La ministre des Affaires étrangères et de la Defense irlandaise, Helen McEntee, a expliqué, mardi 14 juillet, devant les députés européens des commissions 'Affaires étrangères', puis 'Sécurité et défense', qu’elle souhaitait renforcer la coordination interinstitutionnelle, que ce soit entre le Conseil et le Parlement européen, mais aussi entre la Commission et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE).
La ministre a mis en avant la nécessité de multiplier les mécanismes de dialogue entre le Conseil et le PE « afin de créer une dynamique et une compréhension mutuelle des objectifs de chacun ».
Par ailleurs, « il est essentiel d'examiner attentivement le fonctionnement de (la Commission et du SEAE). Nous devons analyser comment nos services et nos structures fonctionnent et se complètent, comment le travail de la Commission peut enrichir celui du SEAE et inversement », a-t-elle souligné. Mme McEntee a promis qu’elle collaborerait, pendant le semestre de la Présidence irlandaise, « non seulement avec la Haute Représentante » de l'UE, mais qu’elle travaillera aussi « plus largement sur l'amélioration de notre approche globale et de nos structures ».
« Comment garantir que, lorsque nous nous exprimons en tant qu'Europe, nous parlons d'une seule voix ? Comment assurer la pertinence stratégique des décisions que nous prenons au sein de l'UE, notamment vis-à-vis des instances extérieures et des structures multilatérales dont nous faisons partie ? », s’est-elle interrogée, ajoutant qu’il s’agissait d’un « défi constant et d'une nécessité » de veiller à la coordination, à une collaboration étroite et à l'allocation des financements nécessaires.
Le fonctionnement du SEAE pourrait être discuté à l’occasion de la réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères (Gymnich), le 2 septembre en Irlande.
Mme McEntee a également présenté les priorités de la Présidence irlandaise du Conseil (EUROPE 13899/27). Elle a ainsi mis en avant l’Ukraine en tant que « priorité transversale ». Ainsi, la Présidence irlandaise travaillera avec ses partenaires européens pour maintenir un soutien indéfectible à l'Ukraine, tant sur les plans politique et militaire que financier. « Nous devons garantir à l'Ukraine l'accès aux financements nécessaires pour se défendre contre la Russie », a-t-elle souligné, soutenant les prochains décaissements « dans les meilleurs délais » du prêt de 90 milliards d'euros à Kiev sur 2026 et 2027.
Au delà du 21e paquet de sanctions contre la Russie en cours de négociation, la ministre a espéré « voir de nouvelles mesures dans les mois à venir », notamment sur la 'flotte fantôme' russe.
La Présidence mettra aussi tout en œuvre pour assurer la pleine intégration de l'Ukraine aux initiatives de défense de l'UE, afin que celle-ci bénéficie du même accès que les États membres.
Le Proche-Orient est une autre priorité irlandaise. Mme McEntee est revenue sur la discussion menée la veille au Conseil des Affaires étrangères sur l’interdiction du commerce avec les colonies israéliennes (EUROPE 13908/4).
« Nous n'avons pas réussi à dégager un consensus quant à la possibilité de soumettre cette option au vote », a-t-elle indiqué. Ainsi, a-t-elle ajouté, « la prochaine étape consiste en une réunion de nos ambassadeurs afin de déterminer s'il existe une majorité pour soumettre cette proposition au vote ».
Travail sur la stratégie de sécurité. La ministre a également annoncé que la Présidence travaillerait sur la future stratégie européenne de sécurité, qui devrait être présentée dans les prochaines semaines par la Commission et la Haute Représentante (EUROPE 13898/20).
Expliquant que les ministres des Affaires étrangères avaient adopté, la veille, un document visant à identifier les menaces communes, Mmc McEntee a expliqué que la prochaine étape était la définition, par la Commission, en collaboration avec la Haute Représentante, des grandes lignes de la stratégie.
Celle-ci abordera l'enjeu de sécurité globale, y compris d'un point de vue économique et maritime, selon Mme McEntee. « Cette stratégie est une occasion d'apporter une réelle valeur ajoutée à tous les États membres. Pour ce faire, elle doit être aussi inclusive que possible, afin que tous les États membres puissent s'y reconnaître et y voir leurs besoins en matière de sécurité », a-t-elle expliqué.
Selon la ministre, le principe clé qui sous-tend l'élaboration de la stratégie européenne de sécurité en gestation, tel qu'il est exposé par de nombreux États membres, est que « la Russie demeure la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité de l'Europe ».
« Notre Présidence prévoit de présenter une 'feuille de route' afin de pouvoir ensuite déployer et mettre en œuvre cette stratégie à plus grande échelle », a précisé Mme McEntee. (Camille-Cerise Gessant)