Bruxelles, 09/03/2001 (Agence Europe) - A l'ouverture de la conférence sur l'e-Economie, organisée par la Commission européenne la semaine dernière à Bruxelles (voir EUROPE du 3 mars, p.7), le président de la Commission Romano Prodi est parti du constat du retard de l'Europe face aux Etats-Unis dans la transition de la société industrielle vers celle de l'information pour fixer un certain nombre d'objectifs permettant d'accélérer le développement de l'e-Economie en Europe, en prévision des sommets de Stockholm et de Göteborg. M. Prodi, qui a reconnu la fin de l'euphorie des débuts de la nouvelle économie qui ont vu tant de jeunes sociétés devenir millionnaires en une nuit a affirmé: "Cela nous permettra de nous concentrer sur l'essence véritable de l'e-Economie: la digitalisation de l'économie et la pénétration des technologies de l'information et de la communication dans chaque domaine de nos vies". Il a souligné qu'aux Etats-Unis la production des technologies de l'information excède 7% du PIB, alors qu'elle est de 4% du PIB en Europe. "Nous avons besoin de faire plus que juste contempler ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (…), l'Europe doit affronter ces défis", a-t-il ajouté. Pour lui, la démarche entamée au Sommet de Lisbonne ne peut aboutir que si on se concentre sur trois projets majeurs: 1) mieux exploiter les technologies de l'information dans la vie de tous les jours; 2) développer la recherche et le développement, en permettant, par exemple, "aux cerveaux en technologies et en mathématiques de l'Europe centrale et de l'est de se plonger immédiatement dans la recherche en Europe occidentale"; 3) créer une force de travail mobile et compétente. Le Président Prodi a fait remarquer que les objectifs de Lisbonne ont été traduits par la Commission, entre autres, en 40 initiatives législatives, le plan d'action eEurope, et la proposition sur un nouveau cadre général pour les communications électroniques. Une communication de la Commission fait le point sur la mise en oeuvre des conclusions de Lisbonne, en vue du Sommet de Stockholm en ajoutant une dimension environnementale de manière à renforcer la stratégie européenne pour un développement durable, a dit M. Prodi. Et, traçant les contours de cette stratégie, il a déclaré: "Ce doit être une stratégie pour promouvoir l'innovation et plus d'investissement, exploiter les opportunités offertes par les technologies de frontière. Une stratégie (…) incluant une fiscalité ciblée et qui encourage le changement". Par ailleurs, M. Prodi demande qu'on adopte au Sommet de Göteborg, en juin, une approche globale de la durabilité, pour "pouvoir identifier au sommet du printemps 2002 les décisions nécessaires pour adapter la stratégie de Lisbonne aux objectifs qui seront identifiés à Göteborg" (rappelons que le premier sommet de 2002 se tiendra en Espagne).
Au cours de la conférence, le Commissaire Mario Monti, responsable de la concurrence, a averti que l'e-Economie "n'est pas immunisée contre les règles de la concurrence", évoquant l'émergence de problèmes liés aux opérateurs historiques qui contrôlent la boucle locale ou aux échanges de "business à business", contrôlés par des acteurs dominants de l'industrie. M. Prodi a préconisé une application flexible de ces règles pour assurer l'ouverture du marché. Le Commissaire Pedro Solbes, en charge des affaires économiques et monétaires, a évoqué le cadre économique propice au développement de l'e-Economie, estimant qu'il apparaît que les technologies de l'information ont "un effet positif net sur l'économie". Tout en reconnaissant que les prévisions sont toujours incertaines, M. Solbes a plaidé pour que l'Europe saisisse la chance de mettre en œuvre les conclusions de Lisbonne, au moment où les conditions macro-économiques sont favorables en Europe. Le Commissaire David Byrne, en charge de la protection des consommateurs, s'est interrogé sur les meilleurs moyens d'améliorer la confiance des consommateurs dans le commerce électronique. Pour lui, même si Internet pénètre rapidement, il est évident que le consommateur reste méfiant, notamment à l'égard du mode de paiement, que l'arrivée de l'euro pourrait améliorer, mais surtout dans la relation d'un type tout à fait nouveau avec les commerçants. Celle-ci pose des problèmes, par exemple, au niveau de la protection de la vie privée, la confidentialité, la qualité de livraison des biens et d'exécution des services. La Commission a lancé l'initiative "e-confidence", pour élaborer des codes de bonne conduite dans ces domaines avec la collaboration des représentants des parties concernées. Pour M. Byrne, force est de constater que les progrès sont lents. Pour lui, la co-régulation pose deux questions: 1) assurer la représentativité de ceux qui participent à ce processus, qui doivent avoir "le bon mandat"; 2) établir un cadre légal clair.