Borja Giménez Larraz (PPE, espagnol) est le rapporteur de la commission spéciale ‘Logement’ du PE, laquelle devrait se prononcer début février sur son projet de rapport sur le logement abordable dans l’UE. L’élu du PPE revient pour Agence Europe sur le plan d’action présenté fin décembre par la Commission et appelle entre autres à la prudence sur la question de la réglementation des locations de courte durée. (Propos recueillis par Solenn Paulic)
Agence Europe – Le plan d’action de la Commission (EUROPE 13774/23) vous semble-t-il poser le bon diagnostic et identifier les bons remèdes ?
Borja Giménez Larraz – Oui, le plan est bien orienté. Depuis 2013, les prix du logement dans l'UE ont augmenté de 60%, et 11% des citoyens consacrent désormais plus de 40% de leurs revenus au loyer. Nous sommes d'accord sur ce diagnostic : le problème à l'origine de cette situation est un déficit massif de l'offre. Et il ne s'agit pas d'une crise temporaire. Il faudrait construire 10 millions de logements pour répondre à la demande actuelle.
Les permis de construire ont chuté de 20% ces cinq dernières années. Pourquoi donc la construction est-elle au point mort ? Je pense que la Commission a bien identifié le problème et les propositions vont dans le bon sens.
Par exemple, concernant la stratégie relative aux coûts de construction, ils souhaitent lancer un ensemble de mesures de simplification de la réglementation. C’est vrai que certaines législations au niveau de l'UE peuvent avoir un impact négatif sur le secteur de la construction. Nous devons aussi mobiliser les investissements privés et utiliser les fonds européens, notamment la Banque européenne d'investissement, et cela a été intégré au plan.
Nous devons également nous attaquer au problème de la pénurie de main-d'œuvre. Il faut former les jeunes et les travailleurs du secteur. Et, bien sûr, réduire la bureaucratie. L'obtention des permis est très importante.
Nous construisons moins de logements qu'ailleurs dans l'UE. Alors pourquoi le secteur privé n'est-il pas intéressé à investir dans la construction alors que la demande est très forte ?
D’abord parce que le foncier est rare, les délais d'obtention des permis sont longs. S'y ajoutent une bureaucratie excessive, une réglementation excessive, l'insécurité juridique, des impôts élevés, la hausse du coût des matériaux et de l'énergie ces dernières années et, bien sûr, la crise du travail et de la main-d'œuvre dans ce secteur.
Les problèmes de financement sont également présents : les fonds publics sont insuffisants et l'accès du secteur privé à la construction est insuffisant. L’UE devrait s'efforcer d'y remédier, d'un point de vue européen. Car on doit garder à l'esprit que cela relève de la compétence des États membres, des régions et des collectivités locales. La marge de manœuvre est donc ce qu’elle est.
En tant qu’Espagnol, dont le pays a une forte activité économique touristique, soutenez-vous le projet de réglementer les locations de courte durée dans les zones en tension ?
Oui, il est nécessaire de réglementer, mais il faut le faire avec beaucoup de prudence, car il faut trouver le bon équilibre entre le tourisme et l'accessibilité financière des logements. Le tourisme représente 10% du PIB de l'UE et c'est un moteur de croissance dans de nombreux endroits, comme en Espagne.
Il est indéniable que nous devons nous attaquer aux problèmes, mais cette réglementation doit rester très générale et définir un cadre dans lequel les collectivités locales et les régions peuvent réglementer, sans pour autant définir précisément leurs obligations. Car cela dépend du lieu concerné.
Si l'on prend l'exemple du centre de Madrid ou de Barcelone, il est certain que des problèmes peuvent survenir. Dans ce cas, c'est à la mairie de les identifier et d'agir en conséquence. Mais il n'est pas possible de réglementer depuis Bruxelles ! Car ailleurs, par exemple dans ma région, l'Aragon, ou dans d'autres territoires avec de vastes zones rurales, les locations de courte durée représentent une opportunité d'attirer les touristes et de dynamiser l'activité économique.
Donc, l'idée est simplement de trouver un équilibre, et je pense que la Commission partage le même avis. Des suggestions comme un nombre limite de nuitées par an ne peuvent être que des outils mis à disposition des acteurs concernés. L'objectif est de définir le cadre et les limites et d'offrir une sécurité juridique aux collectivités locales et régionales pour qu'elles puissent agir en fonction de leur territoire.
L’UE peut-elle aussi agir sur la pénurie de logements pour les étudiants ?
Évidemment, quand on parle des conséquences de cette crise globale du logement, on sait que cela va au-delà de l'aspect économique. En Espagne, l'âge de la ‘majorité’ d’émancipation est de 30 ans ; dans toute l'UE, il est de 26,3 ans. La pénurie de logements crée donc un retard pour fonder une famille, ce qui a également un impact sur le défi démographique.
Cela provoque aussi une perte de compétitivité, car cela affecte la mobilité de la main-d'œuvre, la capacité de l'Union européenne à attirer les talents. Alors, d'une manière générale, nous devons augmenter l'offre de logements, car nous n'en avons pas assez pour les étudiants, les jeunes, ni pour tout le monde !
Dans notre plan, au PE, nous proposons de nous concentrer sur les résidences étudiantes. Il devrait être possible, grâce à des fonds européens, de financer la construction de ces résidences.
Nous évaluons également d'autres mesures pour aider les jeunes à accéder au crédit bancaire. En Espagne, il faut verser 10% du crédit immobilier lorsqu'on souhaite un prêt hypothécaire. Il faudrait donc peut-être explorer la possibilité de mettre en place des garanties pour les aider à accéder au crédit et à acheter leur première maison.
La Commission peut-elle être utile contre les phénomènes spéculatifs ?
Le problème, lorsqu'on parle de cette crise du logement, est que la gauche a tendance à désigner systématiquement la spéculation et les locations de courte durée comme les principales causes. Il faut d'abord savoir exactement de quoi il s'agit, quelle est cette spéculation. À cet égard, la proposition de la Commission d’obtenir des données et une évaluation claire sur la situation est positive, car nous avons besoin de plus d'informations ; la situation actuelle n’est pas très claire et on ne peut pas juste diaboliser.
Parallèlement, il est indispensable de mobiliser des investissements privés pour construire 10 millions de logements dans toute l'Union européenne. Nous devons mobiliser d'importants capitaux privés pour construire ces logements. Donc, oui, il est clair que nous devons trouver un équilibre.
Quel est l’état d’esprit entre les groupes au sujet de votre rapport ?
Dès le départ, mon objectif a été d’être utile, de proposer des solutions, de faire les bonnes analyses, et non de produire un discours idéologique. Et je dois dire que les autres groupes politiques ont compris l’importance de ce défi.
Les négociations se déroulent dans une bonne ambiance et progressent conformément au calendrier établi. Tous les groupes politiques sont conscients de l'importance cruciale du sujet.
Et il est également important d'obtenir un texte soutenu par le plus grand nombre possible d’élus pour envoyer un message fort à la Commission européenne. Bien sûr, il existe d'importantes divergences entre les groupes politiques, mais nous avançons dans la bonne direction.