Bruxelles, 05/10/2000 (Agence Europe) - Suite à l'adoption, par le PE, du rapport consacré par Jacques Poos à la demande d'adhésion de Chypre (voir EUROPE d'hier, pp. 15/16), l'ambassadeur Nihat Akyol, délégué permanent de Turquie auprès de l'UE, a exprimé sa "profonde préoccupation" pour, entre autres, les raisons suivantes:
1) "La tonalité des paragraphes consacrés à la Turquie est agressive et peu compatible avec l'esprit positif et constructif qui devrait gouverner désormais les relations euro-turques" et l'élaboration du Partenariat d'adhésion.
2) "Le rapport marque une rupture avec le souci général de prudence qui a entouré la rédaction des rapports antérieurs". Le Conseil européen d'Helsinki n'a "pas entériné une automaticité de l'adhésion de Chypre, mais a confirmé que la décision finale sera prise en tenant compte de tous les éléments du dossier dont la Commission européenne n'a cessé de souligner la complexité et la délicatesse". Le rapport interfère directement dans les discussions de proximité sur la question chypriote qui se déroulent sous les auspices du Secrétaire général des Nations Unies. La position du Parlement est de nature à "jeter le trouble dans l'esprit des deux Parties chypriotes et à compromettre le climat de confiance que requièrent de telles négociations", ce qui - selon l'ambassadeur - engage lourdement la responsabilité du PE.
3) Le rapporteur a "complètement négligé" le contexte historique à l'origine du conflit, "ce qui l'a amené à recommander à la partie chypriote turque une attitude incompatible avec les orientations du Secrétaire général de l'Onu, comme par exemple "de se joindre sans condition à la délégation du gouvernement légal de Chypre" -ce qui équivaudrait à rompre l'équilibre fragile de toute la négociation".
L'ambassadeur rappelle que le sommet d'Helsinki a eu le mérite de dissocier juridiquement le dossier chypriote et le processus d'adhésion de la Turquie, et il estime que la résolution du PE "ne facilitera pas la recherche d'une paix juste et durable à Chypre".