La stratégie pour la biodiversité que prépare la Commission européenne dans le cadre du 'Pacte vert pour l'Europe' (Green Deal) se veut ambitieuse, puisqu'elle a vocation à répondre à une crise aussi grave et urgente que celle du climat et qui est elle-même liée au changement climatique, selon le document en préparation vu par EUROPE.
« Le changement climatique et la perte de biodiversité sont inextricablement liés et interdépendants et tous deux ont des effets cruciaux sur la durabilité mondiale. Il est essentiel de renforcer les synergies entre les politiques du climat, de l’énergie et de la biodiversité, comme l’exige le Pacte vert européen, et d’exploiter pleinement le potentiel d’adaptation et d’atténuation (des changements climatiques) de la nature. Cela requiert de mieux intégrer les écosystèmes et les services écosystémiques dans les décisions de planification et d’investissement, y compris la restauration à large échelle des écosystèmes en tant que partie intégrante de l’action climatique », y souligne la Commission.
Cette stratégie pourrait être présentée le 25 mars, selon le calendrier prévisionnel du Collège des commissaires, encore susceptible d'être changé.
Elle aura deux grands axes : l'axe extérieur en vue de la conférence sur la diversité biologique (Kunming, COP15 de la CBD en octobre), qui doit définir le cadre mondial post-2020, l’autre à usage interne pour que l’UE se donne les moyens de ses ambitions et puisse donner l’exemple.
Elle s’appuie pour ce faire sur les attentes formulées tant par le Conseil de l’UE que le Parlement européen, qui ont tous deux appelé à des résultats ambitieux à Kunming (EUROPE (12394/10, 12405/4). Pour la COP15, l'UE devrait confirmer son adhésion à la vision mondiale pour l'horizon 2050, mais aussi contribuer à obtenir que celle-ci soit traduite en un ou plusieurs objectifs de long terme et que des objectifs 2030 soient fixés qui aillent au-delà de ceux d'Aïchi pour être orientés vers des résultats.
À cet effet, la Commission mentionne notamment : - la protection d'un pourcentage minimum de zones marines et terrestres, mais le chiffre de 30% est encore entre crochets ; - un pourcentage de réduction de l'utilisation des pesticides en agriculture, mais, là aussi, le chiffre de 30 % est indicatif ; - la pêche durable et la minimisation de ses impacts sur les écosystèmes marins ; - la fin de la déforestation et la dégradation des forêts et des chaînes d'approvisionnement exemptes de déforestation, etc.
Selon le projet de la Commission, ces objectifs devront s'accompagner d'un mécanisme de mise en œuvre et de révision beaucoup plus robuste.
Une fois le cadre agréé au niveau mondial, il conviendrait que l'UE le soutienne par toutes ses politiques externes « en donnant un exemple crédible », qu’il s’agisse de diplomatie, de politique commerciale ou de politique de développement, lesquelles devront toutes intégrer les préoccupations liées à la biodiversité et faire des investissements verts et durables une priorité.
Stratégie 2030 de l'UE. La Commission projette avant toute chose de renforcer la mise en œuvre par les États membres de toute la législation environnementale pertinente, en particulier les directives ‘Nature’ ('Habitats' et 'Oiseaux') et la directive-cadre sur l’eau, ce à quoi elle s'emploiera.
Mais il conviendrait, souligne-t-elle, de mettre en place un nouveau cadre de coordination et de gouvernance pour que les États membres traduisent leurs engagements dans leurs stratégies nationales et plans d’action post-2020.
Chose indispensable, selon le projet de document, il conviendra de fixer des objectifs concrets et des engagements en matière de protection de la nature, de restauration des écosystèmes sains, d’utilisation durable des écosystèmes, d’intégration de la biodiversité dans les autres politiques et de moyens pour permettre un changement transformateur.
En fonction des résultats de la COP15, l’UE pourrait s’engager à une restauration d’au moins 30% des zones terrestres et/ou marines. Le chiffre et l'opportunité de le prévoir pour les deux types de zones sont encore sujets à caution (d'où les crochets). (Aminata Niang)