Le président du Conseil européen, Charles Michel, a incité la Turquie, mardi 6 avril, à saisir la main tendue par l’Union européenne pour améliorer leur relation bilatérale.
« Nous tendons notre main avec un agenda progressif. Il appartient à la Turquie de saisir l’occasion d’une manière solide et durable », a souligné M. Michel à l’issue d’une rencontre à Ankara avec le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Ces derniers mois, nous avons été témoins d’un apaisement (en Méditerranée orientale), c’est un développement positif, qui doit être durable et amélioré», a-t-il ajouté.
« Nous voulons avancer vers de bien meilleures relations à l'avenir. Mais nous ne sommes qu'au début de ce chemin. Et les semaines et les mois à venir montreront jusqu'où nous pourrons aller sur ce chemin ensemble », a ajouté Mme von der Leyen.
À l’heure du bouclage de cette édition, M. Erdoğan n’avait pas communiqué sur la rencontre.
Lors de cette réunion, qualifiée d’ « intéressante » par Mme von der Leyen, les représentants de l’UE ont expliqué à M. Erdoğan la proposition de l’UE : « un agenda progressif, proportionné et réversible », qui pourrait être mis en place sur la Turquie et qui poursuivrait l’apaisement.
Devant les médias, les présidents du Conseil européen et de la Commission ont ainsi rappelé les propositions de l’UE telles que décidées lors de la visioconférence des dirigeants européens du 25 mars (EUROPE 12686/3).
Ainsi, l’UE, première partenaire commerciale de la Turquie, est prête à renforcer sa coopération économique, par le biais de l'union douanière. « Cette union douanière est un cadre unique que nous n'avons avec aucun autre pays. C'est pourquoi nous cherchons en outre des moyens innovants non seulement de moderniser l'union douanière, mais aussi de stimuler la coopération publique et privée, en mettant l'accent sur les transitions verte et numérique », a expliqué Mme von der Leyen.
L’Union et la Turquie pourraient aussi reprendre leurs dialogues à haut niveau dans de nombreux domaines, Mme von der Leyen mettant l’accent sur le changement climatique et sur la santé.
Par aillrurs, la présidente de la Commission européenne et le président du Conseil européen ont réaffirmé à Ankara leur volonté de renouveler le soutien financier de l’UE aux quatre millions de réfugiés, parmi lesquels beaucoup de Syriens, présents en Turquie. L’accord UE-Turquie de mars 2016 « reste valide et a apporté des résultats positifs », a commenté la présidente, ajoutant que l’UE attend de la Turquie qu’elle respecte ses engagements au nom de cet accord : empêcher les départs irréguliers de migrants vers la Grèce et l’UE, mais aussi « redémarrer les opérations de retours » de ces mêmes migrants depuis la Grèce.
Reprendre ces opérations serait un signe majeur de « bonne volonté » adressé à l’UE, qui, en retour, continuera à soutenir financièrement les réfugiés en Turquie, a ajouté Mme von der Leyen.
La présidente devait par ailleurs se rendre en Jordanie dans la foulée de son déplacement à Ankara pour évoquer la situation des réfugiés dans le pays.
Les deux responsables ont encore souligné, mardi, la disponibilité de l’UE à « explorer de nouvelles voies pour développer les contacts interpersonnels et la mobilité » entre les deux blocs, la présidente de la Commission citant l’expérience positive des programmes Erasmus ou Horizon Europe.
Mais, alors que l’UE envisage un rapprochement avec la Turquie, tout ne va cependant pas dans le bon sens dans le pays. Les présidents de la Commission et du Conseil européen ont rappelé leurs préoccupations concernant la dégradation de la situation des droits de l’homme et de l’État de droit.
« Les droits de l'homme ne sont pas négociables. Ils sont une priorité absolue, sans aucun doute. Nous avons été très clairs sur ce point », a prévenu Mme von der Leyen, sans pour autant préciser s’ils étaient une condition sine qua non pour avancer dans l’agenda positif. La présidente de la Commission a particulièrement insisté sur le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul. « Ces questions restent une partie essentielle de notre relation », a ajouté M. Michel.
Plus tôt dans la journée, le président du Conseil européen s’était entretenu avec des représentants de diverses organisations internationales (UNHCR, IOM, UN Women, UNICEF & UNDP). Selon une source européenne, ils ont discuté de la situation des femmes après le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul, de la situation des réfugiés, de la situation aux frontières sud-est du pays et dans les zones contrôlées par la Turquie dans le nord de la Syrie. (Camille-Cerise Gessant et Solenn Paulic)