Bruxelles, 30/05/2000 (Agence Europe) - L'audition sur la crise dans le secteur de la viande porcine, organisée par la commission de l'agriculture du Parlement européen, a montré que la proposition de la Commission européenne visant à autoriser la création de Fonds nationaux pour la stabilisation des revenus des éleveurs de porcs ne satisfait à peu près personne. Deux tendances se sont dégagées lors de cette audition. D'un côté, les représentants des agriculteurs pratiquant l'élevage intensif acceptent le principe d'un tel mécanisme pour autant qu'il soit cofinancé par la Commission européenne ou/et les pouvoirs publics; de l'autre côté, les petits exploitants souhaitent des mesures de maîtrise de la production et s'opposent à un système auquel ils n'auront pas accès.
Le représentant du Copa/Cogeca, M. Serres, et plusieurs représentants d'éleveurs français et espagnols, ont réclamé une contribution financière communautaire ou, à tout le moins, nationale à ces fonds de solidarité. M. Serres a aussi demandé des aides au stockage privé, une meilleure utilisation du mécanisme des restitutions à l'exportation en cas de crise et une modification de l'Organisation commune de marché dans le secteur de la viande porcine sur le modèle des OCM du lait et des céréales. Il a évoqué la possibilité d'introduire des quotas, un système de retrait et une aide au revenu. M. Serres a estimé que la diminution du prix des céréales entraînera une diversification des céréaliers dont une partie se reportera sur l'élevage porcin, avec la perspective d'une aggravation des prochaines crises.
La Coordination paysanne européenne (CPE), représentée par Günther Völker, a lancé un nouvel appel à la maîtrise de la production et à une politique européenne favorisant les exploitations porcines familiales à taille humaine. Dans un communiqué publié la veille de l'audition, la CPE constatait que "la proposition de la Commission européenne de mettre en place au niveau des Etats membres une assurance-revenu montre que la Commission reconnaît la gravité de la situation mais refuse de reconnaître l'échec de la politique actuelle, à laquelle elle ne fait qu'additionner un instrument non adapté à la situation". La CPE estime que cette assurance volontaire favorisera les plus gros élevages capables de cotiser en période faste. A son avis, "cette proposition contredit une nouvelle fois les discours de la Commission sur un modèle européen d'agriculture familiale, la multifonctionnalité de l'agriculture et la sûreté alimentaire" puisqu'elle favorise les élevages porcins de taille industrielle qui, par leurs multiples fonctions négatives pour la société (perte d'emplois, usage d'antibiotiques, qualité inférieure de la viande, problèmes d'environnement), en sont le contre-exemple.
Le socialiste français Georges Garot a lui aussi souligné que la concentration de l'élevage porcin est en contradiction avec le modèle européen d'agriculture familiale que la Commission prétend défendre, et a demandé à la Commission de réfléchir à une meilleure gestion de la production et aux possibilités de cofinancement des Fonds de solidarité. Le démocrate-chrétien allemand Lutz Goepel a rappelé les contraintes budgétaires et s'est opposé à la modification de l'OCM souhaitée par certains agriculteurs, en estimant qu'un système d'assurance volontaire pourrait être une bonne solution. Le libéral danois Niels Busk a plaidé pour le maintien du système actuel, en estimant que la loi du marché était suffisante pour réguler la production. La Verte française Danielle Auroi s'est étonnée de l'absence de représentants des agriculteurs néerlandais, et a estimé qu'il faut répondre aux inquiétudes des producteurs français, espagnols et allemands qui ont le sentiment d'être devenus des ouvriers agricoles au service des multinationales de l'agro-alimentaire. Elle a soutenu une démarche visant à maîtriser la production et aider les éleveurs à retrouver la confiance des consommateurs, et a préconisé une mutualisation des fonds de solidarité afin que ceux-ci puissent servir aux agriculteurs riches autant qu'aux plus pauvres.
Le représentant de la Commission européenne, M. Nagel, a estimé que le marché est organisé de façon libérale et a "bien fonctionné" depuis 25 ans. "La situation n'est pas si dramatique", a-t-il affirmé en rappelant que sur dix ans (1990-2000) il n'y a eu que quatre années de crises (93/94 et 98/99). L'effondrement du marché dans cette deuxième période s'explique aisément lorsque l'on sait qu'en deux ans, la production avait augmenté de 12% (1,7 million de tonnes). La spécialisation a entraîné une perte de flexibilité des producteurs; c'est pourquoi, la Commission propose "un cadre juridique permettant aux producteurs de s'aider eux-mêmes". Tout en soulignant que cette proposition est "un compromis entre ceux qui veulent tout et ceux qui ne veulent rien", M. Nagel a répété que la responsabilité première de la gestion de la production revient aux producteurs qui doivent aussi assumer le financement du système de solidarité en cas de crise. M. Nagel n'a pas fait de commentaire sur le modèle européen d'agriculture familiale mais il a insisté sur le fait que la production intensive demeure un problème de certaines régions uniquement.