur le fond, la Présidence belge estime que le dialogue politique avec ceux qui contestent la mondialisation est un devoir qu'il ne faut pas fuir: elle présentera dans les semaines qui viennent une lettre ouverte sur ce thème, lettre qui sera largement diffusée. J'ai terminé mes études et j'ai commencé à travailler à la fin des années soixante: c'était une époque fascinante, que je regretterais d'avoir ratée, a déclaré Mme Neyts, se disant convaincue que la contestation est une bonne chose en soi et que la "pensée unique" ne l'est pas. Cela dit, elle relève un paradoxe: les adversaires de la mondialisation manifestent précisément contre ceux qui, comme l'OMC, essaient de résoudre les problèmes qui les inquiètent. L'OMC n'organise pas l'anarchie, au contraire, elle cherche des règles qui soient acceptables pour tous. L'essentiel, c'est de maîtriser la mondialisation, afin d'en tirer le meilleur parti possible: or, selon Mme Neyts, l'Union est particulièrement bien armée dans ce domaine, et ne devrait pas être la cible privilégiée des contestations.
Le G8 doit s'engager dans un dialogue véritable avec la société civile et les pays qui ne sont pas membres, a insisté à son tour le Commissaire européen M. Vitorino, en invitant les leaders qui se retrouvent aux sommets à écouter aussi les autres, et en particulier les représentants de l'Afrique (qui sera un des sujets principaux du prochain G8, au Canada). L'initiative "Tout sauf les armes" est un bon exemple de la voie à suivre pour aider les pays les plus pauvres. L'Union peut offrir une réponse concrète et démocratique aux dangers de la mondialisation, selon M. Vitorino, notamment en contribuant à la réforme des institutions internationales. Ceci implique aussi des changements dans le déroulement des G8, en réduisant entre autres leur taille (le Canada s'est engagé à tenir un sommet plus "simple", a annoncé M. Vitorino).
Pour le groupe du PPE-DE, Antonio Tajani, de Forza Italia, a souligné les résultats concrets obtenus par le G8, en affirmant sa solidarité vis-à-vis des forces de l'ordre italien (une plus grande coopération avec les forces d'autres pays aurait été, à son avis, souhaitable): pour le groupe socialiste, le président Enrique Baron a répliqué qu'il attendait les conclusions de l'enquête du parlement italien sur les événements de Gênes, mais que cela n'interdit pas une attitude critique sur le déroulement de la réunion. Le respect de l'ordre public doit aller de pair avec le respect des droits des manifestants, a insisté M. Baron. La mondialisation doit viser non pas le profit de certains, mais l'affirmation de la dignité humaine, s'est exclamé, pour le groupe libéral, Giovanni Procacci (I democratici), en plaidant pour un modèle de développement qui ne soit pas seulement fondé sur la consommation, ainsi que pour une sorte de grand Plan Marshall à échelle planétaire. Nous ne sommes plus dans le monde politique "classique" d'il y a cinquante ans, a enchaîné, pour les Verts, le co-président Paul Lannoye. Il faut parler avec les représentants de la société civile organisée: ne pas les écouter serait, selon lui, une grave erreur politique. Gênes a, selon Francis Wurtz, président du groupe de la Gauche unitaire/gauche nordique, posé la question de la légitimité des G8, celle de la violence et de la répression, et celle des réponses politiques qu'il faut trouver aux contestations, sans criminaliser le "magnifique engagement citoyen" de ceux qui s'interrogent sans violence sur la mondialisation. L'élue italienne d'Alleanza nazionale, Cristiana Muscardini a défendu le comportement du gouvernement italien à Gênes, en se demandant pourquoi Echelon, qui "écoute tout", n'a pas prévenu les autorités sur ce qui se préparait à Gênes. Francesco Fiori, dont le parti, Forza Italia, est également au gouvernement en Italie, s'est prononcé de façon plus nuancée, en condamnant la violence mais aussi toute tentative de nier la démocratie représentative. A Gênes, il y a eu une insuffisance d'information et un excès de répression, a estimé quant à lui l'ancien juge Antonio Di Pietro (I democratici), affirmant qu'il ne faut pas condamner des responsables individuels des forces de l'ordre mais ceux qui ont donné les ordres. Gênes a montré aussi, selon M. Di Pietro, l'"improductivité substantielle" de ce genre de sommet, où "les muscles et la puissance" ne peuvent cacher l'absence de décisions concrètes. Tous les jeunes qui étaient à Gênes, a ajouté Luigi Vinci, de Rifondazione comunista, ont témoigné des violences subies dans les casernes après avoir été arrêtés; il y a eu aussi une véritable "charge" contre la police, a rappelé pour sa part Mariotto Segni (Patto Segni), en regrettant que Gênes ait donné l'image d'une Europe divisée et inefficace. Pour lui, la réponse ne peut être qu'un projet constitutionnel permettant à l'Europe de s'exprimer d'une seule voix. Si la Charte des droits fondamentaux était vraiment "entrée dans les ADN de nous tous", s'est exclamée Monica Frassoni, Italienne élue sur la liste des Verts en Belgique, les violences de Gênes n'auraient pas eu lieu. Jas Gavronski, de Forza Italia, a souhaité quant à lui que ce genre d'incidents n'empêchent pas les leaders de se rencontrer entre eux. Entre Gênes et Durban, je choisis Gênes, a déclaré Marco Cappato, de la Lista Bonino, en exigeant que les Sommets soient, à l'avenir, publics. Qu'aurait-on fait si de pareils incidents s'étaient déroulés lors d'un Sommet en Autriche ? s'est demandé avec une certaine amertume le Vert autrichien Johannes Voggenhuber. Pourquoi des centaines de milliers de gens sont-ils prêts à sacrifier leur temps pour se rendre, à leur propres frais, à Seattle, Göteborg, ou Gênes, s'interroge à son tour la Verte britannique Caroline Lucas, alors que la socialiste espagnole Anna Terron a souligné que la violence anti-mondialiste n'est pas une "catastrophe naturelle" contre laquelle on peut appliquer un plan de protection civile: c'est un problème politique auquel il faut trouver une réponse. C'est un problème qui concerne l'Europe toute entière, a dit la Française Béatrice Patrie (Mouvement des citoyens, membre du groupe socialiste) et donc les institutions européennes, en confirmant le sentiment exprimé par la majorité de l'assemblée.
Le spectacle d'un sommet se déroulant dans un ghetto est brutal, mais les violences le sont aussi, a conclu Mme Neyts, en espérant que la Présidence belge arrivera à trouver l'équilibre entre sécurité et participation. Le débat sur la mondialisation ne fait que commencer: pour qu'il porte ses fruits, il faut non seulement écouter mais essayer de comprendre les autres, a-t-elle dit. Une des leçons à tirer est qu'il faut structurer le débat sur la mondialisation: la Commission a des idées sur la manière de le faire, a conclu M. Vitorino.