Au sein des forces politiques proeuropéennes, le groupe politique chrétien-démocrate est isolé au Parlement européen dans son soutien à l'intitulé 'Protéger le mode de vie européen' du portefeuille octroyé au commissaire désigné Margaritis Schinas.
« Je suis fier d'être européen. Politiquement, ce qui est important est de ne pas autoriser l'extrême droite à détourner ce débat », a déclaré le président du groupe PPE, Manfred Weber, mardi 17 septembre, convaincu de la nécessité, pour les forces proeuropéennes, de défendre leur conception du mode de vie à l'européenne. « Nous voulons défendre la tolérance, la solidarité, aussi vis-à-vis des migrants. C'est cela le mode de vie européen. Le Pen n'est PAS le mode de vie européen », a-t-il ajouté.
En réponse à la polémique, soulevée par l'intitulé du portefeuille octroyé à M. Schinas, la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a publié une carte blanche dans laquelle elle décrit le mode de vie à l'européenne en se fondant sur l'article 2 du traité sur l'Union européenne (EUROPE 12328/5).
Cependant, pour le groupe S&D, la publication de cette tribune est déjà en soi la reconnaissance d'un problème. « Notre groupe s’oppose à cette dénomination (...). Ce qui nous gêne, c’est l’association de la migration à cet intitulé. Nous ne sommes pas les seuls », a rappelé Iratxe García Pérez, au nom du groupe S&D, pour qui le mode de vie européen doit reposer sur les principes d'« inclusion » et de « solidarité ».
D'autres groupes politiques accusent ouvertement la chrétienne-démocrate allemande de puiser dans le langage de l'extrême droite afin notamment de convaincre l'aile dure de sa famille politique, qui avait critiqué son discours progressiste.
« Le portefeuille de M. Schinas mélange sécurité intérieure et migration. C’est le narratif de la droite la plus extrême : l’immigration est un problème à la fois pour notre mode de vie et pour la sécurité », a interprété le coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts. D'après lui, choisir un tel intitulé signifie : « Ces migrants sont des terroristes en puissance ou des agresseurs et donc ils ne partagent pas nos valeurs ». Et d'estimer que l'insistance avec laquelle Mme von der Leyen défend cet intitulé est « révélatrice ». « Elle veut rassurer sur sa droite », a-t-il estimé.
Du côté des libéraux, on évoque une « ambiguïté ». « Je sais ce que sont les valeurs communes partagées parmi les groupes proeuropéens. Pas de problème. Le mode de vie, je ne sais pas ce que ça veut dire », a indiqué Stéphane Séjourné (Renew Europe, français). Et de noter la contradiction suivante : « L’extrême droite soutient le titre. Il est curieux qu’un parti contre l’UE se réjouisse à l’idée que l’UE régisse le mode de vie ! On sent bien que, derrière, il y a pour l’extrême droite la rhétorique de la civilisation judéo-chrétienne ». Selon lui, « il est clair que, si la polémique perdure, mieux vaut changer le titre ».
Mme von der Leyen motivera sa démarche jeudi 19 septembre devant la Conférence des groupes politiques du PE (EUROPE 12326/4). (Mathieu Bion avec la rédaction)