Les ministres de l'Économie allemand, français et italien, Robert Habeck, Bruno Le Maire et Adolfo Urso, se sont à nouveau réunis, lundi 8 avril, pour débattre de la compétitivité de l'UE. Pour les trois homologues, il faut faire la part belle à l'industrie européenne, qui est en perte de vitesse ces dernières années. Si le constat est partagé, les trois ministres ne s'accordent pas tout à fait sur les méthodes à appliquer.
C'est le cas en premier lieu pour la préférence européenne, que la France propose d'appliquer dans les marchés publics. Pour Bruno Le Maire, plus ou moins 50% d'un marché public devrait être réservé à la production européenne. « Il n'y a pas encore d'accord entre nous trois, mais nous voulons avancer », a-t-il indiqué.
Son homologue allemand est en effet plutôt contre l'idée de restreindre l'accès aux marchés publics. Les règles de préférence nationale et autres tendances protectionnistes « détruisent la libre circulation des marchandises », selon Robert Habeck. En guise de concurrence équitable entre les participants à un marché public, il plaide plutôt pour des critères socio-environnementaux.
Le ministre italien, Adolfo Urso, est moins catégorique sur le sujet. « Nous pouvons mettre en place des mesures préférentielles concernant les appels publics européens. Nous sommes assez neutres sur les instruments à utiliser », a-t-il affirmé. Et de préciser que les mesures en la matière devraient toutefois respecter les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Au ministère français de l'Économie, on estime que ce critère de préférence européenne serait « une manière évidente d'atteindre les objectifs de compétitivité ». La France reste toutefois ouverte aux discussions, « tant que cet objectif est atteint », selon une source du ministère.
« Il faut être capable de faire preuve d'audace et d'originalité dans nos politiques publiques », insiste Bruno Le Maire, qui considère aussi que « l'Europe doit montrer les dents » face à la concurrence chinoise ou américaine.
Simplification des règles
Autre axe de travail exploré par les trois ministres : la simplification des normes pour les entreprises. Bruno Le Maire estime que la Commission devrait adopter une proposition de directive 'omnibus' pour simplifier toutes les normes existantes dans les différentes législations européennes. Pour lui, un tel texte devrait être présenté avant n'importe quel autre qui touche les entreprises. MM. Habeck et Urso « n'ont pas endossé en tant que telle la proposition formulée, mais il y a une très grande convergence de vues sur le besoin d'agir », indique la source du ministère français de l'Économie.
Parmi les autres propositions de M. Le Maire, celles de redéfinir la taille des PME et de faire passer le nombre d'employés de 250 à 500.
Le ministre allemand, quant à lui, a formulé une autre proposition pour simplifier les règles administratives imposées aux entreprises : faire vérifier systématiquement par des fonctionnaires l'impact des législations sur le terrain, auprès des entreprises. « C'est extrêmement utile, parfois cela aboutit à ce que les obligations de 'reporting' soient abolies ».
Ces discussions seront, en tout cas, poursuivies par les trois ministres lors d'une prochaine réunion, en octobre ou novembre, à Berlin ou ailleurs en Allemagne, a annoncé M. Habeck. (Léa Marchal)