Bruxelles, 23/05/2000 (agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays du "processus de Barcelone" se sont donné rendez-vous ces jeudi 25 et vendredi 26 mai à Lisbonne à l'invitation de la Présidence portugaise pour une session informelle de réflexion sur les orientations et les méthodes de travail dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen lancé à Barcelone en novembre 1995. Cette rencontre, du même type que celle qui a eu lieu à Palerme en juin 1998, a été notamment évoquée lundi par le Conseil Affaires générales, à Bruxelles, qui a confirmé son caractère informel; elle ne s'achèvera pas par la publication d'un communiqué commun ni de conclusions formelles. Cela permettra, selon M. Neves, porte-parole de la Présidence portugaise, "de donner l'opportunité aux ministres d'échanger librement leurs vues sans agenda ni ordre du jour structuré". La question du processus de paix au Moyen-Orient sera évoquée lors du dîner jeudi soir.
Les 27 espèrent ainsi reproduire le résultat obtenu dans la capitale sicilienne qui avait efficacement abouti à la relance du processus alors que ses piétinements avaient causé l'échec de la session ministérielle de Malte, en avril 1997. Les orientations nouvelles dégagées à Palerme - davantage sur la méthode de travail que sur le fond - avaient été ensuite entérinées par la 3e session formelle, à Stuttgart en avril 1999.
Cette fois-ci à Lisbonne, les chefs des diplomaties des 27 pays (la Libye y sera en simple observatrice) auront à définir les conditions d'une relance de ce dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. L'espoir est de le sortir de ce qui semble être du "sur place" et ce qui, d'un avis général, requiert un affinement des objectifs et des méthodes de fonctionnement des différentes structures sectorielles - réunions spécialisées au niveau ministériel, groupes de travail techniques - existantes, en prévision de la 4e session formelle qui aura lieu, sous présidence française, en novembre prochain à Marseille (et non plus à Cannes comme cela a été un moment envisagé) et qui pourrait être couplée à une rencontre au «sommet». Le président français Chirac n'exclut pas d'y inviter les chefs d'État des 27 pays si le climat politique au Moyen-Orient le permet.
Dans une lettre à ses collègues, le Président en exercice du Conseil, M. Jaime Gama, a indiqué que le but de la réunion de Lisbonne sera "de dynamiser ensemble ce processus, envers lequel nous sommes, de part et d'autre de la Méditerranée, si engagés. J'essaierai de promouvoir une discussion franche et ouverte sur les différents volets du Partenariat, en gardant bien à l'esprit les défis que pose la consolidation de chacun des domaines prioritaires d'action établis par la déclaration de Barcelone. Je suis convaincu que les recommandations que nous formulerons lors de notre réunion informelle représenteront une base enrichissante pour la Conférence Euro-Méditerranéenne" (à savoir pour la session déjà citée de Marseille).
La réunion de Lisbonne sera préparée jeudi au niveau des ambassadeurs et débutera en fin de journée par une brève séance suivie d'un dîner au cours duquel, précise M. Gama dans sa lettre qui fait office d'ordre du jour, les ministres aborderont d'une "manière franche et informelle, les questions d'ordre politique intéressant la région". Il se propose d'informer les ministres méditerranéens sur les récentes initiatives de l'UE en matière de défense et du projet de "stratégie commune" européenne en Méditerranée. Le lendemain, les ministres procéderont à une "évaluation des progrès" réalisés sur le projet de Charte sur la paix et la stabilité, et ensuite au "bilan du partenariat économique et financier", notamment sur les perspectives qui seront fixées à l'instrument financier Meda (2000-2006). Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont évoqué Meda lundi et Chris Patten a plaidé pour un nouveau mode de fonctionnement et un accroissement de 47% (en paiements et non en engagements, avait-il précisé), mais sans convaincre. "On n'a pas assez avancé", observe le porte-parole portugais.
Les pays partenaires du Sud insistent notamment pour qu'on donne corps au troisième volet de la coopération, le volet social et culturel qu'ils estiment jusque là négligé. La dernière partie de la session informelle de Lisbonne sera consacrée aux conditions dans lesquelles aura lieu la réunion de Marseille. On croit savoir que les Quinze, en tout cas, prévoient de reparler du projet ressuscité de "stratégie méditerranéenne" sur lequel ils ont constaté lundi leurs divergences, non sur le fond mais sur l'opportunité de faire autre chose que l'actuel processus de Barcelone, "tant qu'il n'y aura de substance nouvelle" à y mettre, précise une source française.
Il reste enfin la question de la participation libyenne au processus. Les Quinze attendent toujours de Tripoli une lettre explicative qui prouverait que son adhésion au processus est sérieuse. Dans l'attente, une délégation de la Jamahirya sera présentée à Lisbonne en tant qu'"invitée spéciale de la Présidence".