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Bulletin Quotidien Europe N° 7708
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/processus de barcelone

Un séminaire de l'Institut d'Etudes de sécurite de l'UEO fait ressortir certaines divergences sur la Charte euro-méditerranéenne de paix et de stabilité

Paris, 02/05/2000 (Agence Europe) - En janvier dernier, l'Institut d'Etudes de Sécurité de l'UEO dirigé par Nicole Gnesotto a organisé un séminaire sur "L'avenir du dialogue euro-méditerranéen en matière de sécurité", en réunissant des experts des deux rives de la Méditerranée impliqués plus ou moins directement dans le processus de Barcelone. En mars, l'Institut a publié sous le même titre un de ses "Occasional Papers" (le numéro 14) réalisé sous la direction de Martin Ortega et rassemblant les contributions de tous les participants, d'où il ressort que, alors que la plupart des pays intéressés sont favorables à un élargissement du processus euro-méditerranéen à la dimension de sécurité, certains demeurent plus réservés sinon sceptiques .

Dans ses conclusions, Martin Ortega, qui rappelle que la réunion euro-méditerranéenne au niveau ministériel d'avril 1999 à Stuttgart avait prévu l'adoption d'une Charte de paix et de stabilité, estime que, à ce stade, les Etats membres de l'UE doivent décider "s'il convient de proposer aux partenaires méditerranéens l'inclusion de la coopération sécuritaire et militaire" dans ce document. La plupart des participants au séminaire, signale-t-il, ont considéré que la Charte devrait "éviter toute référence spécifique à des mesures concernant un partenariat sécuritaire et militaire dans un premier temps", alors que d'autres ont jugé nécessaire d'"y inclure d'emblée des mesures de nature militaire". Selon lui, la Charte devra être un "document politique dynamique dont le langage ouvert permettra de mettre en oeuvre les mesures sécuritaires et militaires en tant que de besoin" et, afin de tenir compte de l'hésitation de certains partenaires méditerranéens à participer à la "dimension sécuritaire" du processus euro-méditerranéen, il faudrait inclure dans la Charte la possibilité d'être exemptés (la formule d'"opting out") pendant une période de transition, ou la perspective d'une coopération sous-régionale.

Parmi les participants (s'exprimant à titre personnel), l'ambassadeur d'Egypte en Turquie, Fathy El Shazly, estime qu'il devrait être possible d'adopter la Charte lors de la réunion "Barcelone IV" sous présidence française, pendant le deuxième semestre de cette année (alors qu'il dit qu'il a toujours été "très sceptique au sujet d'une stratégie commune de l'UE pour la Méditerranée", car il considère la Déclaration de Barcelone comme "un document stratégique en soi": voir EUROPE du 21 avril, pages 7 et 8, au sujet des difficultés que l'Union européenne rencontre dans la définition d'une telle stratégie commune). Haytham Satayhi, de l'Université de Damas, dit en revanche: "En ce qui me concerne, à ce jour, je ne comprends pas pourquoi il doit y avoir une coopération militaire. Dans quel but ? Pour quel objectif? Quel est l'ennemi présumé ? (....) Une coopération sécuritaire ne serait comprise que si elle se présentait après la résolution de conflits et disputes". Rachid Driss, de l'Association des Etudes internationales de Tunis, est d'un autre avis et, tout en soulignant la grande importance du volet social et culturel de la coopération euro-méditerranéenne, il note que l'objectif des signataires de la Déclaration de Barcelone est de "créer un climat de confiance réciproque", ce qui justifie l'élaboration en commun d'une Charte euro-méditerranéenne de paix et de stabilité, "malgré les difficultés rencontrées en chemin". Mark Heller, de l'Université de Tel Aviv, lance une idée tout à fait différente, en estimant que, pour le volet militaire, "la manière la plus prometteuse d'élargir le dialogue est d'y impliquer aussi les Etats-Unis et de transformer le dialogue en un trilogue euro-méditerranéen-américain". Quant à Stephen C.Calleya, de l'Université de Malte, il souligne que la création d'une "Agence euro-méditerranéenne de sécurité" permettrait à toutes les institutions européennes compétentes en matière de sécurité de mieux coordonner leurs activités.

A ce propos, Alberto Bin, coordinateur du Dialogue euro-méditerranéen à l'Otan, constate, tout en notant que l'objectif de ce Dialogue est "d'abord politique", que le sommet de l'Alliance atlantique à Washington a démontré une fois de plus que le Dialogue méditerranéen a "un potentiel d'évolution", et Arnaud Jacomet, du Secrétariat général de l'UEO, souligne pour sa part que l'avenir du Dialogue méditerranéen de l'Union de l'Europe Occidentale "dépend fondamentalement" du temps qui sera nécessaire à l'Union européenne pour reprendre les fonctions et activités exercées jusque là par l'UEO". "Il est vrai que ces dialogues (...) ont évolué de façon un peu désordonnée", mais on voit des "synergies" se profiler à l'avenir, et "je pense que l'Otan et l'UE ont une complémentarité à établir" dans ce domaine, estime Alexander Zafiriou, du Secrétariat du Conseil de l'UE (qui, comme les deux participants précédents, a exprimé des points de vue personnels).

Parmi les coordinateurs du Processus euro-méditerranéen dans les capitales de l'UE, l'ambassadeur Jean-Pierre Courtois (Quai d'Orsay) affirme clairement que la future Charte "devrait incontestablement constituer la pièce essentielle qui manquait à l'édifice du partenariat entre les 27", alors que le coordinateur de la Farnesina, l'ambassadeur Antonio Badini note que, tout en préservant le rôle de l'Otan, l'UE "pourrait jouer le rôle d'un fournisseur majeur de stabilité en Méditerranée", et que leur homologue à Madrid, l'ambassadeur Pedro Lopez-Aguirrebengoa, souligne la nécessité que la future Charte (une "Charte pour la stabilité " et pas encore "pour la sécurité", ce qui sera possible seulement à l'avenir, souligne-t-il) soit "évolutive et flexible".

Les suggestions les plus concrètes viennent d'un militaire actif sur le terrain, l'Amiral Francisco Rapallo, commandant d'Euromarfor, qui rappelle les opérations de cette force multilatérale créée en 1995, et qui estime que le moment actuel est "approprié" pour établir un lien entre le "Document constitutif" d'Euromarfor et la Conférence de Barcelone. L'Euromarfor constitue "une force crédible, bien adaptée pour conduire les missions définies dans la Déclaration du Petersberg", et il s'agit en outre d'un "concept partagé par quatre pays méditerranéens" (France, Italie, Espagne et Portugal) et lié "à l'esprit" du Processus de Barcelone, dit l'Amiral Rapallo.

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