Bruxelles, 26/03/2001 (Agence Europe) - Le Commissaire Pascal Lamy a quitté le Caire, où il était en visite officielle de vendredi à dimanche, "un peu plus confiant" qu'auparavant dans le ralliement de l'Egypte à l'effort la promotion d'un nouveau cycle de négociations sur la libéralisation du commerce mondial dès novembre prochain au Qatar. Il s'est également efforcé de rehausser le profil de l'Union en tant que telle dans ce pays où des Etats membres, comme la France ou encore l'Espagne, ont une présence beaucoup plus marquée. Il a également rappelé à ceux qui en doutaient, les avantages de l'accord d'association UE/Egypte qui devrait entrer en vigueur une fois signé (sans doute avant la fin du semestre) et ratifié, ce qui pourrait prendre deux à trois ans.
"Nous avons le sentiment que, si des divergences de vues subsisteront sans doute quant au font, l'Egypte est engagée à lancer le round", ont indiqué des sources proches de la délégation communautaire. Dans un discours prononcé dimanche devant un groupe de diplomates et auprès de ses interlocuteurs du gouvernement égyptien, M. Lamy a fait valoir les "ambitions modérées" que l'Union entretient désormais pour le futur cycle multilatéral. La preuve en est, a-t-il dit, "notre approche de opt-out qui permettrait à tous les membres de l'OMC de négocier sur la concurrence et l'investissement sans engagements finaux". Ainsi, "vous n'êtes pas obligés de nous croire lorsque nous affirmons que nous ne recherchons pas une négociation maximaliste: vous êtes couverts par les assurances, a-t-il ajouté. Le commissaire a expliqué les objectifs poursuivis par l'Union, en rappelant en passant que des sanctions commerciales contre les pays qui ne respecteraient pas les normes sociales minimales sont exclues, ainsi que les propositions "nouvelles et assez substantielles" avancées pour rassurer et rallier les pays en développement (meilleur accès au marché, assistance mieux coordonnée, réexamen des règles existantes, bonne volonté sur les problèmes de mise en oeuvre qu'ils rencontrent, etc.). Il a dit espérer et s'attendre à ce que l'Egypte, "un pays qui se situe à la croisée des chemins de notre politique commerciale (…) se joigne à moi pour atteindre ce but". C'est l'un des cinq ou six pays émergents, avec entre autres l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde, qui peuvent faire pencher la balance d'ici l'automne prochain. L'Egypte, a souligné M. Lamy, joue un rôle clé non seulement dans le processus de Barcelone et dans le contexte arabe - "comme le montrera sans doute le prochain Sommet de Amman", mais aussi en Afrique à travers la Comesa. "Vous êtes l'un des leaders du monde en développement à Genève et ailleurs", a-t-il insisté, en mentionnant aussi la ferme démarche entreprise en concluant l'accord bilatéral avec l'Union.
Cet accord, paraphé en janvier dernier après cinq longues années de négociations qui avaient achoppé sur les chapitres agricole, tarifaires, règles d'origine, droits de l'homme et social, ouvre la voie à une zone de libre-échange entre l'Union et l'Egypte. "On a pu montrer l'importance que nous attachons à cette relation bilatérale à travers cet accord très ambitieux par rapport aux autres du même type, soulignait un membre de la délégation conduite par M. Lamy. Elle s'est également efforcée de dissiper les doutes entretenus par certains milieux (parlementaires de l'opposition, hommes d'affaires), quant aux bénéfices que les Egyptiens peuvent attendre du nouvel accord. Le Commissaire a pu expliquer à divers interlocuteurs le détail de cet accord et leur donner des informations qui semblaient faire défaut, en rappelant notamment que l'Union avait sensiblement amélioré ses concessions en faveur des exportations agricoles de l'Egypte et sa disponibilité à lui accorder une assistance technique pour l'aider "à exporter davantage chez nous". Les problèmes bilatéraux, concernant notamment l'antidumping et les mesures phytosanitaires liées à l'ESB et à la fièvre aphteuse, ont également été évoqués.
M. Lamy a aussi abordé avec son homologue égyptien, Youssef Boutros-Ghali, des questions horizontales. Il a notamment souligné que l'harmonisation des règles d'origine est le point clé pour faciliter le commerce, de même que l'interconnexion dans des domaines encore très cloisonnés, tels que l'énergie, les télécommunications et les transports.
Enfin, le Commissaire s'est dit convaincu que "l'intégration régionale est un courant historique qui mérite d'être encouragé". La valeur de l'intégration Nord-Nord ne peut qu'être limitée sans un processus de coopération et d'échanges commerciaux similaire entre les pays du Sud, a-t-il dit en substance, en soulignant le rôle que l'Egypte a la capacité de remplir, notamment dans la perspective de la réunion des ministres du commerce participant au processus de Barcelone (Euromed), à Bruxelles le 28 mai prochain. Dans cet esprit, M. Lamy s'est réjoui d'apprendre de la bouche de ses interlocuteurs que le projet de zone de libre-échange que l'Egypte veut lancer avec le Maroc, la Tunisie et la Jordanie semble avoir "un avenir".