Le vice-ministre au ministère de l’Intérieur hongrois, Bence Rétvári, a plaidé pour la protection des frontières extérieures de l’UE, vendredi 5 juillet, devant un groupe de journalistes européens en visite à Budapest, dont Agence Europe.
« Ce n’est pas l’UE qui définit les règles. (...) Ce ne sont pas les dirigeants de l’UE qui contrôlent et prennent les décisions, mais ce sont les trafiquants d’êtres humains », a-t-il dénoncé.
S’appuyant sur une vidéo d’images de la frontière hongroise montrant des hommes violents, parfois armés, s’attaquant à la police, le vice-ministre a appelé à faire plus pour protéger les frontières, car, selon lui, les personnes « qui sont arrivées dans l’UE de cette manière n’ont pas respecté l’UE et la Hongrie, ils n’ont pas respecté la loi ».
Ainsi, selon le responsable hongrois, « il faut prendre le contrôle, pour que les trafiquants d'êtres humains ne guident pas la tendance ». « Notre politique est basée sur notre expérience. Nous voulons assurer la sécurité de l’Europe », a-t-il ajouté.
La veille, le porte-parole de la Hongrie à l'international, Zoltán Kovács, avait estimé que la migration illégale était une « menace existentielle » qui devait être arrêtée aux frontières de l'Europe et qu'il fallait protéger les frontières et non gérer la migration. « La première chose à faire est de changer d’attitude, en gérant ce qui se passe à la frontière », avait-il ajouté. Selon lui, le nouveau pacte migratoire n’apporte pas de solution, mais vise à étendre le problème migratoire à tous les pays européens.
M. Rétvári a estimé que le meilleur moyen de mettre la pression sur ce système de migration illégale était d’agir, d’autant plus que, d'après lui, si les frontières extérieures ne sont pas renforcées, il y a un risque de réinstauration de contrôles aux frontières intérieures de l'UE, avec un risque négatif sur la compétitivité européenne.
Il plaide pour une solution reposant sur trois piliers : la mise en œuvre d’un cadre légal contre la migration illégale, des clôtures et des ressources, des capacités humaines.
Le ministre a appelé la Commission à aider financièrement son pays à contrôler les frontières, une demande qui sera répétée lundi, lors de la visite dans le pays du commissaire Johannes Hahn. En protégeant les frontières hongroises, « nous protégeons d’autres pays ». « La solidarité, c’est aussi protéger les frontières de ceux qui sont à la frontière de l’UE », a estimé le vice-ministre.
Selon lui, l’an dernier, son pays a dépensé 2 milliards d’euros pour le contrôle de ses frontières et empêché un million de migrants d’entrer dans le pays, mais n’aurait reçu que l’équivalent de 1% en soutien financier de la part de l’UE. « Nous n’avons pas reçu de fonds, mais une amende » de la Cour de justice, « car les forces de police n’aident pas les migrants », selon M. Rétvári. La Cour de justice de l'UE a condamné la Hongrie, le 13 juin 2024, à verser une somme de 200 millions d'euros en raison des restrictions imposées par le pays en matière de droit d'asile. Budapest devra payer 1 million d'euros par jour de retard (EUROPE 13431/18).
Cette amende, que le ministre a jugée « disproportionnée », car « 70 fois supérieure au montant traditionnel », est une « pression politique » en raison de l’approche de la Hongrie concernant la migration, selon M. Rétvári. Il a précisé que le gouvernement devrait prendre une décision concernant cette amende dans les prochains jours. « Nous ne planifions pas de payer l'amende, elle est injuste », a d'ores et déjà précisé le ministre. (Camille-Cerise Gessant, avec Solenn Paulic)