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Bulletin Quotidien Europe N° 12864
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CARTE BLANCHE / Avenir de l'ue

Il faut renforcer la stratégie européenne contre le coronavirus, selon Guy Verhofstadt et Domènec Ruiz Devesa

Les eurodéputés Guy Verhofstadt (Renew Europe, belge) et Domènec Ruiz Deves (S&D, espagnol), en tant que membres de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, demandent une nouvelle stratégie européenne pour mieux lutter contre le coronavirus et aussi la création "d'un semestre européen de la santé".

Contrairement à ce que beaucoup auraient pu croire à la fin de l'été 2021, avec l'atteinte des objectifs de vaccination pour la population adulte dans plusieurs pays européens, la pandémie de coronavirus n’a toujours pas dit son dernier mot et constitue encore le défi le plus urgent à surmonter dans nos sociétés, notamment sur notre continent.

Nous assistons en effet à la situation inverse : l'émergence du nouveau variant Omicron et la détérioration fulgurante de la situation sanitaire en Europe nous montrent que tant que la majorité de la population mondiale ne sera pas vaccinée, personne ne sera à l’abri et de dangereuses mutations continueront d’apparaître. Par ailleurs, face à la sixième vague, le droit à la libre circulation doit aussi être préservé. Il est donc essentiel de prendre des mesures audacieuses et coordonnées au niveau européen. C'est pourquoi nous appelons de toute urgence une stratégie de lutte à moyen terme contre la Covid-19, qui se doit d’être à la fois européenne et mondiale. L'Union de la santé mise en place à l'automne 2020 nous montre la voie, avec le succès du programme d'achat commun de l'UE.

La situation dans l'ensemble de l'Union est assurément préoccupante. Elle varie considérablement d'un pays à l'autre, mais les États membres affichant un taux de vaccination moins important se révèlent être les plus touchés. Et ce, malgré le fait que l'outil le plus efficace contre la maladie – le vaccin – ait été développé en un temps record, en plus de l’application de mesures comme la distanciation physique, le port du masque et la ventilation adéquate des espaces clos.

Alors, pourquoi sommes-nous confrontés à une sixième vague en Europe ? D'abord, précisément parce que le taux de vaccination est inégal entre les États membres. Dans le cadre d'un marché intérieur et d'un espace Schengen avec une libre circulation, il y a très probablement eu un effet de contagion de l'Europe centrale et de l’Est vers le reste de l'Union, aggravé par l'arrivée du froid automnal et le retour à la vie dans des espaces intérieurs et insuffisamment aérés.

En outre, des millions de personnes refusent toujours de se faire vacciner, même dans les pays où le taux de vaccination est élevé. Ceci constitue un risque pour tous ces gens, mais aussi pour le reste de la communauté, ce qui n'est pas acceptable. Même en Espagne, où 90% de la population de plus de 12 ans présente un schéma vaccinal complet, plus de quatre millions de personnes de plus de 12 ans ne sont toujours pas vaccinées, ce qui reste une source de préoccupation pour les autorités sanitaires.

Diverses stratégies ont été mises en place pour surmonter cet obstacle, des campagnes d'information et de persuasion à la vaccination obligatoire annoncée par le gouvernement autrichien le 19 novembre 2021, compte tenu de la gravité de la situation dans ce pays. Le 1er décembre, Mme von der Leyen a également appelé les États membres à envisager l'application de la vaccination obligatoire.

La France et la Belgique ont choisi d'exiger un certificat de vaccination ou une preuve de rétablissement de la maladie pour avoir accès aux lieux de loisirs, ce qui a considérablement contribué à l’augmentation du taux de vaccination. L'Italie, pour sa part, a probablement adopté la stratégie la plus efficace pour maximiser les taux de vaccination, en faisant du certificat Covid une condition d'accès aux lieux de loisirs, mais aussi au lieu de travail.

Deuxièmement, nous bénéficions de plus en plus de preuves concernant la perte progressive de l'efficacité du vaccin au fil du temps, selon une analyse d’études scientifiques menée par la revue Nature et publiée le 17 septembre 2021. La Commission européenne a recommandé, le 25 octobre 2021, de prévoir des doses de rappel pour l'ensemble de la population adulte, en commençant par les plus de 40 ans. Si nous voulons préserver le marché unique et la libre circulation, il s’agit là d’un pas dans la bonne direction, qui doit néanmoins être complété par des mesures supplémentaires afin d'éviter l'établissement unilatéral de frontières intérieures, comme nous l’avons vu lors des vagues précédentes.

Pour faire face à cette situation difficile, une stratégie européenne à moyen terme serait nécessaire afin de maximiser la campagne de vaccination, en protégeant davantage les personnes déjà vaccinées grâce au rappel, mais en réduisant également le nombre de personnes non vaccinées, en particulier dans certains États membres, et en étendant la vaccination aux enfants âgés de 5 à 11 ans.

En ce qui concerne le premier point, la Commission devrait déjà envisager d'aller au-delà de la recommandation du rappel en organisant un « Semestre européen de la santé », avec des mesures telles que l'obligation de deux vaccins annuels sur une base permanente. La capacité nécessaire pour produire des vaccins adaptés aux mutations dangereuses devrait également être de mise.

Au sujet de la question délicate de la vaccination obligatoire, un tel mandat légal sera très difficile à mettre en œuvre. Il serait plus pratique et plus efficace, pour la Commission européenne, de recommander une obligation vaccinale afin d’accéder aux bars, restaurants, théâtres et autres, mais aussi aux transports publics et aux lieux de travail.

Enfin, suite à l'approbation par l'Agence européenne des médicaments, le 25 novembre 2021, du vaccin pour la tranche d'âge 5-11 ans, nous devrions résolument avancer vers la vaccination de ce segment de la population. Les enfants ne représentent pas la population la plus à risque, mais ils peuvent certainement transmettre le virus aux enseignants, aux autres adultes et aux personnes âgées. La Commission doit également formuler une recommandation claire à cet effet.

Concernant les voyages transfrontaliers, un point particulièrement important pour l'espace Schengen qui se doit d’être préservé, la Commission peut proposer que seules les personnes vaccinées puissent en bénéficier, en rajoutant peut-être la présentation d’un test PCR négatif si la situation devait empirer.

Par ailleurs, l'Europe doit développer sa capacité industrielle de production de vaccins, en la finançant à travers le Plan de relance, si nécessaire. Toutefois, nos efforts pour lutter contre la pandémie ne doivent pas s'arrêter à nos frontières ; la production dans l'UE devrait représenter une passerelle pour fournir le vaccin au reste du monde et le produire dans les pays en développement, en facilitant notamment les droits de licence et l'utilisation des brevets.

Ainsi, l'UE devrait être le fer de lance du renforcement de l'initiative Covax par le biais d'un Pacte mondial pour la santé, qui pourrait être financé par une émission extraordinaire de droits de tirage spéciaux du FMI et par des dons de pays développés. À cette fin, nous demandons la convocation immédiate d'une conférence internationale des donateurs par l'UE et les Nations Unies, qui devrait être une priorité de l'Union.

Le lecteur aura probablement remarqué que nous avons beaucoup utilisé le verbe « recommander » pour demander des actions à la Commission. En effet, le Traité ne confère malheureusement pas à l'Union des compétences fortes pour faire face aux épidémies. La question est de savoir si, dans une Union où la libre circulation est de mise, la responsabilité de l’application de ces mesures doit uniquement incomber aux États membres. Cette question doit absolument être abordée lors de la Conférence sur l'avenir de l'Europe.

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