Avec de toutes dernières projections leur attribuant le gain de 138 sièges dimanche 9 juin au soir, les socialistes européens abordaient, vendredi 7 juin, cette dernière ligne droite de la campagne des Européennes avec une relative sérénité quant à la sécurisation de leur place de seconde plus grande famille politique européenne, après celle du Parti populaire européen (PPE).
Bien que perdant quelques sièges, selon les sondages, par rapport à l’actuelle composition du PE (139 sur 705 membres), les socialistes européens verraient potentiellement dans le même temps la délégation française redevenir une des plus importantes du groupe S&D, capable, cette fois, de peser sur les décisions.
Les pays du sud de l’UE généralement, y compris l’Italie avec le Parti démocrate qui pourrait prétendre à 17 sièges, sont dans une bonne dynamique et compenseraient les pertes possibles dans d’autres États membres tels que l'Allemagne, où le SPD perdrait deux sièges (de 16 à 14), selon les derniers sondages.
En Espagne, en dépit de quelques pertes, les socialistes devraient pouvoir envoyer aussi un contingent toujours très important au PE (entre 17 et 19 sièges).
Pour plusieurs observateurs, le fait notable de cette campagne devrait toutefois rester le retour potentiel d’une forte délégation française dans le groupe, qui pourrait obtenir 12 à 14 sièges, contre 5 actuellement.
Cela pourrait toutefois augurer des frictions, les membres de la délégation française du groupe S&D s’étant récemment opposés à leurs collègues espagnols ou italiens sur une série de sujets, à commencer par le 'Pacte Asile et migration', que les Français du S&D n’ont pas soutenu. Ce ‘retour’ français est en tout cas largement attribué au dynamisme de la campagne de Raphaël Glucksmann (Place Publique).
En attendant, l’équipe de Nicolas Schmit, le ‘Spitzenkandidat’ du PES désigné le 2 mars à Rome, comptait bien occuper le terrain jusqu’à la dernière minute.
Après l’Espagne mercredi, le candidat du PES était en Slovénie et en Croatie jeudi ; ce vendredi 7, le Luxembourgeois participait à un meeting du SPD en Allemagne avec la tête de liste, Katarina Barley.
Si le ‘Spitzenkandidat’ a pu soulever au départ quelques critiques sur ses performances lors des premiers débats avec les autres têtes de liste européennes et a parfois eu du mal à se démarquer de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen (PPE), dont il partage une grande partie du bilan, l’actuel commissaire à l’Emploi et aux Droits sociaux « a fait une bonne campagne et s’est beaucoup investi, en se déplaçant aussi dans les petites villes », commente une source du groupe.
Cela, dans des contextes où les électeurs restent parfois peu au fait du fonctionnement et du rôle précis des différentes institutions européennes. Ainsi, le fait que le Luxembourgeois ne soit pas forcément connu en dehors de la ‘bulle’ européenne n’a pas été considéré comme un handicap au sein de la famille socialiste.
Après le 9 juin, s’ouvrira dans tous les cas une période d’observation pour les socialistes, qui n’ont cessé de mettre en garde le PPE contre une tentation de travailler avec le groupe CRE et notamment la formation de Giorgia Meloni.
Cette ligne claire a été répétée tout au long de la campagne, les socialistes estimant notamment que Mme von der Leyen n’aura pas les voix nécessaires pour se faire réélire, potentiellement dès la mi-juillet, si elle tend la main au CRE, par ailleurs courtisé par le dirigeant hongrois, Viktor Orbán, ou le Rassemblement national français.
Les premières estimations aux Pays-Bas, qui ont donné jeudi 6 au soir la liste Pvda-Groenlinks de Frans Timmermans et Bas Eickhout en première position devant l’extrême droite de Geert Wilders, ont aussi conforté certaines têtes de liste socialistes comme Raphaël Glucksmann.
« Le mariage de la social-démocratie et de l’écologie politique, sur une ligne clairement pro-européenne, voilà l’avenir ! Voilà la résistance à l’extrême droite ! », a-t-il commenté sur X.
Au Conseil européen, les socialistes ne sont pas en position de force, mais leur statut de second groupe politique au Parlement européen pourrait les aider à obtenir le poste qu’ils ambitionneraient depuis le début, à savoir le poste de Président du Conseil européen pour le Portugais Antonio Costa.
La ministre espagnole Teresa Ribera est aussi pressentie pour un portefeuille important au sein de la Commission, à savoir celui du 'Pacte vert européen'.
Selon Politico, la famille socialiste demandera aussi logiquement la seconde partie de la présidence du PE, en l’occurrence pour l’Espagnole Iratxe García ou pour Katarina Barley.
À deux jours du scrutin, certains voulaient toutefois garder la tête froide et ne pas échafauder trop de scénarios. Seuls les résultats définitifs des élections permettront de rendre « les choses un petit peu moins floues pour la suite », reprend notre source.
Une certitude, néanmoins : le groupe organisera sa réunion constitutive les 25 et 26 juin avec la désignation de la présidence du groupe et du bureau. (Solenn Paulic)