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Bulletin Quotidien Europe N° 13513
ACTION EXTÉRIEURE / GÉorgie

Le soutien de Viktor Orbán au gouvernement géorgien en place passe mal au niveau de l'UE après les allégations d'irrégularités lors du scrutin national

Réplique de la 'mission pour la paix' qui avait mené le Premier ministre hongrois à Kiev, Moscou et Pékin début juillet, le déplacement polémique à Tbilissi de Viktor Orbán, lundi 28 et mardi 29 octobre, pour soutenir le gouvernement géorgien en place, passe mal au niveau de l'Union européenne, où les responsables demandent aux autorités géorgiennes de clarifier les « irrégularités » relevées par les observateurs internationaux lors des élections législatives que le pouvoir en place assure avoir remportées.

Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a souligné à la radio publique espagnole, lundi matin, que M. Orbán « ne représente pas l'Union européenne ». Une déclaration corroborée par la porte-parole du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), Nabila Massrali, qui estime que le déplacement de M. Orbán s'inscrit « exclusivement » dans le cadre des « relations bilatérales » entre la Hongrie et la Géorgie, le Premier ministre hongrois ne disposant d'« aucun mandat de l'UE » pour s'exprimer au nom des Vingt-sept.

Accueilli par le gouvernement sortant lundi après-midi à Tbilissi, le dirigeant hongrois a qualifié la Géorgie de « pays conservateur, chrétien et pro-européen ». « À la place de nos sermons, (les Géorgiens) ont besoin de notre soutien sur leur chemin européen », a-t-il estimé via le réseau social X. Samedi, il s'était empressé de féliciter le parti 'Rêve géorgien' actuellement au pouvoir pour sa victoire « écrasante » aux élections législatives.

Au même moment, des milliers de Géorgiens se sont rassemblés devant le Parlement national, répondant à l'appel de l'opposition politique pro-Union européenne, pour manifester contre les résultats des élections. Ce week-end, la présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, avait dénoncé la falsification des résultats électoraux attribuée à une opération russe, accusation récusée catégoriquement par le Kremlin lundi.

Selon des décomptes quasi définitifs, le parti 'Rêve géorgien' aurait remporté près de 54% des voix, contre moins de 38% pour la coalition pro-européenne. Il devrait disposer de 91 sièges sur 150 au Parlement national, d'après l'AFP, soit une majorité suffisante pour gouverner, mais inférieure aux trois quarts des sièges nécessaires pour pouvoir modifier la Constitution. Il est accusé par l'opposition de dérive autoritaire pro-russe et d'éloigner le pays de son adhésion à l'UE et à l'OTAN, deux objectifs inscrits dans la Constitution géorgienne.

Or, d'après le Premier ministre géorgien sortant, Irakli Kobakhidzé, cité par l'AFP, la priorité principale du gouvernement demeure « l'intégration européenne ».

Faire la lumière sur les irrégularités constatées. Au niveau de l'UE, les dirigeants européens ont appelé les autorités géorgiennes à enquêter sur les irrégularités constatées lors du scrutin et à clarifier la situation avant de se prononcer sur l'issue du scrutin.

« Cela fait des années que le peuple géorgien lutte pour la démocratie. Les Géorgiens ont le droit de savoir ce qu'il s'est passé ce week-end. Ils ont le droit d'exiger que les irrégularités électorales fassent l'objet d'enquêtes rapides, transparentes et indépendantes », a déclaré lundi la présidente réélue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au Collège d'Europe à Bruges, souhaitant que les Géorgiens soient « maîtres de leur destin ».

La veille, la Commission et le Haut Représentant avaient appelé la Commission électorale centrale géorgienne et les autres autorités compétentes à enquêter et à statuer « de façon rapide, transparente et indépendante » sur les irrégularités électorales constatées, jugeant cette « étape nécessaire pour rétablir la confiance dans le processus électoral ».

Ils ont été relayés lundi par les autorités française et allemande et par le président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, David McAllister (PPE, allemand).

La Géorgie à l'ordre du jour du sommet européen. Dans une réaction via le réseau social X, le président du Conseil européen, Charles Michel, a estimé lui aussi que « les irrégularités » électorales alléguées devaient faire l'objet d'une enquête en vue d'une clarification de la situation.

« Nous réitérons l'appel de l'Union européenne aux autorités géorgiennes pour qu'elles fassent la preuve de leur engagement en faveur du rapprochement avec l'UE », a souligné M Michel. Il a annoncé que les Vingt-sept discuteront de la situation politique en Géorgie lors du sommet européen, vendredi 8 novembre à Budapest, et envisageront les prochaines étapes dans les relations bilatérales UE/Géorgie.

La situation en Géorgie sera également inscrite à l'agenda du prochain Conseil 'Affaires étrangères', lundi 18 novembre.

Mi-octobre, le Conseil européen avait à nouveau mis en garde le gouvernement géorgien sortant contre sa politique - notamment l'adoption de lois contraires aux valeurs européennes telles que les lois 'anti-LGBTIQ+' (EUROPE 13485/33) et sur 'la transparence de l'influence étrangère' (EUROPE 13417/5) - qui « met en péril » la voie européenne de la Géorgie et « interrompt de facto le processus d’adhésion » à l'UE (EUROPE 13505/9).

Les observateurs internationaux signalent des irrégularités. La délégation d’observateurs internationaux déployés lors des élections législatives avait rendu publiques ses conclusions, dimanche 27 octobre.

Réunis au sein d'une mission conjointe du Bureau des institutions démocratiques de l’OSCE (BIDDH) ainsi que des assemblées parlementaires du Conseil de l’Europe, de l’OTAN et du Parlement européen, ces observateurs ont considéré que, « malgré un cadre juridique adéquat pour la tenue d’élections démocratiques », le scrutin a été marqué par des divisions politiques croissantes, une campagne conflictuelle, des conditions de concurrence inégales, des attaques, des intimidations et des achats de voix.

Des achats de voix ont été recensés avant et pendant les élections, particulièrement dans les zones rurales, a dénoncé le Roumain Iulian Bulai, président du groupe ALDE à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Des cas d’intimidation, de coercition et des pressions sur les électeurs – en particulier les employés du secteur public – ont aussi été observés.

Dans 24% des cas analysés par la délégation du BIDDH, le secret du vote a été compromis.

Les observateurs ont également dénoncé l’augmentation des ressources financières du parti 'Rêve géorgien' durant la période pré-électorale, la forte polarisation du paysage politique et médiatique, les discours de haine contre la société civile et l’opposition, la suppression des quotas de genre.

« Nous continuons d’exprimer notre profonde inquiétude face au recul démocratique en Géorgie. Le déroulement des élections d’hier en est malheureusement la preuve », a déclaré l’eurodéputé espagnol Antonio López-Istúriz White (PPE, espagnol), chef de la délégation du Parlement européen. « Nous continuerons de suivre de près la situation en Géorgie pour voir si le prochain gouvernement choisit de se réaligner sur les valeurs et les normes de l’UE et d’inverser les tendances négatives des derniers mois », a-t-il ajouté.

Voir la déclaration des observateurs internationaux : https://aeur.eu/f/e20  (Mathieu Bion, avec Véronique Leblanc)

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