À l’occasion du 10e conseil d’association entre l’UE et l’Ukraine, mercredi 9 avril, l’Union européenne a renforcé son soutien envers Kiev.
La Commission européenne a ainsi annoncé le décaissement d’une tranche supplémentaire d'un milliard d'euros de son prêt exceptionnel d'assistance macrofinancière (AMF) à l'Ukraine, portant le total des versements à 5 milliards d’euros pour cette année. Ce prêt sera remboursé grâce aux fonds provenant des actifs de l'État russe immobilisés dans l'UE.
De plus, cette semaine, l'UE a demandé 2,1 milliards d'euros de bénéfices exceptionnels générés par les actifs immobilisés de la Banque centrale russe, détenus par les dépositaires centraux de titres (DCT). Ce versement marque le deuxième transfert de ce type, après une première tranche versée en juillet 2024 et couvre les recettes accumulées au cours du second semestre 2024. Lors de sa conférence de presse avec le Premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal, et la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a précisé que ces fonds seraient décaissés « progressivement à partir de la fin du mois », ajoutant qu’une partie – 1 milliard – soutiendra l’industrie de la défense ukrainienne.
Au-delà des bénéfices exceptionnels, Denys Shmyhal a appelé les Européens à aller plus loin. « Nos partenaires doivent travailler sur un dispositif juridique permettant d’avoir une confiscation totale des avoirs russes », a-t-il plaidé, expliquant que la reconstruction de son pays devait se faire avec de l’argent russe.
La commissaire Marta Kos a rappelé que, depuis le début du conflit, l’UE avait soutenu l’Ukraine à hauteur de 144 milliards d’euros. Un soutien notamment militaire. La Haute Représentante a ainsi précisé qu’elle travaillait sur son initiative pour fournir 2 millions de munitions de gros calibre à l’Ukraine en 2025. Selon elle, ces munitions sont « disponibles sur le marché ».
Interrogée sur l’arrestation par l’Ukraine de deux Chinois combattant pour la Russie dans l’est de l’Ukraine, Mme Kallas a estimé que « cela ne signifie pas que l’armée chinoise est impliquée ». Mais, a-t-elle ajouté, « la Chine est un élément clé (key enabler) de la guerre russe. Sans elle, la Russie ne pourrait pas mener la guerre au niveau où elle le fait. 80% des biens à double usage importés en Russie transitent par la Chine ». Et d’ajouter : « Il est clair que si la Chine décidait de cesser son soutien, cela aurait un impact ».
Commerce. La question des échanges commerciaux a aussi été discutée, notamment des mesures commerciales autonomes (ATMs), qui prennent fin début juin. Si plusieurs États membres sont réticents à leurs extensions, le Premier ministre ukrainien a souhaité une extension jusqu’a la fin de l’année afin « d’introduire les changements nécessaires sous l’article 29 » de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, qui porte sur l’élimination des droits de douane sur les importations. « La Commission européenne apportera la solution avant la fin des ATMs », a promis Mme Kos.
Élargissement. La Haute Représentante et la commissaire ont aussi salué les réformes réalisées par Kiev. « Même en pleine guerre, l’Ukraine a montré à maintes reprises son engagement en faveur des réformes » liées à l’adhésion à l’UE, a souligné Mme Kallas, ajoutant qu’il était « très clair » que l’avenir du pays est dans l’UE.
« Nous espérons rejoindre l’UE à la fin de la guerre », a expliqué le Premier ministre, espérant que tous les chapitres de négociations d’adhésion à l’UE auront été ouverts d’ici la fin de l’année. Si l'examen de trois 'clusters' a déjà été conclu, Marta Kos a espéré que celui des autres 'clusters' sera conclu pour l’automne. Le Premier ministre et la commissaire ont l’ambition d’ouvrir tous les 'clusters' de chapitres d’ici la fin de l’année, une ambition contrariée par la Hongrie, qui met son veto à l’ouverture du premier 'cluster'.
Voir la déclaration commune : https://aeur.eu/f/gd3
Accords. En marge du Conseil, l’Ukraine a signé cinq accords avec les institutions européennes. Trois sont avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et portent sur le soutien au rétablissement des infrastructures d'eau critiques (projet 'Ukraine Water Recovery'), le soutien au rétablissement des infrastructures sociales critiques, telles que des écoles, des logements et des hôpitaux (projet 'Ukraine Recovery III'), et enfin sur le soutien au chauffage urbain (projet Ukreximbank). Ces contrats s'élèvent à près de 300 millions d’euros de prêts (100 millions pour chaque projet), au titre de la 'Facilité Ukraine' de l’UE et font suite à l'accord de garantie approuvé il y a un mois par la Commission européenne, qui a débloqué 2 milliards d'euros d'investissements.
L’Ukraine a aussi signé un accord pour participer à plusieurs composants du programme spatial de l’UE, y compris Copernicus, et à un marché commun de contre-mesures médicales. (Camille-Cerise Gessant)