La façon dont se sont déroulées la réélection 'haut la main' de Roberta Metsola à la tête du Parlement européen et l'élection du Bureau du PE peut donner une indication de la façon dont se comporteront, jeudi 18 juillet, les groupes politiques susceptibles d'approuver la candidature de la chrétienne-démocrate allemande Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne.
Contrairement aux élections précédentes, la chrétienne-démocrate maltaise a été reconduite pour deux ans et demi à la tête de l'hémicycle en obtenant, dès le premier tour, 562 voix équivalant à 90,2% des votes exprimés, soit le score le plus élevé jamais obtenu par un président du Parlement (EUROPE 13454/1). Cette réussite est due au fait que l'action de Mme Metsola depuis est appréciée au sein de l'hémicycle, notamment la visibilité qu'elle a donnée au PE en se rendant, la première à Kiev, en mars 2022, après le déclenchement de l'agression militaire russe de l'Ukraine. Elle a aussi été permise parce que seul le groupe La Gauche avait déposé une candidature concurrente, alors que, traditionnellement, les groupes politiques utilisent cette tribune pour réaffirmer leurs priorités politiques.
L'élection, en deux tours de scrutin, du Bureau du Parlement, composé des quatorze vice-présidents (EUROPE 13454/2) et des cinq questeurs (voir autre nouvelle), a montré que les groupes politiques pro-européens - PPE, S&D, Renew Europe et Verts/ALE - peuvent manœuvrer ensemble pour faire élire, au premier tour, leurs propres candidats tout en écartant des postes de représentation de l'institution européenne les candidats des groupes d'extrême droite Patriotes pour l'Europe et Europe des nations souveraines.
Au deuxième tour de scrutin, le groupe conservateur CRE est parvenu à faire élire deux de ses représentants à la vice-présidence du PE alors qu'il ne détenait qu'une vice-présidence lors de la législature précédente en la personne du Letton Roberts Zīle, reconduit mardi. L'élection de l'Italienne Antonella Sberna - issue du parti Fratelli d'Italia de la Présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni - à la vice-présidence du PE et du Polonais Kosma Złotowski du parti PiS à la fonction de questeur montre que le 'cordon sanitaire' n'inclut pas les conservateurs, comme le souhaite le groupe PPE.
À part les chrétiens-démocrates, les groupes pro-européens ou certaines délégations nationales répètent à Strasbourg qu'ils réservent leur position en vue du vote (jeudi à 13h00) sur la présidence de la Commission aux annonces du discours de candidature de Mme von der Leyen (jeudi à partir de 9h00) et, surtout, aux lignes directrices que celles-ci transmettra aux groupes politiques (jeudi à 8h00). À l'issue de leur discussion avec Mme von der Leyen, ils auront l'occasion de se réunir en fin de matinée pour arrêter leur position finale.
Pour être élue, la candidate du Parti populaire européen doit obtenir une majorité absolue de 361 voix, sachant que la plateforme tripartite rassemblant les familles chrétienne-démocrate, sociale-démocrate et de centre droit rassemble 401 députés. Toutes les délégations au sein des groupes PPE, S&D et Renew Europe ne soutiendront pas Mme von der Leyen. L'ont sait, par exemple, que les Français et Slovènes du groupe PPE, des Irlandais de Renew Europe et peut-être les Français du groupe S&D s'opposeront à un deuxième Collège présidé par Mme von der Leyen.
Tango à quatre. D'où les discussions que Mme von der Leyen, en parallèle de la constitution de la plateforme tripartite, a menées avec les groupes Verts/ALE (EUROPE 13450/7), La Gauche (EUROPE 13454/3) et CRE pour convaincre des élus de ces formations d'approuver sa candidature.
Ces discussions avec la présidence sortante de la Commission ont toujours eu lieu groupe par groupe, jamais de façon collégiale. Cela n'a pas empêché les présidents des groupes PPE, S&D, Renew Europe et Verts/ALE de se réunir de façon informelle pour se répartir les hautes fonctions au sein du PE et envisager les grandes lignes d'un programme politique pour les cinq ans à venir. Agence Europe en a d'ailleurs été témoin, jeudi 11 juillet à Bruxelles, à l'issue de la réunion de la Conférence des présidents des groupes politiques.
« Il faut être quatre pour danser le tango au niveau européen », a noté une source parlementaire mercredi 17 juillet.
Les écologistes européens n'ont jamais caché leur souhait de faire partie d'une coalition stable pro-européenne, pro-Ukraine et pro-État de droit, telle que souhaite la constituer au PE Mme von der Leyen autour de son programme politique. Depuis les élections européennes de juin, les Verts/ALE tentent de convaincre la plateforme tripartite de leur capacité à apporter les voix nécessaires à la réélection de Mme von der Leyen, tout en posant des conditions relatives notamment à la poursuite du 'Pacte vert européen' et à la lutte sans faille contre l'extrême droite. De sources concordantes, les discussions des écologistes avec l'équipe de Mme von der Leyen et sa formation politique sont constructives.
Le groupe Verts/ALE annoncera sa position finale jeudi, juste avant le vote. L'élection de trois eurodéputés du groupe CRE au Bureau du PE pourrait toutefois être de nature à faire hésiter certains élus au sein de cette formation politique. Mardi matin, le chef de la délégation française, David Cormand, avait indiqué que les cinq eurodéputés ne soutiendraient « aucune nuance d'extrême droite », incluant le groupe CRE. Ce que dira Mme von der Leyen sur la question migratoire aura aussi un réel impact sur la décision des écologistes européens, qui s'opposent à la négociation d'accords transversaux incluant la question migratoire avec des pays tiers, sur le modèle de l'accord passé avec la Tunisie.
La chrétienne-démocrate allemande espère aussi glaner des voix au sein du groupe CRE. C'est la raison pour laquelle le groupe PPE a refusé d'inclure les représentants de ce dernier dans le 'cordon sanitaire' et a favorisé l'élection des trois conservateurs au sein du Bureau du PE, un nombre identique à celui du groupe Renew Europe. Mardi, lors d'une rencontre avec les conservateurs européens, Mme von der Leyen aurait aussi évoqué la création d'un portefeuille de commissaire européen chargé de simplifier la vie des PME en réduisant notamment la charge bureaucratique. Cette idée avait d'abord été lancée par Mme Meloni et est compatible avec la volonté du PPE de stimuler la compétitivité économique.
Le groupe CRE a déjà indiqué qu'il ne fournira aucune indication de vote, laissant ses délégations nationales choisir leur position en fonction de ce que dira Mme von der Leyen. L'on sait déjà que les Tchèques voteront pour la candidate, tandis que les Polonais, les Roumains et les Français s'y opposeront.
'Spitzenkandidaten'. Enfin, l'élection de Mme von der Leyen, en tant que candidate tête de liste du parti PPE, revitaliserait le processus des 'Spitzenkandidaten', mis à mal en 2019 par le président français, Emmanuel Macron, lorsqu'il avait écarté la candidature de l'Allemand Manfred Weber.
Contrairement à il y a cinq ans, la présidente sortante de la Commission « a fait campagne, était visible », a noté cette source parlementaire.
La revitalisation du processus des 'Spitzenkandidaten' constituerait donc un argument supplémentaire de nature à convaincre certains eurodéputés issus de groupes politiques pro-européens de voter, malgré un manque d'enthousiasme et faute d'alternative crédible, en faveur de Mme von der Leyen. (Mathieu Bion)