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Bulletin Quotidien Europe N° 7654
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/recherche/industrie

Le président du Conseil M. Gago veut dépasser le programme-cadre de recherche et lancer une politique européenne des sciences et technologies - Soutien et remarques des industriels

Bruxelles, 11/02/2000 (Agence Europe) - En ouvrant, jeudi à Bruxelles, la conférence de l'IPTS, intitulée "Recherche, technologie et emploi: vers une société de la connaissance", le Commissaire Philippe Busquin a souligné que la recherche et la technologie ont un impact déterminant et positif sur le développement de nouvelles connaissances, et donc sur la création de richesses et sur l'emploi. Tout en plaidant une nouvelle fois pour la création d'un "Espace européen de recherche", il a rappelé que le développement de la recherche comme facteur de croissance, d'emploi et de cohésion sociale est une des priorités de la Présidence portugaise du Conseil et l'un des thèmes majeur du Sommet de Lisbonne des 23 et 24 mars prochain. "Le potentiel scientifique et technologique de l'Europe doit être conservé, renforcé et pleinement exploité", a dit le Commissaire en plaidant pour l'instauration de nouvelles synergies, en particulier dans les secteurs de l'aérospatiale et des biotechnologies. M. Busquin a aussi insisté sur la nécessité de réformer les systèmes d'éducation et de formation pour développer la formation continue tout au long de la vie. "Une proportion importante de chercheurs européens atteint déjà l'âge de 50 ans. Nous devons organiser la transition dans les années à venir pour assurer la continuité de l'effort de la recherche. Il faut rendre la science et la recherche en Europe plus attractives pour les jeunes et pour les chercheurs d'autres régions du monde", a-t-il répété en estimant qu'il faut "sortir l'Europe d'elle-même et de ses frilosités nationales" et se "donner l'ambition d'être un laboratoire du monde de demain".

La coordination des politiques nationales doit s'appliquer aussi à la recherche, où elle n'existe pas

Le président du Conseil "Recherche" José Mariano Gago, ministre portugais des sciences et de la technologie, a constaté que l'Europe n'a jamais défini de réelles priorités en matière de recherche à un niveau politique élevé comme cela se fait aux Etats-Unis où l'impulsion est donnée au niveau fédéral. "La politique des sciences et de la technologie doit devenir une politique centrale de l'Union européenne" et le Conseil européen doit en discuter. Les politiques en matière de société de l'information et de sciences et technologie doivent être réunies dans une même politique de la "société de la connaissance", a expliqué M. Gago. Il a souligné que la création d'emplois est liée (1) au système d'éducation et de formation, (2) à la capacité d'investissement, (3) au développement scientifique et (4) à la culture scientifique et technologique des citoyens européens. "La politique des sciences et de la technologie ne peut pas se limiter à la seule politique de recherche", a-t-il affirmé en soulignant qu'elle doit aussi inclure la diffusion du savoir. La coordination des politiques nationales est prévue par le traité mais elle ne s'est jamais faite dans le domaine de la recherche, a déploré M. Gago en rappelant que les coordinations qui existent fonctionnent soit au niveau bilatéral soit dans le cadre de grands organismes intergouvernementaux, mais toujours en dehors du cadre institutionnel de l'UE. Quant au programme-cadre de recherche, il oscille entre les exigences de la subsidiarité et les besoins scientifiques réels, tout en étant tributaire de la difficulté d'utiliser au mieux les crédits (5% du total des dépenses de recherche dans l'UE) qui lui sont propres. Et le ministre portugais d'affirmer: "à mon avis, les autres 95% sont aussi du ressort de l'UE et il faut progresser sur cette voie". "Il incombe aux pouvoirs politiques de promouvoir la coopération entre les agences nationales", a-t-il dit en estimant qu'il faut décider au niveau politique du rythme de la coordination et de l'ouverture des programmes nationaux de recherche et qu'il s'agit là d'une tâche pour les chefs de gouvernement au sein du Conseil européen. Celui-ci devrait aussi examiner la question de la composition des instituts de recherche en terme de ressources humaines, a-t-il affirmé en soulignant que "la mobilité des chercheurs est pour le moment un désir et un mythe". Et d'ajouter: "la première concrétisation de l'espace européen de recherche se trouve dans une composition plus équilibrée des laboratoires. La diversité des origines culturelles favorisera la créativité". Il a expliqué qu'il faut progresser vers une situation dans laquelle "personne en Europe ne disposera plus d'un contrat permanent sans avoir travaillé et/ou étudié pendant quelques années dans un autre pays que le sien". Le pouvoir d'attraction de l'Europe pour les chercheurs de pays tiers est faible; "l'Europe remplit toutes les conditions pour être le pôle mondial des sciences et de la technologie" mais elle "doit encore briser les peurs ancestrales de l'étranger qui l'ont toujours menacé du dedans", a dit M. Gago avant de conclure: "Ce qui me frappe, c'est le manque d'énergie et d'ambition intellectuelle de nos universités et de nos centres de recherche (...) notre incapacité à lancer de grands défis à notre jeunesse. Le rôle de la politique, c'est aussi de provoquer les corporatismes, de changer les règles du jeu et de donner à la société la capacité de rêver et de concrétiser ses rêves".

Le vice-président du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras Roca (PPE, espagnol), a dit que "toutes les bonnes idées sur l'espace européen de recherche ne serviront à rien s'il n'y a pas la volonté politique de faire un véritable effort financier". Il a aussi insisté sur la nécessité de définir des priorités en commun ainsi que sur le rôle essentiel de la recherche fondamentale que le VI ème programme-cadre devrait soutenir plus fermement pour éviter que la recherche de longue haleine, véritablement porteuse d'avenir, soit abandonnée au profit de projets de recherche appliquée à court terme.

Des orientations centralisées sont indispensables

Le Prix Nobel d'économie Robert M. Solow a constaté que peu d'efforts ont été réalisés pour la coordination et le financement de la recherche en Europe. "Il me semble que l'UE a beaucoup à gagner en exploitant les économies d'échelle, en éliminant les doubles emplois (lorsque des projets identiques sont poursuivis dans plusieurs Etats membres: NdR) et en améliorant la gestion des ressources financières", a-t-il dit. Rappelant que la fondation américaine des sciences, à laquelle il appartient, dispose d'un budget annuel de 4 milliards de dollars, il a souligné qu'il revient au niveau fédéral de définir des priorités et de coordonner la recherche. "Imaginez ce qui se passerait si les 50 Etats fédérés devaient tous participer à la décision", a-t-il lancé aux congressistes en estimant que "c'est un très gros problème pour l'UE". Prenant l'exemple de la société de l'information où les Etats-Unis ont de l'avance sur l'Europe, il a expliqué que les progrès techniques ont favorisé la création d'emplois, particulièrement dans le secteur des services, et il a souligné que "la concurrence est essentielle pour le développement technologique". Il a enfin expliqué que les Etats qui ont accès à la même technologie ont souvent des résultats fort différents parce que toutes les politiques (fiscale, industrielle, monétaire, etc.) sont liées; l'accès à une technologie n'est pas suffisant en lui-même.

Le vice-président d'Airbus Industries, Alain Garcia, a expliqué que le succès de son entreprise est directement lié (1) au développement technologique, souvent réalisé en dehors de l'aéronautique mais adapté aux avions, (2) à sa position de challenger, qui a fait que "nous avons toujours privilégié l'innovation" et (3) à une culture européenne multinationale qui a "suscité la confrontation des idées avec une fertilisation croisée" et permis de développer "notre capacité à écouter et apprendre des autres".

Le vice-président de Telecom Italia, Umberto de Julio, a souligné le potentiel de croissance considérable qu'offre le développement du commerce électronique et l'importance de la recherche et de l'innovation pour son entreprise. Après avoir expliqué qu'Internet est au coeur de la stratégie de Telecom Italia et "la clef de son développement futur", il a aussi évoqué l'importance des ressources humaines et la création d'une université des technologies de l'information et des communications.

Rudolf Zahradnik, Président de l'Académie des Sciences de la République tchèque, a dit que le soutien public à la recherche augmente lentement dans son pays et devrait atteindre le niveau moyen de l'UE à l'horizon 2002. Après avoir souligné l'interaction entre les technologies et les sciences humaines (il a estimé que dans les prochaines années, "l'esprit humain" va souffrir du développement des technologies de l'information), M. Zahradnik a dit de manière provocatrice que l'enseignement doit être composé de trois éléments: la langue maternelle, pour la culture; l'anglais, pour la communication, et les mathématiques, pour la pensée logique. Il a aussi plaidé pour une information permanente du public. Et d'expliquer: "Une société bien informée est plus ouverte à l'innovation. Une société éduquée exerce une pression plus importante sur les politiques pour augmenter les crédits destinés à la science et à l'éducation. Elle sait mieux voir ce qu'il lui faut et ne se mettra pas à croire à l'astrologie ou à des remèdes fantaisistes".

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