Le projet de conclusions du Conseil européen extraordinaire du 6 mars sur l'Ukraine n'a pas fait l'unanimité, lors d'une discussion entre ambassadeurs des États membres, vendredi 28 février. Le projet, amendé, devrait être discuté mardi par les ambassadeurs.
Si, selon une source européenne, il y a une détermination « très claire et unie » de 25 États membres pour arriver à une compréhension commune de ce que serait une paix globale, juste et durable et des garanties de sécurité communes, tout en continuant à montrer un soutien résolu à l'Ukraine pour atteindre la 'paix par la force', deux États membres sont plus réticents.
Alors que la Slovaquie souhaiterait des garanties sur l'énergie en provenance d'Ukraine, la Hongrie serait beaucoup plus ferme, refusant de discuter du projet de conclusions, « considérant que tout ce qui a été dit auparavant n'est plus valable », selon cette source. Budapest estimerait que la résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 24 février par 10 voix pour et 5 abstentions - de la France, du Danemark, de la Grèce, de la Slovénie et du Royaume-Uni - doit faire reprendre les discussions à zéro. Cette résolution se limite à « demander instamment qu’il soit mis fin au conflit dans les plus brefs délais et plaide pour une paix durable entre l’Ukraine et la Fédération de Russie ». Elle déplore aussi les « tragiques pertes en vies humaines qu’a causées le conflit entre la Fédération de Russie et l’Ukraine », sans faire de distinction entre l'agresseur et l'agressé.
Selon le projet de conclusions du Conseil européen extraordinaire, daté du 27 février et obtenu par Agence Europe, les dirigeants devraient souligner que, compte tenu de la nouvelle dynamique des négociations qui devraient conduire à une paix « globale, juste et durable » en Ukraine, il ne peut pas y avoir de « négociations sur l’Ukraine sans l’Ukraine » ni de discussions qui affectent la sécurité européenne « sans la participation de l’Europe ».
« L’Ukraine et la sécurité de l’Europe sont étroitement liées », précise le projet de conclusions. Le texte rappelle que la guerre d’agression de la Russie en Ukraine a des implications plus vastes pour la sécurité européenne et internationale.
De plus, selon les Européens, un cessez-le-feu ne peut avoir lieu que dans le cadre d’un accord de paix global et « tout accord de ce type doit être assorti de garanties de sécurité solides et crédibles pour l’Ukraine ».
Le Conseil européen devrait aussi réaffirmer son soutien constant et de principe à l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues.
Estimant que, pour parvenir à la « paix par la force », l’Ukraine doit être dans la position la plus forte possible « avant, pendant et après les négociations » visant à mettre fin à la guerre, l'UE devrait se dire déterminée à continuer à fournir « un soutien politique, financier, économique, humanitaire, militaire et diplomatique renforcé » aux Ukrainiens.
De plus, « une Ukraine capable de se défendre efficacement fait partie intégrante de toute future garantie de sécurité ». Le Conseil européen devrait donc appeler à intensifier « d’urgence » les efforts, en particulier concernant la livraison de systèmes de défense aérienne, de munitions et de missiles et la fourniture de la formation et de l’équipement nécessaires aux brigades ukrainiennes.
Dans ce cadre, les dirigeants, lors du sommet, devraient discuter de l’initiative de la Haute Représentante, Kaja Kallas, en faveur d’un soutien militaire renforcé de l’UE à l’Ukraine. Lors d’une conférence à l’Hudson Institute à Washington, jeudi 27 février, Mme Kallas a expliqué que cette initiative était basée sur le PIB des États membres, qui, soit expédieraient des munitions, soit fourniraient des fonds pour que ces munitions soient achetées ailleurs.
Dans ses conclusions, le Conseil européen devrait en outre souligner qu’il importe d’intensifier les travaux visant à soutenir et à développer davantage l’industrie de défense ukrainienne et à approfondir sa coopération avec l’industrie de défense de l’UE.
Enfin, les dirigeants devraient inviter la Haute Représentante à évaluer les conditions d'une nouvelle contribution de l'UE aux garanties de sécurité pour l'Ukraine, « notamment en examinant les possibilités de soutien politique, financier ou opérationnel, en particulier par le biais des instruments de la Politique de sécurité et de défense commune ». Cela devrait se faire en consultation avec l'Ukraine et les partenaires partageant les mêmes idées et dans le contexte d'un futur accord de paix, devraient-ils préciser. L’UE et l’Ukraine ont déjà signé des engagements de sécurité en juin dernier.
Interrogée sur l'envoi par des pays européens de troupes de maintien de la paix en Ukraine, Mme Kallas a expliqué, à Washington, que la Russie ne voulait pas la paix. « Il faut faire pression sur la Russie pour qu’elle veuille aussi la paix. Elle est dans une position où elle ne veut pas la paix », a-t-elle expliqué. Et de demander : « Pourquoi parlons-nous de maintien de la paix alors qu’il n’y a rien à garder ? »
En amont du sommet du 6 mars, les dirigeants allemand, français, danois, italien, néerlandais, polonais, espagnol, finlandais, suédois, tchèque, roumain, norvégien, turc, les présidents du Conseil européen et de la Commission, le secrétaire général de l’OTAN et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, se retrouveront dimanche à Londres, à l’invitation du Premier ministre britannique, Keir Starmer, de retour de Washington. Il s'agira, selon le président du Conseil européen, António Costa, de « poursuivre la dynamique croissante en faveur du renforcement du soutien à l’Ukraine dans le contexte de l’invasion russe et du renforcement de la sécurité et de la défense de l’Europe ». (Camille-Cerise Gessant)