Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont soutenu, lundi 16 mars, le renforcement de l’opération de l’UE en mer Rouge, ASPIDES, mais n’ont pas souhaité que son mandat soit modifié pour qu’elle aille intervenir dans le détroit d’Ormuz.
Dimanche, le président américain, Donald Trump, a appelé ses alliés et la Chine à fournir leur assistance pour rouvrir le détroit d'Ormuz.
« Les ministres ont réaffirmé que notre priorité est l’apaisement et la liberté de navigation », a souligné la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité, Kaja Kallas, à l’issue du Conseil des Affaires étrangères. « Nous disposons d'ASPIDES, qui joue un rôle clé dans la sauvegarde de la liberté de navigation. Nos discussions ont clairement fait apparaître la volonté de renforcer cette opération. Toutefois, pour l'instant, il n'est pas question de modifier le mandat de l'opération », a expliqué Kaja Kallas, ajoutant qu’ASPIDES ne disposait pas de forces navales suffisantes et qu’elle devrait en avoir davantage. Actuellement l’opération a trois navires à sa disposition. Les deux navires annoncés par la France vont venir opérer soit en soutien direct de la mission, soit en soutien associé, selon un diplomate européen.
Si le détroit d'Ormuz est au cœur des préoccupations, la mer Rouge – où opère ASPIDES - demeure également un « enjeu crucial », a rappelé la Haute Représentante.
Avant même le Conseil, il semblait clair que la modification du mandat pour permettre à la mission d’opérer dans le détroit d’Ormuz – ce qui nécessite qu’elle devienne une mission exécutive – n’obtiendrait pas l’unanimité des États membres.
Dès dimanche, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, avait estimé que la mission n’était « pas efficace », et se disait donc « très sceptique quant à l'efficacité d'une extension d'ASPIDES au détroit d'Ormuz pour renforcer la sécurité ». Lundi, avec son homologue néerlandais, il a plutôt plaidé pour des sanctions à l’encontre de ceux qui contreviennent à la liberté de navigation.
De son côté, le ministre espagnol, José Manuel Albares, s’est dit convaincu que le mandat de l’opération ASPIDES était « approprié », que la mission remplissait « parfaitement sa fonction », et donc « qu’aucune modification n'[était] nécessaire ».
« Il me semble logique d'examiner avec nos partenaires internationaux les solutions possibles. (…) Je ne pense pas non plus que l'envoi de quelques navires suffise à résoudre le problème du jour au lendemain. C'est une situation très délicate, très raisonnable », a expliqué le ministre néerlandais, Tom Berendsen. Et d’ajouter : « Les Pays-Bas ne souhaitent pas se dérober à leurs responsabilités, mais il ne s'agit pas d'une décision que l'on prend à la légère ».
Le ministre italien, Antonio Tajani, tout en plaidant pour le renforcement des missions de défense maritime de l’UE, ASPIDES et ATALANTA, a expliqué « ne pas penser que ces missions puissent être étendues à Ormuz ». Il a rappelé qu’ASPIDES était une mission défensive et que le changement de mandat pour une action dans le détroit nécessiterait « une refonte complète ». Selon lui, pour Ormuz, la voie diplomatique doit prévaloir. « Un effort diplomatique supplémentaire doit être entrepris pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, un enjeu non seulement pour les pays occidentaux, mais pour le monde entier, y compris la Chine », a expliqué le ministre. Mme Kallas a expliqué être en contact avec ces partenaires à ce propos. Elle a aussi précisé s’être entretenue, pendant le week-end, notamment avec le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, de la possibilité de mettre en place une initiative similaire à celle de la mer Noire, qui avait permis d'exporter les céréales ukrainiennes. Une idée qui a laissé sceptique José Manuel Albares, qui a estimé que l’essentiel était de mettre fin à la spirale de la violence et à l’escalade.
Concernant une mission de l’OTAN, comme l'a demandé le président américain, Donald Trump, plusieurs ministres ont souhaité d’abord connaître les plans de ce dernier concernant l’Iran. « L’OTAN est là pour intervenir si l’un de ses membres est attaqué, et je tiens à rappeler qu’aucun d’entre nous n’a été directement attaqué », a rappelé le Luxembourgeois Xavier Bettel.
Lors de leur Conseil européen, jeudi 19 mars, les dirigeants européens devraient, selon un projet de conclusions daté du 13 mars, rappeler la nécessité d’assurer la sécurité maritime et le respect de la liberté de navigation et condamner tout acte qui menace la navigation ou empêche les navires d’entrer et de sortir du détroit d’Ormuz. Ils devraient souligner le rôle des opérations ASPIDES et ATALANTA et se féliciter de leur renforcement par des moyens supplémentaires.
Voir le projet de conclusions : https://aeur.eu/f/l71 (Camille-Cerise Gessant)