La réunion des ministres des Affaires étrangères des pays d'Amérique latine, des Caraïbes et de l'Union européenne, jeudi 27 octobre à Buenos Aires, a été décrite comme un nouveau point de départ dans la relation bilatérale, avec en point de mire un sommet UE/CELAC des chefs d'État ou de gouvernement des deux régions programmé au deuxième semestre, à Madrid, sous Présidence espagnole du Conseil de l'UE (EUROPE 12995/7).
« Cela faisait cinq ans que nous ne nous étions pas réunis, que nous n'établissions pas d'agendas de travail concrets », a noté le ministre argentin, Santiago Cafiero, hôte de la réunion.
D'après le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, cette rencontre a permis aux participants de réaffirmer leur volonté de placer les relations entre les pays UE/CELAC « au service de la paix et du développement économique durable » et juste d'un point de vue social.
Il a mis en évidence quatre axes de travail commun : - intensifier le dialogue au plus haut niveau politique ; - moderniser le réseau d'accords commerciaux entre l'UE et certains pays, comme le Mexique ou le Chili, ou sous-ensembles régionaux comme le Mercosur (EUROPE 13051/25), alors que « les entreprises européennes ont investi en Amérique latine plus qu'en Chine, au Japon, en Russie et en Inde réunis » ; - approfondir la coopération dans les secteurs d'avenir, tels que le numérique et la transition climatique, tout en luttant contre les inégalités sociales ; - promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l'homme.
Dans la déclaration commune qu'ils ont adoptée, les ministres des pays de l'UE, d'Amérique latine et des Caraïbes réaffirment leur soutien sans faille aux principes ancrés dans la Charte des Nations ainsi qu'au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États. Une condamnation à peine voilée de l'agression armée de la Russie contre l'Ukraine.
D'après M. Cafiero, « l'Amérique latine et les Caraïbes sont, certes, éloignées du champ de bataille, mais les conséquences de cette guerre frappent à nos portes tous les jours et les capacités et les instruments dont nous disposons pour y faire face sont limités », notamment en raison de l'endettement public des pays concernés et du processus de désindustrialisation auquel ils font face. « Le monde entier doit faire face à une pénurie de fertilisants et à la flambée des prix du gaz, du pétrole et des denrées alimentaires », a renchéri M. Borrell.
Les 54 ministres présents à Buenos Aires sont ainsi convenus d'« approfondir la coopération en matière de sécurité alimentaire, d'énergie, de santé, de justice sociale et en faveur de l'intégration des systèmes de production et des chaînes de valeur, y compris les matières premières ».
La veille, M. Borrell avait loué le fort potentiel de l'Amérique latine dans « la production d'hydrogène vert », qui intéresse fortement les Européens, ainsi que les réserves énormes de métaux rares, tels que le lithium dont « 60% des réserves mondiales » se situent dans le triangle Bolivie-Argentine-Chili.
Comme preuve d'une redynamisation des relations bilatérales, les ministres des deux régions ont dévoilé la feuille de route 'Ruta 23', qui liste les événements qui auront lieu sur une année et culmineront avec le sommet UE/CELAC. Une foire commerciale aura notamment lieu à Bruxelles en juillet prochain.
« La Présidence espagnole du Conseil de l'UE de 2023 sera un moment clé (...) pour que l'Europe se tourne à nouveau de façon résolue vers l'Amérique latine », a promis le ministre espagnol, José Manuel Albares, sur Twitter.
Voir la feuille de route menant au sommet UE/CELAC 2023 : https://aeur.eu/f/3u6
Voir le communiqué conjoint UE/CELAC : https://aeur.eu/f/3u5 (Mathieu Bion)