Les ministres des Affaires étrangères de la France, du Canada, de l'Italie, du Japon, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et des États-Unis ainsi que la Haute Représentante de l’Union européenne ont réaffirmé, samedi 14 février, « leur soutien indéfectible à l’Ukraine dans la défense de sa liberté, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale ».
La veille, des dirigeants européens réunis à Munich avaient salué tous les efforts pour parvenir à une paix durable, selon le président du Conseil européen, António Costa.
« Je ne pense pas qu'il y ait une seule personne ici présente qui s'oppose à un règlement négocié, pourvu que les conditions soient justes et durables. C'est notre objectif, et nous allons continuer à œuvrer pour l'atteindre », a promis, lors de son passage à Munich, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio.
Un accord autant attendu que craint. Ainsi, dans son discours à Munich, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, a mis en garde contre un accord de paix injuste. « La plus grande menace que représente la Russie actuellement est qu'elle obtient davantage à la table des négociations que sur le champ de bataille », a-t-elle estimé, précisant que, depuis le début de la guerre, la Russie avait, au prix de 1,2 million de victimes, « à peine progressé au-delà des lignes de 2014 ».
Selon M. Rubio, la Russie ne pourra pas atteindre les objectifs initiaux qu'elle s'était fixés au début du conflit, mais que « tout se résume à sa volonté de 20% du territoire de Donetsk qu'elle ne possède pas actuellement ». En janvier, selon les Ukrainiens, 30 000 Russes auraient été tués ou blessés.
« Les exigences maximalistes de la Russie (à la table des négociations) ne peuvent être satisfaites par une réponse minimaliste », a prévenu la Haute Représentante de l'UE.
« Nous ne savons pas si les Russes sont sincères quant à la fin de la guerre ; ils l'affirment – et nous ignorons à quelles conditions ils sont prêts à le faire et si nous pouvons trouver des conditions acceptables pour l'Ukraine et que la Russie acceptera systématiquement », a reconnu Marco Rubio. Et d'ajouter : « Ce à quoi nous ne pouvons pas répondre – mais que nous allons continuer d'explorer –, c'est s'il existe une solution acceptable pour l'Ukraine et pour la Russie. Jusqu'à présent, cela reste hors de portée ». Selon le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, « on a parfois l'impression que les deux camps parlent de choses complètement différentes ».
Rappelant qu’alors que les négociations se poursuivent, les sanctions s’appliquent toujours à la Russie et l’envoi d’équipements militaires à l’Ukraine continue, M. Rubio a déclaré qu’il n’y avait « donc aucun gain de temps à ce sujet ».
Sanctionner la 'flotte fantôme' russe. Alors que les États membres de l'UE négocient actuellement le 20e paquet de sanctions contre la Russie, Volodymyr Zelensky a appelé à renforcer les mesures contre la 'flotte fantôme'.
« Les pétroliers russes circulent toujours librement le long des côtes européennes, en mer Baltique, en mer du Nord et en Méditerranée. Au total, la Russie utilise encore plus d'un millier de pétroliers. Chacun d'eux est, en réalité, une véritable manne financière pour le Kremlin », a expliqué le président, appelant à revoir la législation européenne afin que les pétroliers russes puissent non seulement être arraisonnés, mais aussi bloqués, et que leur pétrole soit confisqué.
Selon le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, une partie des pays du G7 serait en faveur d'une interdiction totale des services maritimes pour le pétrole brut russe, comme proposé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour le 20e paquet (EUROPE 13803/1).
L’Ukraine a besoin d’une date d’adhésion à l'UE. Par ailleurs, Volodymyr Zelensky a estimé que son pays avait « besoin d’une date » pour son adhésion à l'UE, et que l’Ukraine et ses institutions devaient être « techniquement prêtes » pour une adhésion en 2027. 2027 est la date évoquée dans le plan américain, date qui aurait été décidée sans consultation préalable avec l’UE.
« La date d'adhésion dépend de toutes ces discussions avec nos partenaires, mais – et je ne veux manquer de respect ni aux États-Unis ni à l'Europe – nous avons besoin d’une date, car, sinon, la Russie tentera de nous bloquer, directement ou peut-être par l'intermédiaire d'autres pays », a prévenu M. Zelensky. La Hongrie bloque actuellement l’ouverture officielle des ensembles ('clusters') de chapitres de négociations d’adhésion. (Camille-Cerise Gessant)