Bruxelles, 30/10/2000 (Agence Europe) - Le commissaire Franz Fischler a rencontré lundi matin le ministre marocain de la Pêche Saïd Chbâatou et le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Taïeb Fassi Fehri alors que s'ouvraient, également à Bruxelles, des consultations techniques euro-marocaines. Lors d'une rencontre avec la presse, ils ont rappelé qu'il n'est plus question de renouveler l'accord de pêche tel qu'il existait. Ils ont marqué leur disponibilité à rechercher un accord équilibré qui "tienne compte des intérêts des deux parties". "Nous sommes venus proposer à la Commission un projet de coopération globale", a dit M. Chbâatou, fondée sur: a) "partenariat sur terre" (structures d'accueil de débarquement); b) un appui à "la restructuration de la flotte marocaine" ainsi qu'au développement des capacités de stockage des captures, du secteur de l'aquaculture; c) la promotion du partenariat entre les secteurs privés européens et marocain.
Théoriquement, aucune mention n'est faite dans le projet marocain de maintenir la possibilité pour le secteur espagnol et portugais de participer directement à l'activité d'extraction de poissons dans les eaux du Maroc. Mais « nous sommes prêts à l'envisager indirectement pour des quantités limitées, en faveur d'un type de pêche et pour une région déterminée pour une période donnée ». Il s'agirait de prévoir des mesures spécifiques pour "faire patienter" les pêcheurs communautaires le temps de mener à son terme la restructuration de la flotte. Une telle restructuration est plus équitable que de demander au Maroc de subir les conséquences d'une politique d'exploitation des ressources qui ne lui semble plus tenable, ni en termes budgétaires ni en termes d'emploi, et qui freinerait le développement du secteur marocain. « Ce n'est pas, de notre part, une position tactique et nous ne fermons pas la porte, mais nous avons la volonté de développer notre secteur de la pêche ».
«Notre souci n'est pas d'ordre financier», ont maintes fois souligné les deux membres du gouvernement marocain qui affirment attendre de la Communauté qu'elle applique aux relations de pêche avec le Maroc (comme avec d'autres pays tiers) ce qu'elle a décidé pour elle-même, à savoir la protection des ressources. « Tout est possible mais en respectant cet impératif, la préservation des ressources ». Celles-ci se seraient dégradées de 50%, plusieurs bateaux marocains seraient à quai faute de captures et sont tenus d'observer des périodes de repos biologiques étendues de 2 à 5 mois. Les flottes étrangères ne peuvent plus espérer de meilleur traitement que celui concédé aux pêcheurs nationaux, a dit le ministre marocain. Les ministres ont souligné la volonté de leur pays de parvenir rapidement à un résultat. Même s'ils n'accordent pas d'importance particulière à l'échéance du 30 novembre avancée par la Commission, ils proposent à la Commission de tenir des réunions hebdomadaires, « un jour par semaine, alternativement à Bruxelles et à Rabat».
Par ailleurs, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères n'entend pas que s'établisse un lien entre les perspectives dans le domaine de la pêche et les concessions générales dans le cadre de l'accord d'association, notamment dans le secteur agricole. « Le Maroc n'est pas intéressé à tout mélanger », a affirmé M. Fassi Fihri pour qui les négociations sur la révision des régimes d'accès réciproques des produits agricoles sont «prématurées ». Elles lui semblent « difficiles à envisager tant qu'on n'aura pas mesuré l'impact de l'approche de multifonctionnalité » de l'agriculture proposée par l'UE à l'OMC. Il faudra mieux évaluer l'équilibre des concessions industrielles et agricoles réciproques et leurs conséquences pour l'économie marocaine, et étudier le risque économique et social d'exposer à la concurrence certains secteurs de production agricole, avant d'entrer en négociations sur des concessions nouvelles.
La réunion euro-marocaine se poursuivait lundi dans la soirée.