Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, souhaite réaffirmer « un message très offensif sur la souveraineté européenne » lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, qui se déroulent cette semaine à Washington.
Selon lui, le modèle économique européen résiste bien à la situation macroéconomique actuelle, marquée par une croissance mondiale qui a ralenti et une inflation persistante qui affecte les pays plus fragiles.
Mardi 11 avril, avant de s'envoler vers les États-Unis, M. Le Maire a défendu devant quelques journalistes l'importance pour l'Europe de renforcer sa compétitivité et son « indépendance technologique », en implantant sur le territoire européen les chaînes de valeur des technologies 'vertes' de demain (batteries électriques, semi-conducteurs, pompes à chaleur, solaire, éolien, hydrogène vert) afin d'accélérer la décarbonation de l'économie.
Il a aussi insisté sur le système européen de supervision financière, qui a fait ses preuves, rappelant que les normes prudentielles bancaires internationales du Comité de Bâle s'imposent à 2 300 banques en Europe, contre seulement 14 banques systémiques aux États-Unis. Il faut défendre la force du modèle bancaire européen « contre les tentatives de dérégulation », a-t-il souligné.
Le même jour, le FMI a dépeint une économie mondiale traversant « un ralentissement généralisé et plus marqué que prévu », avec une inflation élevée, le resserrement des conditions financières, l'invasion de l'Ukraine par la Russie et la persistance de la pandémie de Covid-19 qui pèsent « lourdement » sur les perspectives économiques. Il prévoit une croissance mondiale passant de 6% en 2021 et 3,2% en 2022 à 2,7 % en 2023, soit la projection la plus faible depuis 2001, à l'exception de la crise financière mondiale et de la phase aiguë de la pandémie.
Ces considérations macroéconomiques se font l'écho de la position déclinée par le président français, Emmanuel Macron, ce mardi à La Haye, lors d'une intervention à l'Institut néerlandais Nexus (voir autre nouvelle). M. Macron a plaidé pour une « doctrine économique » afin que l'Europe soit en mesure de choisir ses partenaires, sans dépendre d'eux, et de façonner son propre avenir.
Cette doctrine repose sur cinq piliers : - la compétitivité à travers les réformes, l'innovation et un approfondissement du marché intérieur ; - une politique industrielle destinée à stimuler l'essor de l'industrie 'zéro émission nette' de demain ; - la protection des personnes, des contenus, des infrastructures critiques ; - la réciprocité dans les échanges commerciaux pour promouvoir des normes sociales et environnementales élevées ; - la redynamisation du cadre multilatéral, notamment l'OMC, pour régler les conflits.
Cette nouvelle doctrine économique permettra de réconcilier le financement du modèle social européen, d'affronter le défi climatique tout en étant capable d'être plus souveraine, a-t-il estimé.
Au ministère français des Finances, on insiste sur la nécessité pour l'Europe de tracer sa propre voie, le point de départ étant l'alliance historique avec les États-Unis. « Il n'y a aucune agressivité vis-à-vis de qui que ce soit », a indiqué une source de Bercy, convaincue qu'on peut être à la fois « alliés des États-Unis (sans être) pour autant contre la Chine ». Dans l'entourage de M. Le Maire, on ne croit pas au « découplage » économique de l'Europe vis-à-vis de Pékin en raison de l'importance des échanges commerciaux bilatéraux. Néanmoins, « l'Europe doit défendre ses intérêts » en réduisant sa dépendance économique vis-à-vis de la Chine et « cette affirmation de l'indépendance européenne ne se fait contre personne, car elle est aussi dans l'intérêt des États-Unis », a estimé cette source.
Par ailleurs, M. Le Maire a fait part de sa préoccupation concernant la hausse des prix qui se prolonge. « Les marges des entreprises ne doivent pas nourrir cette inflation », a-t-il estimé. C'est le sens de sa lettre transmise aux grandes entreprises françaises leur demandant de répercuter sur les prix de détail la baisse attendue des prix de gros.
Face à l'inflation, il convient aussi d'épauler les pays en difficulté, via les organisations financières internationales (dépasser le seuil de 100 milliards de dollars pour le recyclage des titres DTS par le FMI), afin de contrecarrer les risques de « déstabilisation politique » et d'« immigration de masse », a dit le ministre. Il a aussi appelé les banques nationales de développement à « changer de rôle » en prêtant plus, en participant à des projets collectifs et en servant de levier pour mobiliser les fonds privés. (Mathieu Bion)