Après plus d’un mois de conflit au Moyen-Orient, les craintes pour la sécurité d’approvisionnement en énergie dans l’UE et la pression sur les prix s’intensifient, appelant à une réponse commune, comme l’a suggéré la tenue, mardi 31 mars, d’une réunion informelle extraordinaire des ministres européens de l’Énergie, en visioconférence.
Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jørgensen, n’y est pas allé par quatre chemins. Il a averti, à l'issue de la réunion, qu'il ne fallait pas s'attendre à un retour à la normale « dans un avenir proche », mais à des perturbations potentiellement prolongées.
« Même si on revenait à une situation de paix demain, il y aurait toujours des conséquences, car l'infrastructure énergétique de la région a été détruite », a-t-il mis en garde.
En plus du blocage des importations de pétrole et de gaz transitant par le détroit d’Ormuz, les attaques se sont intensifiées sur les infrastructures énergétiques dans la région.
La Commission européenne a appelé formellement les États membres à « coordonner leurs mesures » pour garantir la sécurité d'approvisionnement en pétrole.
Toutefois, elle n’avance pas encore de mesures d'urgence ciblées à l’échelle de l’UE, mais n’écarte pas cette éventualité, comme suggéré en amont du Sommet européen du 19 mars (EUROPE 13832/1).
Une « boîte à outils » de mesures a été annoncée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui pourrait s’inspirer de certaines décisions prises lors de la crise de 2022, comme un plafonnement des prix (du gaz) ou une réduction coordonnée de la demande.
Cependant, comme l'a rappelé M. Jørgensen, la situation est différente aujourd'hui. Alors qu’en 2022, il s’agissait d’une crise des prix du gaz et de la dépendance à l'égard d'une source d'approvisionnement - la Russie -, la situation actuelle est marquée par la dépendance à l'égard des marchés internationaux et « une gamme plus diverse de produits touchés ».
« Nous pouvons donc tirer des enseignements de l'expérience de 2022, mais nous devrons également voir au-delà de cette expérience passée », a-t-il commenté.
Réduction de la demande. Pour l’heure, la Commission s'est surtout contentée de promouvoir la réduction de la demande en pétrole, en particulier dans le secteur des transports, comme suggéré dans le plan en dix points de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) (EUROPE 13833/9).
L’UE contribue aussi à hauteur de 20% au déblocage coordonné de 400 millions de barils provenant des réserves stratégiques de pétrole, mis en œuvre par l’AIE (EUROPE 13826/1).
La Commission a également exhorté les États membres à ne pas limiter la libre circulation des produits pétroliers ou encore à s'abstenir de prendre des mesures susceptibles d'accroître la consommation de carburant.
En outre, l’institution a insisté pour reporter toute opération de maintenance non urgente des raffineries et encouragé le développement des biocarburants comme substituts aux produits pétroliers fossiles, permettant d’alléger les tensions sur le marché.
L’UE dépend en particulier de la région du Golfe pour le diesel et le kérosène pour l’aviation. Elle souffre également de la concurrence accrue avec les acheteurs asiatiques de gaz naturel liquéfié (GNL), ces derniers étant les plus dépendants du GNL transitant par le détroit d’Ormuz.
La semaine dernière, la Commission avait aussi encouragé les États membres a recourir aux éléments de flexibilité offerts par le règlement sur le stockage de gaz pour remplir les stocks avant l’hiver prochain (EUROPE 13834/3). (Pauline Denys)