Bruxelles, 23/05/2000 (Agence Europe) - Le commissaire européen Pascal Lamy a fait monter la pression, lundi, sur le Conseil pour qu'il surmonte rapidement son "interminable" querelle à propos de la réforme du régime d'importation de bananes, en l'invitant à "songer sérieusement au système exclusivement tarifaire" dont les Etats membres producteurs ne veulent pas. Un mois et quelques, c'est trop court pour s'accorder sur une autre solution, compte tenu des échéances électorales américaines, ont plaidé au sein du Conseil la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce, le Portugal et, sur un mode plus détaché, le Royaume-Uni. Selon le Secrétaire d'Etat français au Commerce, François Huwart, M.Lamy souhaiterait tirer les conclusions de ces négociations internes et externes qui n'en finissent pas, peu après la publication de l'avis du Parlement européen, attendu dans le courant du mois prochain.
M.Lamy a constaté devant le Conseil qu'après des mois de tractations qui ont amené l'UE à dépasser les échéances imparties par l'Organisation mondiale du Commerce, il n'y avait pas de majorité suffisante que ce soit pour accepter le système de contingents - car "nous rencontrons les pires difficultés, non pas sur le principe mais sur son application à la réalité" - ou pour passer dès à présent à un système exclusivement tarifaire. "J'ai alors sensibilisé le Conseil au fait que si nous n'arrivons pas à un accord sur les modalités de répartition du contingent, la seule solution conforme devient le système tarifaire". Cette option procurera un niveau de protection similaire à celui dont bénéficient actuellement les pays de la zone Afrique, Caraïbes et Pacifique, a-t-il assuré. Elle revient en outre à "mettre dans la poche des contribuables communautaires un bénéfice de 500 millions d'euros par an", ajouté au budget de l'UE, tandis que les contingents génèrent un bénéfice supplémentaire "d'environ 200 euros par tonne, mais qui va aux différents maillons de la chaîne bananière", a-t-il fait valoir. Ce qui explique pourquoi "tout système de licences (historique, premier venu premier servi, enchères, etc.) sera vu par un de ces maillons comme étant défavorable".
M.Lamy est désormais plus qu'impatienté par les "interminables" tractations autour de la répartition de ces licences". "Cela commence à faire cher", a-t-il dit en rappelant que l'industrie européenne est soumise à "un système d'astreintes commerciales, de sanctions". "Cela ne peut plus durer très, très longtemps", a-t-il averti et, comparant les ministres européens à des enfants qui se chamaillent autour d'un pot de confiture, il a appelé de ses voeux un système tarifaire pour "faire disparaître le pot de confiture de la table".
Une option dont les Etats membres producteurs ne veulent cependant pas. "Un certain nombre de pays ont rappelé leur attachement au système de contingent, étant entendu qu'il doit être compatible avec les règles de l'OMC tout en défendant nos producteurs conformément aux conclusions que le Conseil avait adoptées", a relaté le Secrétaire d'Etat français qui a invité M.Lamy "à négocier sur cette base-là". Les délégations d'Espagne, Italie, Grèce et Portugal (et le Royaume-Uni prenait "une position sensiblement" similaire) ont souligné que "les circonstances électorales aux Etats-Unis ne facilitent pas l'acceptation d'une solution maintenant", que "ce délai d'un mois et quelques" est trop court et qu'il faut "continuer à négocier pour avoir une solution autre que l'option exclusivement tarifaire". Et d'avertir: "une telle option serait incompatible avec les restrictions budgétaires décidées dans le cadre de l'Agenda 2000".