La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est réjouie, vendredi 7 janvier, du fait qu’« un pays avec le poids politique et l’expérience de la France assume la Présidence du Conseil dans un moment si délicat », citant la crise de la Covid-19, mais aussi les pressions russes dans le voisinage de l’UE. « Car la voix de la France porte haut et fort. Et la France a l'Europe à cœur », a-t-elle ajouté devant les médias, aux côtés du président français, Emmanuel Macron, pour le début de la Présidence française du Conseil de l’UE.
Mme von der Leyen et M. Macron ont affiché une unité quant aux priorités à traiter dans les six prochains mois. Ils ont ainsi mis en avant le climat, le numérique, l’économie ou encore la sécurité et la défense.
Le programme de la Présidence française s’articule autour du triptyque 'relance, puissance et appartenance' et de trois ambitions : un nouveau modèle européen de croissance, une Europe humaine et une Europe plus souveraine, « le fil d’Ariane de la Présidence », selon une source gouvernementale française qui l'a décliné dans tous les domaines : sanitaire, environnemental, commercial, géopolitique et de défense, numérique, dans la gestion des frontières… (EUROPE 12850/17).
Devant les médias, M. Macron a rappelé qu’une des priorités de la Présidence française du Conseil de l’UE serait le nouveau modèle européen de croissance. « Ce nouveau modèle de croissance, d’investissement, de production, d’autonomie est un nouvel élément clé de ce semestre, mais surtout de la décade qui vient », a-t-il estimé. « Il nous faut continuer à renforcer notre modèle économique, celui d'une économie à la fois compétitive et sociale », a ajouté Mme von der Leyen. Elle aussi souhaité un accord rapide pendant la Présidence française sur la fiscalité des multinationales - pour laquelle un accord a été convenu à l’OCDE et au G20 -, car, selon elle, cette réforme est nécessaire à une croissance mondiale équitable.
M. Macron a également souligné la volonté d’avancer sur le paquet 'climat' pour « aboutir à une société et une économie plus décarbonées ». Il a mis en avant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, le mécanisme pour décarboner les transports et les logements et améliorer les systèmes électriques.
L’agenda numérique est une autre priorité. La France compte avancer sur les textes DSA (Digital Services Act) et DMA (Digital Market Act). « Notre ambition commune est de faire de l'Europe une véritable puissance du numérique dans le monde, façonnée selon nos propres règles et nos valeurs », a rappelé la présidente de la Commission européenne.
Pour M. Macron, le semestre sera en outre « extrêmement important en termes de convergence sociale et de justice sociale » (voir autre nouvelle). Il a plaidé pour une Europe « plus juste, plus inclusive », citant les textes sur « un salaire décent » - le salaire minimum - et l’égalité salariale entre les hommes et les femmes.
Enfin, l’agenda sécuritaire, en termes de défense avec l’adoption de la 'Boussole stratégique', et de gestion de frontières a aussi été évoqué. La présidente de la Commission, quant à elle, a souhaité que la France sache donner « l’élan nécessaire pour faire progresser » la réforme de l’espace Schengen, qui constitue une des priorités de la Présidence française du Conseil de l’UE.
« On veut restaurer, préserver et renforcer l’ouverture des frontières intérieures de l'UE, on a fait des propositions de réformes et j'espère que la France saura donner l’élan nécessaire », a dit la présidente, faisant référence aux propositions du 14 décembre (EUROPE 12853/1). Cela passe aussi « par le renforcement de la gestion des frontières extérieures, la lutte contre les réseaux de passeurs et la coopération avec les pays tiers d’origine et de transit », a-t-elle ajouté, souhaitant à cet effet « des progrès rapides sur le Pacte ['Asile et migration'] ».
Malgré les ambitions affichées de la France, la PFUE sera marquée par l’organisation de l’élection présidentielle française, en avril, puis les élections législatives, en juin, ce qui pourrait la perturber. Plusieurs sources gouvernementales françaises ont voulu se montrer rassurantes devant un groupe de journalistes, dont EUROPE. L'une a souligné la « détermination » de son pays à exercer pleinement la « responsabilité » que représente la Présidence du Conseil de l'UE, « jusqu’à la fin du mois de juin » quand l'autre a promis que la Présidence se tiendrait « chaque jour jusqu’au 30 juin, quoi qu’il arrive ». « C’est une Présidence qui fera de chaque jour de la semaine un jour utile, de travail, d’action », a-t-elle promis. (Camille-Cerise Gessant avec Solenn Paulic)