Bien préparée, la candidate chrétienne-démocrate à la présidence du Parlement européen, la Maltaise Roberta Metsola, a fait plutôt bonne impression aux élus du groupe S&D, qui l'ont auditionnée mercredi 12 janvier pendant plus de deux heures, selon plusieurs sources parlementaires interrogées par EUROPE. Mais le soutien du groupe S&D n'est pas encore acté.
Attendue sur les questions sociétales, notamment sur le droit des femmes, Mme Metsola, issue du dernier État membre de l'UE qui criminalise l'avortement, s'est référée à un protocole du traité européen qui reconnaît la position particulière de Malte en la matière. Mais la candidate a souligné qu'une telle situation ne l'empêcherait pas, en tant que présidente, de défendre la position du Parlement favorable au libre choix des femmes, même lors de ses déplacements officiels en Pologne ou à Malte.
Mme Metsola a également pris clairement position en faveur du Pacte 'Simone Veil' pour l'égalité de genre, du nom de l'ancienne présidente du PE qui avait porté la réforme légalisant l'avortement en France alors qu'elle était ministre. Promu par le groupe Renew Europe, ce pacte vise à faire l'inventaire des meilleures normes et pratiques en Europe en matière de droits des femmes et à inviter les États membres qui y adhèrent à harmoniser leur législation vers le haut (EUROPE 12398/11). Mme Metsola a également évoqué son souhait d'animer un réseau de jeunes dirigeantes européennes qui serait chargé d'émettre des idées sur la façon d'aider les femmes à arriver aux responsabilités dans leur pays (EUROPE 12849/14).
Au sein du Parlement, la chrétienne-démocrate entend introduire un code de conduite sur l'égalité de genre. Elle envisagerait aussi d'établir une parité pour le temps de parole. Certains députés lui ont fait remarquer que deux femmes seulement occupent un poste de directrice générale de l'institution européenne.
Plusieurs élus sociaux-démocrates ont salué l'action de Mme Metsola au sein de la commission des libertés civiles, capable de dépasser les positions de sa famille politique et de reprendre des idées progressistes. L'un d'entre eux l'aurait exhortée à 'ne pas faire du Tajani'.
Lorsqu'il était président du PE, Antonio Tajani (PPE, italien) avait soutenu le maintien des élus du parti Fidesz de Viktor Orbán au sein du groupe PPE (EUROPE 122216/1).
D'autres voix ont demandé à Mme Metsola de rester très ferme sur les questions liées au respect de l'État de droit, condition sine qua non à un éventuel soutien social-démocrate. Sur le plan budgétaire et économique, ils demandent une réforme du cadre européen de gouvernance économique afin de favoriser l'investissement dans les transitions climatique et numérique, ainsi qu'une pérennisation du Plan de relance européen Next Generation EU. En outre, le Parlement devra exercer un rôle moteur pour concrétiser les recommandations de la Conférence sur l'avenir de l'Europe qui impliqueraient une réforme institutionnelle, prôneraient des listes transnationales aux élections européennes de 2024, octroieraient au PE un droit d'initiative et un droit d'enquête au PE.
Sur l'ensemble de ces éléments, la dirigeante maltaise est prête à soutenir à la position qu'adoptera le Parlement. Elle a aussi promis de poursuivre l'héritage de M. Sassoli dans la réforme interne du PE visant à tirer les leçons de la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12789/23).
Par ailleurs, plusieurs eurodéputés ont soulevé la question d'un rééquilibrage des hautes fonctions au sein du Parlement en faveur de la famille sociale-démocrate. Cela pourrait passer par la nomination d'un nouveau secrétaire général alors que le poste de secrétaire général adjoint pourrait revenir au groupe Verts/ALE.
« Elle était bien préparée, dynamique. On voit qu'elle connaît super bien la maison », a commenté une source parlementaire. « C'est une personne avenante, humaine », a estimé une élue.
Mais cela ne suffira pas pour convaincre certains eurodéputés, notamment français, qui ne souhaitent pas qu'après Simone Veil, une femme opposée à l'avortement accède au perchoir.
Le groupe S&D se réunira lundi 17 janvier à Strasbourg pour débattre et éventuellement adopter une position commune sur l'élection programmée en présentiel le lendemain. Selon certaines sources, la piste d'une candidature sociale-démocrate ne serait pas totalement abandonnée, des tractations ayant encore lieu entre la présidente du groupe social-démocrate, l'Espagnole Iratxe García Pérez, et son homologue chrétien-démocrate, l'Allemand Manfred Weber. En fin de journée, celle-ci a annoncé que son groupe demandait un débat en plénière sur les droits sexuels et reproductifs.
Mais le décès prématuré du président du PE, David Sassoli, a bouleversé la séquence politique (EUROPE 12866/1). Les principaux leaders du PE seront présents à Rome aux funérailles de M. Sassoli en fin de semaine.
Cinq candidats à la vice-présidence. La semaine prochaine à Strasbourg, les eurodéputés éliront leur président pour la deuxième moitié de la législature 2019-2024 ainsi que les vice-présidents et questeurs.
Mercredi, le groupe S&D a désigné cinq candidats à la vice-présidence - le Portugais Pedro Silva Pereira, l'Allemande Katarina Barley, la Grecque Eva Kaili, l'Italienne Pina Picierno, l'Autrichienne Evelyn Regner - ainsi que la Slovaque Monika Beňová comme candidate au poste de questeur. (Mathieu Bion)