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Bulletin Quotidien Europe N° 13632
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DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ / Droit des femmes

Manon Aubry apporte son soutien à la « clinique d'avortement » polonaise AboTak

La présidente du groupe La Gauche au Parlement européen, Manon Aubry, et la députée française de La France insoumise - parti classé à la gauche radicale -, Mathilde Panot, se sont rendues à Varsovie (Pologne), mardi 29 avril, pour livrer trois cents pilules abortives et d’urgence à la « clinique » AboTak. Au lendemain de leur action, Agence Europe a rencontré les deux élues à Varsovie, aux côtés de la cofondatrice de l’association polonaise Abortion Dream Team (ADT), Justyna Wydrzyńska. Cette dernière est devenue, en 2023, la première femme condamnée au sein de l’UE pour en avoir aidé une autre à avorter.

Le centre AboTak - premier du genre dans le pays - a été lancé par Abortion Dream Team (ADT) et fonctionne en dehors du cadre légal dans un État où l’avortement est très fortement restreint. 

Répondre à un besoin de santé publique. Symbole de taille, le centre AboTak a été inauguré à quelques mètres du Parlement polonais, le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Pensé comme un espace d’accueil, d’écoute et d’information, il propose un accompagnement à l’avortement médicamenteux tandis que les structures officielles sont souvent inaccessibles. Les fondatrices espèrent pouvoir y proposer également des avortements chirurgicaux, si du personnel médical accepte, et proposent, en attendant, un accompagnement à l’étranger.

Solidarité européenne. « Après la lutte menée en France pour constitutionnaliser le droit à l’avortement, il nous a semblé essentiel d’organiser une solidarité concrète », affirme Manon Aubry, qui poursuit : « Aujourd’hui, dans plusieurs pays européens, des femmes meurent faute d’avoir pu avorter en sécurité. L’Union européenne ne peut pas continuer à fermer les yeux sur cette réalité ».

« Notre action aujourd'hui consiste donc à apporter une aide concrète aux femmes pour qu'elles puissent obtenir des pilules abortives sans avoir à se déplacer, mais aussi à faire avancer le programme en matière d'avortement dans le contexte de l'élection présidentielle en Pologne. Aussi, une initiative citoyenne européenne (EUROPE 13389/40) vient de franchir le seuil d’un million de signatures, pour demander à la Commission européenne de garantir un accès effectif à l’IVG dans toute l’Union », ajoute encore l’eurodéputée, qui salue en outre le rôle du Planning familial français dans l’organisation de la livraison.

Pour Justyna Wydrzyńska, ce soutien transnational est « une forme de reconnaissance de notre combat et une solidarité politique et humaine très importante ».

« Une désobéissance civile nécessaire ». « Depuis près de vingt ans, nous aidons les femmes à avorter. C’est une désobéissance nécessaire, parce que les lois ne protègent pas les personnes enceintes, elles les mettent en danger », rappelle Mme Wydrzyńska. 

Son équipe reçoit quotidiennement des demandes urgentes. « Chaque jour, des femmes nous appellent. Elles ne peuvent pas attendre que le Parlement débatte ou légifère », insiste-t-elle.

Interrogée sur la possibilité d’un changement après l’élection présidentielle, Justyna Wydrzyńska se montre sceptique : « Même avec un gouvernement démocratique, actuellement, deux des partis de la coalition sont opposés à la légalisation de l’avortement. Ils ont promis de nous protéger pendant la campagne, mais aujourd’hui, ils ne font rien ».

Malgré les promesses de campagne du Premier ministre, Donald Tusk, de garantir un accès sûr, légal et gratuit à l’avortement dans les 100 premiers jours de son mandat, aucun changement législatif majeur n’a été adopté. La décision du Tribunal constitutionnel de 2020 (EUROPE 13511/13), qui a rendu l’avortement illégal en cas de malformation du fœtus, reste en vigueur. Un projet de dépénalisation de l’aide à l’avortement a même été rejeté par le Parlement en 2024.

Et alors que Rafał Trzaskowski, le candidat issu des rangs du parti libéral de centre droit de Donald Tusk, la Plateforme civique,  indique avoir soutenu un projet de loi en faveur de la légalisation, Justyna Wydrzyńska nuance : « Quand ils discutent entre les trois partis de la coalition, nous savons que le projet de loi ne sera pas en notre faveur, et même s’ils ont un projet parfait, il n’y aura toujours pas assez de sièges ».

Action au niveau européen. Selon Manon Aubry, le combat doit aussi se mener au niveau européen : « Il faut une garantie universelle du droit à l’avortement dans l’Union européenne, en l'inscrivant dans la Charte des droits fondamentaux ».

Une revendication portée à plusieurs reprises par les eurodéputés, mais qui se heurte à la nécessaire unanimité des États membres (EUROPE 13389/15). 

Considérant que la présidence polonaise du Conseil de l'UE constituait une opportunité manquée de se saisir de cette problématique, l'eurodéputée regrette aussi le recul de la Commission : « Il n’y a même plus de commissaire dédiée aux droits des femmes. Ursula von der Leyen m’a répondu que 'l’essentiel avait été fait'. Les femmes européennes apprécieront ». (Nithya Paquiry)

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