La Commission européenne doit « encore examiner les mesures annoncées » par le gouvernement hongrois le 28 août concernant la fermeture de ses frontières aux ressortissants étrangers à partir du 1er septembre, a indiqué lundi Adalbert Jahnz, porte-parole de l'institution chargé des Affaires intérieures. L'institution a reçu notification de ces mesures ce lundi. Ces contrôles Schengen concerneront toutes les frontières terrestres et aériennes pour une durée de 30 jours, a indiqué le porte-parole.
Il réagissait à l’annonce du gouvernement hongrois, le 28 août, selon laquelle seuls les résidents de Hongrie et nationaux hongrois seront autorisés à venir en Hongrie à partir de ce 1er septembre. Les Hongrois et résidents de Hongrie revenant de l'étranger devront se mettre en quarantaine et les citoyens étrangers ne pourront venir que dans « des cas justifiés », a indiqué le gouvernement, qui a justifié ces mesures par la résurgence des infections dans l’UE.
La Commission, qui organise régulièrement des réunions entre les États membres sur les mesures de restriction liées à la pandémie, a dit « ne pas avoir été informée » de ce projet lors de la réunion du 28 août. En tout cas, le porte-parole a rappelé, lundi, que, selon la Commission, « les contrôles aux frontières intérieures ne sont pas une mesure efficace » pour répondre à cette crise. Par ailleurs, toute mesure de restriction au déplacement doit « rester proportionnée et non discriminatoire », a dit pour sa part le porte-parole Christian Wigand, chargé de la libre circulation des citoyens.
Discussions en faveur de davantage de coordination
Les critiques fusent depuis le début de la pandémie au sujet de l'absence de coordination au niveau européen sur les retours de voyage. Le 27 août, le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont d'ailleurs discuté de cette question au Fort de Brégançon.
« La vraie lacune, c'est quoi ? Pour être honnête, c'est que nous n'avons pas les mêmes données ou les mêmes évaluations, c’est-à-dire qu'il n’y a pas un centre européen, une agence européenne qui dit 'voilà, la situation est à risque à tel endroit, dans tel département, etc...' Donc ça, c'est une carence et on essaie d'y travailler », expliquait le secrétaire d'État français chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, quelques jours avant la rencontre.
Interrogée le 31 août sur cette question, la Commission a affirmé ne pas ménager ses efforts. Elle a précisé avoir écrit une lettre aux États membres, leur rappelant une série de principes clés avant d'appliquer des restrictions de voyage.
Le courrier, vu par EUROPE, enjoint aux États membres de ne pas baser leur analyse sur le seul nombre de cas, mais de regarder aussi les politiques de dépistage en vigueur et le nombre de cas positifs. Il appelle aussi à ne pas opérer de discrimination entre États membres, « par exemple, en appliquant des règles de voyage plus généreuses à un pays voisin par rapport aux voyages d'un autre État membre avec la même situation épidémiologique » ou encore à préférer la quarantaine et/ou le dépistage obligatoire aux interdictions de voyage pures et dures.
Christian Wigand a ajouté que la Commission avait ensuite préparé un « document de coordination » autour de trois points pour accompagner les États membres dans leur travail de concertation sur les restrictions de voyages, mesures de quarantaine au retour d’un pays et autres dispositions.
Une première discussion technique a eu lieu le 28 août. Les trois points discutés sont les suivants : la mise en place de « critères communs déterminant le risque épidémiologique », un « système de codes de couleurs pour identifier les zones à risque » et « les mesures à mettre en place au retour de ces zones à risque », a complété le porte-parole.
Une discussion informelle est également prévue pour mercredi 2 septembre, au sein du Comité des représentants permanents (Coreper), et le sujet pourrait à nouveau être évoqué lors de la visioconférence hebdomadaire des ministres européens de la Santé, le 4 septembre.
Par ailleurs, Paris et Berlin ont fait savoir au cours du week-end qu’ils préparaient aussi une initiative pour coordonner les actions des États membres alors que l’été a été marqué par diverses polémiques entre États membres au sujet du classement de certaines régions et villes en zones rouges, oranges ou vertes.
À noter que les ambassadeurs nationaux auront aussi, le 2 septembre, une discussion sur la liste européenne des pays tiers dont les ressortissants peuvent revenir dans l'UE pour des séjours non essentiels. Selon une source diplomatique, les choses ne devraient pas bouger par rapport à la dernière actualisation du 7 août (EUROPE 12544/8).
Une réunion de préparation à ces différentes discussions avait lieu, ce lundi 31 août, au sein de l'IPCR, le groupe du Conseil de réponses aux crises (Solenn Paulic et Sophie Petitjean)