La Commission européenne a publié, mardi 4 août, un compte-rendu d'une réunion qu'elle a tenue avec les parties prenantes sur la future stratégie pharmaceutique et qui laisse entrevoir la possibilité d'établir un « prix juste d'un point de vue européen » pour assurer le caractère abordable des médicaments.
Cette conférence, qui n'était pas ouverte aux journalistes, s'est déroulée les 14 et 15 juillet dans la foulée de la publication par la Commission de sa feuille de route qui est ouverte à consultation jusqu'au 15 septembre (EUROPE 12526/33, 12498/4). Elle vise à alimenter la future communication qui sera présentée d'ici la fin de 2020 et qui vise notamment à améliorer l'accès, la disponibilité et l'accessibilité des médicaments, tout en promouvant l'innovation et la préparation à de nouvelles pandémies.
Lors de cet événement, les parties prenantes ont souligné l'importance de réduire la fragmentation dans le développement des médicaments, de réduire les silos de données et d'accroître les liens avec l'industrie. Elles ont également insisté sur la nécessité de prendre en compte les leçons de la Covid-19 dans l'élaboration des essais cliniques, d'inclure le monde académique et de la recherche, d'identifier les médicaments essentiels ou encore d'agir sur un prix raisonnable et l'achat en commun de médicaments.
Des médicaments disponibles et abordables
La session consacrée à la disponibilité des médicaments a insisté sur la pénurie de produits oncologiques et de médicaments innovants. Les participants ont aussi mis en avant le fait que les modèles de marché utilisés pour les génériques ne sont pas durables, potentiellement en raison du commerce parallèle et des prix. Ils ont aussi souligné que les médecins devraient avoir accès aux données sur la disponibilité des médicaments et qu'une liste de médicaments essentiels et de stratégies pour réduire les pénuries devrait être créée.
De son côté, la Commission européenne a indiqué avoir lancé une étude en vue d'identifier les causes des pénuries de médicaments. « La Commission veut aussi renforcer la surveillance de la fabrication mondiale et clarifier les responsabilités afin d'assurer la qualité des médicaments ».
Sur la question de l'accessibilité des médicaments, les participants ont mis en avant les problèmes liés aux prix et au remboursement. Ils ont insisté sur l'importance d'assurer la transparence, le partage d'informations entre États membres ainsi que plus de clarté sur les critères de remboursement dans les différents pays. De nombreux intervenants ont souligné le besoin de nouveaux modèles d'achat/de paiement, tandis qu'une définition pour un prix juste d'un point de vue européen devrait être discutée. Ils ont aussi insisté sur le besoin de renforcer la concurrence dans le domaine de la recherche.
L'Europe, pôle d'innovation ?
Plus globalement, les participants ont exprimé leur scepticisme quant à considérer l'Europe comme un pôle d'innovation. Pour eux, l'amélioration du cadre réglementaire, la réduction de la fragmentation dans l'UE et l'implication des patients sont les domaines d'intervention nécessaires pour garder l'innovation dans l'UE.
En ce qui concerne les incitants, industriels et organisations de patients ne sont pas sur la même longueur d'onde : alors que les premiers estiment que les incitants sont nécessaires pour permettre des investissements risqués et assurer l'innovation, les seconds sont en faveur d'un rééquilibrage entre 'incitants et obligations d'accès'.
Enfin, il semble y avoir un certain consensus sur la nécessité de travailler sur une définition des « besoins médicaux non rencontrés » qui soit centrée sur le patient, prenne en considération la charge de la maladie et la qualité de vie, ainsi que le cycle de vie d'un médicament.
Liens vers le compte rendu de la réunion : https://bit.ly/2PsrbUc et la consultation publique : https://bit.ly/3fzvpE5 (Sophie Petitjean)